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Full Version: [Fic] Les Deux Soeurs
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Yuna Sôma
J'écris cette fics avec une très bonne amie à moi (Imari), et elle est tirée en grande partie de Fruits Basket, mais en s'inspirant aussi à d'autres mangas, bien sûr (avec une touche personnelle, tant qu'on y est, lol !). J'espère que vous allez aimer !! ohmy.gif





[center:9f02ed6b78]† Les Deux Soeurs † (1ère partie)



Tout commença lors de la nuit des temps... Un jour, Yuna et Imari qui étaient respectivement Grand Invokeur et Prêtresse Liseuse de Rêves, durent partir de Kyoto pour se rendre en Inde, au Sanctuaire d’Athéna pour leur dernier pèlerinage de purification... Pourquoi avaient-elles dû entreprendre ce pèlerinage ? Parce que, malheureusement, leur père, le Grand Invokeur Braska de Kyoto, était mort lors d’un combat difficile contre une Chimère Purgatrice du nom de Yojimbo. Mais... qu'étaient ces Chimères Purgatrices ? Simplement la partie obscure que, comme les Hommes, possèdent aussi les Chimères, et qui finit par se détacher en devenant elle-même un être vivant. Les Chimères étaient en effet des entités qui pouvaient être appelées uniquement par un Invokeur et qui venaient l’aider lors de ses combats contre les forces du mal.

Leur père était mort, ainsi que ses Gardiens, face à Yojimbo Purgateur. Chaque Invokeur possédait des Gardiens, et c'étaient des personnes dévouées qui avaient le rôle de protéger l’Invokeur durant ses pèlerinages et ses combats au péril de leur vie... Yuna aussi en possédait, et ils protégeaient l’Invokeur et la Prêtresse Imari, sa soeur bien aimée. Kenshin, Kyô et Yukimura. Ils étaient considérés comme les trois meilleurs Samouraï au monde et ne s’éloignaient jamais vraiment des deux filles de Braska.

Lorsque Imari et Yuna terminèrent leur pèlerinage de purification, elles décidèrent de prendre la route du retour. Kyoto leur manquait, ainsi que le temple dans lequel elles avaient vécu depuis leur plus jeune âge.

Imari était Prêtresse mais aussi Liseuse de Rêves, ce qui signifiait qu’elle avait le pouvoir de lire le futur dans ses rêves, et à cause de cela, elle avait longuement consacré sa vie aux rêves prémonitoires et était devenue de constitution faible.

D'ailleurs, avant même que les deux soeurs partent en pèlerinage, Imari avait lu une chose dans ses rêves... : elles tomberaient amoureuses de deux garçons qui les feraient sûrement souffrir à cause de leur « malédiction ». Malheureusement, aucune des deux ne savait ce que cela pouvait signifier...

Yuna, quant à elle, avait contribué à pas mal de changements dans la vie de beaucoup de personnes. Invokeur, elle avait un pouvoir immense ! Ainsi, aider des personnes sous le joug de monstres n’avait pas été si difficile ! Ses Gardiens la protégeant mieux que personne, et aidé de sa soeur, elle avait combattu et vaincu tous les ennemis qu’elle avait croisé tout au long de son chemin !

A présent, elles étaient sur la route qui menait à Kyoto, et qui conduisait aussi au temple de leur père, Braska, le Grand Invokeur décédé. Yuna en était la digne héritière, Imari la suivant dans son périple, quel qu’il soit, Liseuse de Rêves qu’elle était, pour l’aider. Lire les rêves était une tâche très éprouvante, mais, grâce à cela, maints combats furent gagnés !





Les deux soeurs arrivèrent au temple de Kyoto. Tout y était calme. Rassurées, contentes de rentrer chez elles après ce long périple, elles entrèrent sans crainte. Un prêtre vint les accueillir, heureux de revoir les enfants qui avaient quitté ce temple depuis si longtemps :

- Mesdemoiselles. Invokeur *il s’inclina*, Prêtresse *il fit de même*, je suis heureux de vous voir revenir enfin !

- Sachez que cet endroit est cher à notre coeur. Notre amour pour lui nous poussait à rentrer au plus vite, répondit l’Invokeur, avec un sourire.

- Oui. Les batailles sauvent des vies et nous confèrent un certain bien être. Mais nous nous devons de ne jamais oublier d’où nous venons... c’est important..., continua la Prêtresse.

- Tu as raison, Imari. Et maintenant... pouvez-vous nous conduire à nos chambres, je vous prie ?

- Oui, bien évidemment. Suivez-moi, Invokeur, Prêtresse.

Toutes deux remarquèrent le ton sentencieux qu’utilisait le prêtre en face de la nouvelle Grand Invokeur. C’était à présent la plus puissante que le monde ai jamais connu et porté, et cela sans aucun doute. Elle dépassait même Braska, sans vraiment s’en rendre compte ou y porter une quelconque importance. Mais son aura la trahissait : elle était bien plus imposante que celle de leur père. Sans un mot, elles suivirent le prêtre dans les couloirs du temple. Les Gardiens de Yuna se rendirent autre part dans le temple, sûrement rejoindre le responsable du temple, Maître Baralai, pour le prévenir du retour du Grand Invokeur et de la Prêtresse. Elles allaient sûrement les rejoindre plus tard, après s’être reposées un peu...

Rien n’avait changé dans ce temple durant leur longue absence : les murs étaient toujours aussi impeccables, les couloirs silencieux, les décorations toutes aussi majestueuses. Tout était en pierre couleur marbre.

Les pas des trois personnes parcourant les couloirs, résonnaient. Au fond, on entendait un léger son : plusieurs personnes priaient, en transe, un léger son s’échappant de leurs lèvres.

- Rien. Vraiment rien n’a changé. N’est-ce pas, Ima ?

- J’en ai bien l’impression...

- Tout est resté comme vous l’avez quitté, Maîtresses. Votre père Braska désirait qu'il en soit ainsi.

Les deux filles se regardèrent, un sourire triste sur leurs visages. Braska... Leur père... Il était mort peu avant qu’elles partent. Elles y avaient peu pensé pendant leur pèlerinage, elles avaient eu tant à faire que leur esprit avait été obligé d’oublier. Son souvenir était parfois revenu les hanter, mais il partait toujours, lorsqu'elles s'endormaient, épuisées.

Ici, tout lui appartenait, toute chose faisait penser à l’ancien Grand Invokeur qui régnait en ces lieux, toute pièce, tout couloir... Elles auraient du mal à s’en remettre, c’était sûr. Qu’allaient-elles devenir ?

- Voilà, Maîtresses. Votre chambre Grand Invokeur, ajouta-t-il saluant la jeune fille, lui montrant la porte en face d’eux. Prêtresse, votre chambre est juste à côté, ici, continua-t-il moins cérémonieux, en montrant une porte au côté gauche.

- Bien, merci, répondit Imari.

Elle jeta un regard de sous-entendu à sa soeur, puis se dirigea vers sa chambre, pendant que Yuna entrait dans la sienne.

Imari inspecta sa chambre. Rien n’avait changé... à l’exception d’elle-même. Pendant ce long voyage, Yuna et elle ne s’était que peu quitté, et elles avaient même dormi ensemble presque toutes les nuits, pour ne pas se sentir trop seules lorsque de mauvais souvenirs resurgissaient. Les gardiens de l’Invokeur qu’était sa soeur, étaient toujours un peu plus à l'écart, mais de peu et les protégeaient au péril de leur vie.

Ici, Braska la hantait.

D’un coup, elle sentit une présence derrière elle. Elle savait déjà que c’était Yuna.

- Je suis contente que tu m’ais comprise ! dit-elle avant de se retourner.

- On n’a pas passé plusieurs années ensemble pour rien, n’est-ce pas ? répondit sa soeur en s’approchant. Elles se sourirent et s’assirent sur l’immense lit.

- Qu’est-ce que ça te fait, à toi, de rentrer ? demanda Imari.

- Le même effet que toi, je crois. Une tristesse sans nom pour notre père. Mais aussi un certain bien-être. On est enfin rentrées ! Chez nous!

Imari sourit, et les deux soeurs s’étreignirent.

- Bon, et si on dormait un peu ? Kenshin monte la garde devant la porte.

Imari hocha la tête, et elle et Yuna se couchèrent et dormirent. Le lendemain serait très vite là...





Le jour se leva très vite et les deux soeurs étaient encore l’une à côté de l’autre. Dès que le soleil illumina leur immense chambre, dardant ses rayons sur leurs visages, elles s’éveillèrent. Elles décidèrent d’un commun accord d’aller rendre visite à Maître Baralai pour le prévenir de leur retour.





C’était déjà le soir. La journée avait été tellement remplie que le jour s’était précipité derrière les montagnes, pour laisser la place à sa soeur, la Lune, et au sommeil.

Baralai les avait accueillit gentiment. Elles avaient l’impression qu’il ne les considérait plus comme des enfants, ce qu’elles étaient à l’époque de leur départ pour le pèlerinage, mais comme des adolescentes. Pis, comme des étrangères. Imari et Yuna comprenaient sa réaction : avec le temps, elles s’étaient faites une vie, un caractère, un passé et un avenir. Il ne les reconnaissait plus. Tant bien que mal, les trois personnes avaient renoué des liens, tendant timidement leurs mains à chacun pour les serrer entre les leurs. Tout avait bien finit ! La suite était beaucoup plus impressionnante et étonnante.

Partie s’entraîner un peu avec Yukimura, Yuna s’était isolée pour sa concentration. Imari avait été avec Kenshin dans sa chambre, se sentant légèrement mal. Comme d’habitude ça avait atteint des sommets de douleur puis était redescendu bêtement à la normale. Kenshin était resté près d’elle, puis était reparti prévenir Yuna.

Un lien énorme s’était créé entre elles ; Yuna était déjà sur le chemin de la chambre de Imari quand Kenshin l’avait croisée :

- Elle ne va pas bien, n’est-ce pas ?, avait demandé celle-ci, inquiète.

- C’est passé, avait répondu Kenshin, avec un sourire rassurant à peine visible.

Balarai était apparu sur cet entre fait et, en voyant les quatre jeunes présents dans un couloir, l’air peu rassuré, il en avait demandé la raison.

- Ce n’est rien !, avait répondu vivement Yuna.

Balarai l’avait regardée, interrogatif, puis avait poursuivit son chemin. Yuna lui en était reconnaissante.

Enfin, arriva la nouvelle qui les assomma ! Ce fût Balarai le porteur de ce message. Elles étaient, cette fois, dans la chambre de Yuna, s’occupant les mains et parlant. L’atmosphère était détendue et calme.

Elles sourirent au jeune homme, qui le leur rendit.

- Excusez-moi, mais j’ai reçu une invitation, il y a un moment... et je n’ai pas voulu vous en parler, hier et ce matin... Je pense que le moment est venu.

Intriguées, Imari et Yuna s’étaient regardés.

- Qu’est-ce que c’est ?, avait enfin demandé Yuna.

- Eh, bien... C’est une invitation de Sôhma Akito à votre père.

Le nom de « Sôhma » avait aussitôt déclenché une vague de panique dans la tête de Imari qui s’était laissée tomber sur le sol.

- Ima !, avait crié Yuna, accourant vers elle.

Baralai était resté debout, sans bouger, se demandant ce qui arrivait.

- Ce... n’est rien... Nous en reparlerons... ce soir... Yu...

Yuna prit sa soeur dans ses bras et l’aida à se relever puis la coucha sur le lit.

- Qu’est-ce qui lui ai arrivé ?, demanda Baralai, alors que Yuna prenait la main de sa soeur dans les siennes, se concentrant pour lui rendre le sommeil plus facile à avoir devant sa faiblesse soudaine.

- Imari est... très fragile. Elle a atteint un niveau considérable dans son domaine, qui rend son corps très faible. Les émotions l’abattent plus ou moins...

- Je pensais bien qu’il y avait des différences énormes entre vous maintenant, et ce que vous étiez toutes les deux en partant... Yuna, ton aura, à toi aussi, a augmenté... J’ai l’impression qu’il est le plus gros que jamais je n’aurais espéré voir ! Il est tellement... énorme !

Yuna garda un visage impassible, mais une légère rougeur de contentement apparût sur ses joues.

- Merci, Baralai...

Celui-ci avait sourit, hoché la tête, puis avait déclaré :

- Nous reparlerons de cela plus tard. Bonne nuit.





Baralai sorti de la chambre de Yuna, après avoir salué le Grand Invokeur et la Prêtresse en leur souhaitant de passer une bonne soirée. Lorsque Yuna et Imari furent seules, elles se regardèrent dans les yeux : Yuna savait que sa soeur était de constitution faible à cause de son domaine, mais jamais elle ne l’avait vue dans un tel état, comme lorsque Baralai leur avait parlé de cette famille, comment ils s’appelaient déjà ? Ah, oui : les Sôhma. Mais qui étaient-ils ? Peut-être qu’Imari connaissait la réponse...

- Tu te sens mieux, Ima ?, demanda Yuna en allongeant sa soeur dans le grand lit qu’il y avait dans la chambre.

- Oui, je vais mieux, merci...

- Mais... que t’était-il arrivé ? Je ne t’avais jamais vue comme ça !, demanda Yuna préoccupée.

- Et bien..., commença la Prêtresse, ce nom m’a rappelé un de mes rêves, ceux qui me révèlent l’avenir. J’ai vu une image se figer dans ma tête, celle d’un jeune garçon, entouré de treize autres personnes dont je n’ai jamais vu les visages... Ils semblaient tous si jeunes, murmura Imari d’une voix mélancolique.

- Et que t’ont appris tes rêves ?

- Rien de spécial... juste qu’ils souffraient et que nous... oui, peut-être que nous devons les aider.

- Ne sais-tu rien de plus, Ima ?, demanda Yuna une dernière fois, sans sourire cette fois, sa voix était plutôt grave.

La Prêtresse regarda sa soeur aimée dans les yeux : elle soupira.

- Tu sais très bien que mes rêves ne me révèlent pas tout... il est vrai que j’ai reçu ce don de lire le futur mais le destin m’a accordé aussi d’avoir un Grand Invokeur à mes côtés, comme soeur, et cela signifie peut-être que nous devons faire quelque chose pour eux mais...

- Mais ?

- Et bien, je ne peux pas t’en dire plus pour l’instant... j’espère avoir la chance de rêver cette nuit pour en savoir plus.

- Je ne l’espère pas pour toi, répondit Yuna, concernée.

Imari lui sourit avec douceur et Yuna s'allongea près d’elle.

- Nous allons dormir... Mais j’espère vraiment que tes rêves ne viendront pas rompre ton sommeil...

Les deux soeurs s’endormirent dans les bras l’une de l’autre.

Malheureusement, ce ne fût pas Imari qui eut des rêves, mais bien Yuna qui cauchemarda. Celle-ci se réveilla d’un coup, au petit matin, en criant :

- NON !

Imari se releva d’un coup, sentant une tension. Elle cligna des yeux, cherchant Yuna dans la faible lumière qui émanait de dehors.

Yuna respirait fortement, d’une respiration saccadée. Elle avait peur que tout soit réel, en fin de compte.

- Yu ?

- Ce... n’est rien... Un... cauchemar..., haleta le Grand Invokeur.

- Yu... Tu as eu peur. Qu’était ce cauchemar ? Racontes-moi, murmura sa chère soeur en la prenant dans ses bras, et en l’allongeant près d’elle.

Yuna reprit peu à peu contenance et son souffle s’espaça. Enfin, elle eut un faible sourire avant de commencer :

- J’ai vu Akito... Le chef de la famille Sôhma. Lui et sa famille... ils sont tous maudits...

- Maudits ?, demanda Imari sans comprendre.

- Oui, continua Yuna. Je ne sais pas l’expliquer mais leur plus grande souffrance est cette malédiction qui les hante... J’ai vu Akito blesser un jeune homme aux cheveux noirs, agenouillé devant lui. Son nom était... Hatori... et derrière lui, deux personnes... Ayamé... Shiguré... des larmes coulaient de leurs yeux parce que Akito venait de blesser l’oeil de leur... frère. J’ai ressenti leur... peine et cela m’a...

- Yu, pourquoi Akito a-t-il blessé ce garçon ?, sollicita la Prêtresse désireuse et effrayée de connaître la suite.

- Je ne sais pas, répondit le Grand Invokeur. Je crois que c’était pour payer les fautes de quelqu’un d’autre que Hatori ne voulait pas voir souffrir.

Les deux filles se regardèrent et il y eut un grand silence... pour finir, Imari brisa ce moment de silence :

- Allons voir Maître Baralai.

Elle se leva alors et entraîna Yuna, et ensemble, se tenant la main, solidaires, partirent chercher le Maître du Temple de Kyoto.





Un peu plus loin, les Gardiens des deux soeurs étaient en train de discuter : ils avaient aussi entendu parler de l’invitation de Akito Sôhma adressé à l’Invokeur décédé, Braska. Ils connaissaient ce nom, comment cela se faisait-il ? Ah, oui : Maître Muramasa, le plus grand Samouraï de tous les temps, celui qui les avaient formés tous pour protéger le Grand Invokeur, vivait à Kyoto depuis de longues années et connaissait en effet cette famille, une des plus importantes et respectables de toute la ville ! Malgré cela, Yukimura, le plus âgé des Gardiens, se souvenait d’un détail concernant cette famille, et cela ne lui plaisait pas du tout... il était inquiet mais essayait de cacher cette appréhension parce que, parmi eux, il y avait un Gardien très jeune encore, Kenshin, qui était le moins expérimenté et plus émotif d’entre eux.

- Qu’as-tu, Yukimura ?, demanda à un moment Kyô d’un air plutôt distrait.

- Oho, rien de spécial... Je pensais juste qu’on devrait peut-être aller rendre visite à notre Maître, il menti.

- Pourquoi ferions-nous une chose pareille ? Nous n’avons plus besoin d’être sous son aile protectrice, tss !, ajouta Kyô, au bord de l’énervement.

- Peut-être parce que ça lui ferait plaisir ? Cela fait longtemps que nous sommes partis, désormais..., hasarda Kenshin, d’une voix douce.

- Oui, tu as raison, mais nous faisons notre devoir, maintenant. Alors arrêtons de penser à lui ! Nous devrions nous préoccuper plus de l’Invokeur et de sa soeur, conclu Kyô, résolu, se tournant vers Yukimura.

Il y eu quelques minutes de silence, puis Kenshin osa :

- Pensez-vous qu’elles seraient en danger, en allant chez ce Akito ?

Les deux autres Gardiens se fixèrent un instant, le regard interrogatif : ils ne le savaient pas non plus, en effet ! Que faire, donc ?

- De toutes les façons nous n’avons pas vraiment le choix... nous nous plierons aux volontés de Yuna et Imari, décida Yukimura en repensant aux paroles de leur Maître.

En effet, lorsque Yukimura et Kyô étaient encore assez jeunes, ils étaient élèves de Muramasa, et cela bien avant que Kenshin ne se joigne à eux. Un jour, au lieu d’entraîner ses élèves, le Maître décida de leur montrer quelque chose : le manoir Sôhma. Arrivés en face de ce démesuré regroupement de bâtiments, ils remarquèrent l’immensité de cette famille. A l’entrée principale, le nom « SÔH – MA » été entaillé dans le bois comme à vouloir montrer leur pouvoir.

Muramasa leur avait donc parlé de ces individus, en leur expliquant qu’ils étaient maudits... pourquoi maudits ? Personne ne le savait, mais cette malédiction pesait sur les Sôhma et c’est pourquoi ils vivaient en communauté, tous ensemble, ils ne voulaient aucun contact avec l’extérieur. Muramasa ne savait pas quel était l’effet de cette malédiction, mais il leur avait expliqué que c’était une source de souffrance, elle les déchirait jour après jour, la famille ainsi que le chef de leur clan, Sôhma Akito. En face de cette cité, Muramasa leur avait dit :

- Souvent les malédictions sont source de supplice et de grande agonie, mais s’il est vrai que cette famille endure de grandes souffrances, il faut que vous sachiez que la principale source de peine pour les Sôhma est, en effet, le chef du manoir : Akito.

Quoi que ses élèves puissent lui dire, Muramasa n’avait jamais voulu leur expliquer les motivations de ce qu’il leur avait dit... mais Yukimura se souvenait que le visage de leur Maître était voilé d’une certaine tristesse en prononçant ces mots. Comment connaissait-il les Sôhma ? Mais avant de s’en aller, Muramasa avait ajouté quelques mots :

- Ne vous approchez jamais de cette famille : elle est sombre et maudite. Et surtout, ne côtoyez jamais Akito, quoi qu’il arrive.

Yukimura repensait à ces mots, quand il entendit le bruit de pas dans le couloir. Il se tourna vers ce bruit, et les autres Gardiens firent de même : Yuna et Imari marchaient vers eux. Kyô se leva et leur fit une révérence en souriant :

- Vous avez bien dormi, Invokeur, Prêtresse ?

Les deux soeurs sourirent joyeusement, elles appréciaient beaucoup Kyô. Il était quelqu’un de très silencieux, mystérieux, très rebelle et souvent dur envers les autres : ce Gardien pouvait être considéré de nature agressive, colérique, mais avec elles il était extrêmement plaisant et aimable.

- Nous allons voir Maître Baralai, répondit Imari de manière plutôt inquiète.

- Oui, il nous a montré hier une invitation de Sôhma Akito, et nous pensons devoir y aller à la place de notre père mais..., ajouta Yuna.

- Mais ?, demanda Yukimura, désireux d’en savoir plus.

- J’ai fait un rêve prémonitoire cette nuit, à la place de ma soeur... et ce rêve m’a effrayée..., continua l’Invokeur.

- C’est pour cela que nous allons voir Maître Baralai. Nous voulons lui demander des explications, conclu Imari, résolue enfin.

Cela dit, les deux soeurs partirent à la recherche du Maître du Temple. Leurs Gardiens se dévisagèrent pendant quelques minutes et puis, ils décidèrent de suivre leurs protégées.





Dans la pièce principale du Temple, se trouvait Baralai, en habit de cérémonie : un long costume bleuâtre le couvrait entièrement ; il portait aussi une capuche blanche qui cachait ses cheveux argentés. Il parlait au priant du Temple de Kyoto, c’est-à-dire au protecteur de ces lieux, c’est lui qui protégeait les Chimères que Yuna pouvait invoquait, mais il en défendait une en particulier : Shiva, considérée comme la déesse de la glace et du froid, une Chimère pure comme du cristal.

- Ah, vous êtes réveillées ?, salua Baralai en voyant arriver Yuna et Imari, accompagnées par leurs Gardiens.

- Oui, nous venons vous demander des explications..., commença Imari.

- A propos de Akito et de son invitation au manoir de sa famille ?, demanda alors le Maître du Temple.

- Oui, nous voulions connaître les raisons de son invitation, puisque cette nuit j’ai fait un rêve prémonitoire qui m’a inquiétée, alors...

- Je comprend, asseyez-vous alors, je vais donc vous expliquer.

Baralai réfléchit quelques minutes durant lesquelles il y eut un silence très difficile à supporter. Ensuite, il commença :

- Vous devez savoir, en effet, que votre père Braska se rendait au manoir Sôhma chaque année, le jour du nouvel an. Grâce à vos prémonitions, vous devez sans doutes savoir que cette famille est maudite et le chef du clan, Akito, recevait tous les ans Braska pour lui demander de l’aide. Je ne sais pas vous dire quel genre d’aide il lui exigeait, mais je pense qu’il désirait juste pouvoir lui parler pendant quelques temps et lui demander ensuite de bénir sa famille ainsi que sa résidence. Voyez-vous, le Grand Invokeur est considéré comme la personne religieuse la plus importante, et c’est pourquoi il désirait l’aide de votre père, il pensait peut-être qu’un Grand Invokeur pourrait briser la malédiction qui hantait lui et sa famille... Cela dit, maintenant que votre père est décédé, je me sens dans l’obligation de vous transmettre cela pour que vous puissiez vous rendre au manoir Sôhma à la place de votre père. Je ne désire pas qu’une seule de vous deux y aille : vous êtes les deux filles de Braska, et c’est pour cette raison que je vous demande d’y aller ensemble. Dans l’espoir que vous puissiez l’aider... L’invitation est pour cet après-midi alors je vous prie de prendre une décision rapidement... même si je ne peux pas vous obliger à vous y rendre.

Yuna et Imari se regardèrent pendant un moment, en réfléchissant à ce que Maître Baralai venait de leur dire. Ensuite, les deux soeurs hochèrent la tête comme signe de consentement : elles décidèrent de se rendre au manoir Sôhma dans l’après-midi pour rendre visite à Akito.





Le Grand Invokeur ainsi que la Prêtresse, sa soeur, se vêtirent de l’habit de cérémonie pour se rendre au manoir Sôhma : elles portaient de longues robes blanches décorées avec des représentations azures ainsi qu’une capuche claire, qui était obligatoire pour les personnes qui vivaient au Temple de Kyoto. Elles avaient décidé de se rendre seules au manoir, et demandèrent à leurs Gardiens d’attendre leur retour au Temple, avec Maître Baralai. Après quelques dizaines de minutes de marche, elles arrivèrent enfin devant la résidence Sôhma, elles virent le nom de la famille gravé dans le bois de la porte d’entrée : derrière cette porte... un village, une communauté.

- Que faisons-nous maintenant ?, demanda Yuna.

Imari prit les mains de sa soeur dans les siennes, désireuse de l’encourager :

- Allons-y, je suis sûre qu’il n’y aura aucun problème. Et si jamais quelque chose risque de nous arriver, tu as les Chimères qui pourront nous aider, ne crois-tu pas ?

- Oui, tu as raison, conclu Yuna se sentant rassurée à l’entendre du mot « Chimères » : oui, ces entités les auraient protégées.

Les deux soeurs ne savaient pas que faire... elles se regardèrent autour et pensaient à entrer, réticentes. Elles s’étaient enfin décidées à ouvrir la porte du manoir Sôhma lorsqu’elles entendirent une voix derrière elles :

- Ah ? Les Sôhma reçoivent de la visite le jour du nouvel an ?

Yuna et Imari se retournèrent, et elles virent trois jeunes hommes, chacun habillé de façon très élégante. En voyant le visage de l’un d’entre eux, Yuna sursauta : c’était le garçon qui était apparu dans son rêve. Comment s’appelait-il ? Shiguré ?!

- Aah, quelles charmantes demoiselles ! Venez-vous nous rendre visite ?

- Connaissez-vous les Sôhma ?, demanda Imari à celui qui semblait le plus âgé des trois et qui venait de les saluer.

- Oui, bien sûr ! Je suis moi-même un Sôhma. Je me présente : mon nom est Sôhma Shiguré, et à côté de moi vous pouvez voir Sôhma Yuki et Sôhma Kyô.

Sôhma Shiguré... Yuna en était sûre ! Les deux soeurs regardèrent les deux autres garçons : Yuki, Kyô. Ils avaient l’air beaucoup plus jeune que Shiguré mais une chose sauta à l’oeil de Yuna et Imari : les trois garçons étaient très beaux.

- Bonjour Shiguré, Yuki, Kyô..., salua Imari.

- Nous sommes ici pour voir Sôhma Akito, ajouta Yuna.

Les trois se fixèrent un instant, le regard interrogatif :

- Que désirez-vous de Akito ?, demanda Yuki.

- Je suis le Grand Invokeur Yuna, et voici ma soeur, la Prêtresse Liseuse de Rêves, Imari. Nous sommes les filles du Grand Invokeur Braska, décédé il n’y a pas très longtemps et nous avons reçu l’invitation pour le nouvel an du chef de votre clan destinée à notre père... Le Maître du Temple de Kyoto, Baralai, nous a demandé de venir à sa place donc nous voici.

- Ahlala ! De jolies jeunes filles comme vous, venues voir Akito ? Bien, suivez-moi, mes demoiselles.

Shiguré fit un sourire charmeur en les invitant à le suivre. Lorsque Imari et Yuna furent entrées, elles ne purent rétracter une exclamation de surprise : cette « maison » n’était pas vraiment une maison à proprement parler, mais plutôt un petit village !

- C’est immense, souffla Yuna.

- Oui..., continua Imari, tout aussi perplexe.

Elles se prirent inconsciemment la main et continuèrent à suivre le plus âgé des trois garçons Sôhma.

Lorsque celui-ci ouvrit la porte qui menait à la fête, le bruit des voix, des rires, des musiques, s’intensifia. Tout d’abord, légèrement effarées, Yuna et Imari se rapprochèrent l’une de l’autre. Puis Shiguré s’exclama :

- Hatori ! Mon ami ! Bonsoir !

- Shi... Mais, qui sont ces filles ?!

Les deux soeurs remarquèrent aussitôt le dénommé Hatori et Yuna ne pu s’empêcher de frémir.

- C’est lui, chuchota-t-elle à sa soeur. C’est lui qui a été blessé à l’oeil...

Pendant ce temps, Shiguré expliquait à voix basse à Hatori qu’elles étaient venues voir Akito. Déjà, quelques personnes les dévisageaient. Et plus le temps passait, plus elles étaient nombreuses...

- Il souffre, souffla Imari. Il souffre tellement... Mais il est dur, dur comme de la pierre, avec un coeur énorme... Je ne serais pas étonnée si...

- Pourquoi voulez-vous voir Akito ?, demanda Hatori, coupant Imari dans son élan. Il avait parlé d’une voix forte. Presque toute la salle se tourna vers eux.

- Qui veux me voir ?, demanda une voix impersonnelle.

Alors, apparût le chef du clan Sôhma. Grand, mince, comme toute leur famille, une aura machiavélique l’entourait, comme le sentait Imari.

- Nous sommes venues vous voir, en remplaçant notre père, Braska..., répondit Yuna, reprenant ses esprits plus vite que sa soeur.

- Braska ? Pourquoi n’est-il pas venu lui-même ?, demanda Akito, à peine surpris.

- Il est... mort, termina Yuna.

- Hum... Je suis désolé...

Mais sa voix sonnait légèrement fausse. Il ne l’aimait pas ? Pourquoi l’aurait-il invité, alors ?

- Il n’est pas..., commença Imari, à l'oreille de sa soeur. Non, il est sombre, solitaire, faible, démuni, triste... Je ne sais comment le définir en un mot...

- Impersonnel, lâcha Yuna un peu trop haut.

- Comment ?, demanda Akito.

- Votre voix est trop impersonnelle, continua Yu, ses yeux s’étant rétrécis. Je me demande...

- Yuna, calmes-toi. Il doit avoir une raison, dit doucement Imari. N’est-ce pas ?, continua-t-elle, en suppliant du regard le chef de la famille.

- Mes réponses sont pesées. Les questions, c'est moi qui les pose.

- Akito, calmes-toi, intervint Hatori. Tu vas tomber malade, sinon.

- Je savais bien qu’il ferait un bon médecin.

La phrase avait été soufflée par les deux soeurs, en même temps.

Une légère roseur s’étala sur le jeune médecin.

- Bon, ben... ce n’est pas tout ça, mais moi j’aimerais bien aller présenter à ses petites demoiselles bien mignonnes la famille Sôhma, dit Shiguré.

- Ne te gênes pas, si elles te supportent, râla Hatori, amusé.

Yuna eut un grand sourire espiègle et commença à tirer sa soeur vers l’amusant et beau jeune homme.

- Attends... je voudrais rester un peu ici... Vas-y !, continua Imari en souriant.

Un léger tremblement prouva à Yuna que sa soeur n’allait pas tout à fait bien et qu’elle ne pourrait pas marcher bien longtemps. Elle voulut rester mais Imari la supplia du regard. Yuna céda, sachant qu’elle ne pourrait rien faire contre sa soeur. Puis, un médecin était près d’elle.

Shiguré fit un sourire désarmant à Yuna et lui demanda, alors qu’ils s’éloignaient :

- Ton amie ne vient pas ?

- Ce n’est pas mon amie mais ma soeur. Et... non, elle ne vient pas. Elle..., commença Yu, ne sachant pas si elle devait dire la vérité ou mentir à son interlocuteur. Le regard bienveillant de Shiguré la rassura et elle continua :

- Elle n’est pas bien. Si elle était venue, je crois qu’elle aurait fini par terre après trois pas.

Shiguré hocha la tête, jetant un regard étonné à Imari :

- C’est vrai qu’elle a l’air aussi faible que Akito si on la regarde bien. Ne t’inquiètes pas, elle est entre de bonnes mains. Hatori est un excellent médecin. Bien, quant à nous, les présenta...

- Shiguré !!

Une voix enfantine avait crié après l’homme qui se retourna pour se retrouver affublé d’un gamin blond dans les bras.

- Momiji ! Calmes-toi ! Nous avons des invitées surprises !

Le dénommé Momiji se tourna enfin vers Yuna et lui sourit.

- Bonjour ! Qui es-tu ?

- Mon nom est Yuna, sourit-elle.

- Tu n’es pas de la famille ?

- Non, non, je ne suis pas une Sôhma.

Momiji, agréable et entraînant ne s’arrêta pas, pour ainsi dire, à mitrailler Yuna de questions.

Pendant ce temps, Imari était restée avec Hatori et Akito qui l’observaient avec des regards incisifs.

- Je voudrais vous poser une question, commença-t-elle à voix basse, pour n’être entendue que de ces deux hommes. Quelle est la malédiction qui vous frappe ?

Les yeux des hommes s’agrandirent avant que Hatori ne la prenne par le bras et la traîne dans une autre pièce, suivit de près par Akito, l’air assez furieux.

Après trois pas, comme l’avait imaginé Yuna, Imari s’écroula presque, retenue par le médecin. Surpris, celui-ci trébucha et accéléra le pas vers une salle annexe.

- La salle de la danse ne sera occupée que dans une vingtaine de minutes, nous avons le temps de discuter calmement, dit sombrement Akito.

Hatori dirigea la jeune fille vers un petit fauteuil.

- Est que ça va ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Où as-tu mal ?

- Ce n'est rien. Une faiblesse... Je vais être un peu malade pendant quelques jours, je crois. Rester sans bouger pendant plusieurs jours ne m’ont pas du tout arrangée... Je me suis affaiblie.

- Es-tu malade ?

Elle jeta un regard au chef de famille, elle vit un instant en lui puis répondit à Hatori :

- Je suis un peu comme Akito. Mon corps est faible. Mais ma détermination surpasse bien la sienne.

- Comment ?!, ragea l’intéressé, ayant entendu.

- Vous n’avez aucune volonté, continua la jeune fille en haussant les épaules.

- Répète-moi ça !, s’écria-t-il, s’approchant dangereusement.

Imari n’avait pas peur. Yuna et elle avaient combattu plus fort qu’un humain en furie... Mais il était capable de beaucoup, se dit-elle.

- J’ai dis, continua-t-elle, imperturbable, que vous n’aviez aucune détermination. Vous vous laissez faire par votre destin...

De rage, le chef de famille se précipita vers elle, poussa avec force Hatori contre le mur le plus proche et attrapa Imari par le cou, qui se laissa faire. Avant qu’il n’ait pu resserrer son étreinte autour de celui-ci, il décolla du sol. Surpris, il s’arrêta de bouger quelques secondes.

- Mais..., commença-t-il, devenant furieux.

- Essayez encore un fois de toucher à ma soeur, et je l’oblige à vous laisser vous débrouiller seuls !, s’exclama quelqu’un.

- Ta...?, demanda bêtement Hatori, qui se relevait.

- Ouf. J’ai bien cru que j’allais y passer. Merci, Yu.

- Oui, j’ai senti. Je suis vraiment arrivée à point.

- Quelques secondes après, et tu aurais été obligée d’appeler les Chimères, je crois, vu sa force quand il est en colère.

Akito n’arrêtait pas de rager dans les airs.

Hatori, Shiguré et Momiji s’étaient rassemblés près des jeunes filles.

- Ouah !, s’exclama le petit garçon, impressionné.

- Bien, maintenant que ce..., commença Yuna furieuse, mais n’osant continuer devant sa soeur : nous allons pouvoir discuter tranquillement, je pense. Ima, ça va ?

- Oh, je crois que ces quelques jours de repos m’ont ramollie. Je suis tombée malade, je crois...

Yuna s’approcha d’elle et posa sa main sur son front.

- Tu as de la fièvre... Hum... 41... Ne bouges pas...

Respirant d’un souffle chaud, Imari laissa Yuna s’occuper d’elle. L’Invokeur laissa quelques instants sa main sur le front de sa soeur, et fit baisser sa température.

- Comme d’habitude, impossible de baisser ta température à fond... Excuses-moi.

- Je suis vraiment désolée de te causer du soucis, continua Imari à son tour.

Elles se sourirent, oubliant pour quelques secondes qu’elles n’étaient pas seules.

- Eh, n’entrez pas !, s’écrièrent plusieurs voix, alors que la porte donnant à la fête s’ouvrait d’un coup sec. Apparurent alors Yukimura, Kyô et Kenshin. Ils repoussaient légèrement les personnes qui ne les laissaient pas passer.

- Laissez-les entrer, s’écria tout à coup Yuna. Que faites-vous ici ?, continua-t-elle, mécontente, à l’adresse des trois hommes.

- Eh, bien... Nous vous avons senties en danger !, s’exclama en réponse Kyô, ses yeux rougeoyants.

- Oh... d’accord, continua Yuna, se calmant immédiatement. Ne vous inquiétez pas, la « bataille » est terminée.

Elle montra d’un doigt espiègle, le regard brillant, Akito, toujours coincé dans les airs. Un léger rire s’échappa de quelques personnes, ce qui enragea encore plus le chef.

- Yu... laisses-le rejoindre la terre ferme, le pauvre...

- Il a essayer de te tuer, je te rappelle, grommela sa soeur.

- Eh, bien... je crois qu’il ne recommencera plus !

Yuna fit descendre Akito et lui jeta un regard froid. En s’approchant de lui, elle lui souffla :

- Touchez encore à un cheveu de ma soeur, et mes Chimères vous emporteront dans un autre monde avant que vous n’ayez pu dire « ouf ».

Akito ne parût pas avoir peur, mais il recula tout de même un pas, sous le regard brillant de la jeune fille. D’un geste, la jeune fille ferma la porte et la verrouilla.

- Nous allons donc avoir une petite discussion !, dit-elle.

- Je voudrais la réponse à ma question, dit Imari, après un grand silence.

Il ne restait plus dans la pièce que les deux soeurs, Akito, Hatori, Shiguré, Momiji, Yukimura, Kyô et Kenshin.

Elle regarda Hatori et Akito, et redemanda :

- Quelle est la malédiction qui pèse sur votre famille ?

- Je ne vois pas pourquoi je t’en parlerais, railla Akito.

- Notre père était au courant. Pourquoi pas nous ?, demanda Yuna, légèrement sur la défensive.

- Il aurait pu vous en parler.

- Un secret, ce sont des paroles dites à un être en qui l’on a confiance. Un être qui ne dira rien, sans le consentement de celui qui lui a fait la confidence, continua sagement Yuna.

Akito rétrécit ses yeux, regarda les deux jeunes filles avec fureur.

- Vous ne pourrez rien pour nous ! Je ne vois pas pourquoi je vous parlerais !

- Quand un rêve vient à moi, je me dois d’aider les personnes que j’y ai vu, dit Imari, la voix faible.

- Un rêve ?!

- Oui. Et le second fût pour moi, pour laisser ma soeur dormir d’un profond sommeil réparateur.

- Vous êtes plus liées que l’on ne l'imagine...

- Mais nous ne parlons pas de nous, en ce moment, mais de vous.

- Notre malédiction est inexplicable par des mots qui n’auraient donc aucun sens.

Akito les regarda, froid. Puis il ajouta :

- Shiguré, tu n’as qu’à leur montrer ce qui arrive à un maudit...

Mais avant que Shiguré n’ait pu faire quoi que ce soit, apparurent Yuki et Kyô, se battant, et entrant dans la pièce.

- Je te dis que non !

- Tu fais ça et t’es mort, sale rat !

- Chat répugnant, fermes la ! Il y a des personnes ici.

Voyant qu’on les regardait avec intensité, les deux jeunes hommes s’arrêtèrent et se figèrent sur place sous l’intense regard d’Akito.

- Allez chercher Ayamé, Hatsuharu, Kisa, Hiro, Rinne, Kagura et Ritsu, dit-il d’une voix froide.

Les deux garçons sortirent, les yeux flambants et perplexes.

- Qui sont les personnes que vous avez demandées ?

- Les maudits, répondit Akito, dégoûté.

Un silence pesant s’installa jusqu’à ce que les personnes appelées apparaissent. La porte s’ouvrit, ils entrèrent puis elle se referma. Imari vit Yuna resserrer son poing, un doigt après l’autre, rapidement. La porte frémit imperceptiblement : elle était à présent bloquée. Personne ne parût le remarquer.

- Bien, commença Akito, d’une voix cynique. Ces deux filles... veulent savoir... quelle malédiction vous frappe.

Il avait parlé d’une voix froide, lentement, détachant tous les mots.

Les maudits se dévisagèrent, le regard interrogatif : que devaient-ils dire ? Aucun mot n’aurait vraiment pu expliquer leur malédiction, parce qu’elle les peinait et aucune parole n’aurait pu expliquer cela pour que quelqu’un qui n’était pas dans leur situation puisse comprendre... c’était en effet pour cela qu’ils vivaient en communauté : entre eux, ils se comprenaient... mais les autres ? Comment auraient-ils compris leur malédiction qui les faisait tellement souffrir ?

- Nous sommes maudits. Il n’y a rien à expliquer.

- Hatsuharu !

Un des « maudits » comme les appelait Akito avec mépris, venait de leur parler, son nom semblait être Hatsuharu. Les deux soeurs remarquèrent tout de suite un détail : les cheveux de ce garçon, étaient d’une couleur étrange... blancs et noirs. Elles regardèrent aussi les autres présents : quelques uns d’entre eux avait des cheveux d’une teinte très voyante, ou des yeux d’une couleur très étrange... que signifiait-il ?

- Aah, Haru ! Toujours aussi pessimiste !

Shiguré brisa le moment de silence en s’approchant du dénommé Hatsuharu pour le gronder, amusé. Yuna et Imari ne connaissaient pas encore très bien Sôhma Shiguré mais elles avaient déjà une bonne impression sur lui : il avait l’air d’être très heureux et avait été très aimable avec elles. Il était toujours là lorsque la situation devenait tendue.

- Voulez-vous que je vous montre en quoi consiste notre malédiction ?, demanda Shiguré, diverti.

- Oho, pourquoi toi, Shiguré ?

Un jeune homme aux longs cheveux argentés qui se trouvait au fond de la salle, près de Hatori, s’approcha des deux soeurs en souriant, charmeur.

- Uniquement parce que je suis le plus beau, Ayamé !, rigola Shiguré en posant une main sur la tête du dénommé Ayamé, comme à vouloir montrer le fait qu’ils étaient très proches.

- Non, je veux que ce soit toi simplement parce que j’en ai décidé ainsi.

La voix d’Akito résonna sévère dans la pièce, brisant l’atmosphère qui n’était plus si tendue grâce aux deux Sôhma. Ayamé retourna donc près de Hatori, laissant son ami près des deux soeurs.

- Allez ! Montres leur, qu’on en finisse : cette situation commence à m’irriter !, râla le chef de la famille, en s’adressant à Shiguré.

Le désigné s’approcha donc du Grand Invokeur et de la Prêtresse et, après un instant d’hésitation, il sourit spontanément et s’adressa à Yuna :

- Ce sera toi ! Tu me plait bien, alors ça va aider !

Yu régressa d’un pas, sans savoir exactement à quoi s’attendre, et elle fut très étonnée en voyant Shiguré s’approcher d’elle, en la serrant ensuite dans ses bras. Une roseur s’étala sur le visage de la jeune fille, lorsque... *POUF* ! Le bruit d’une explosion l’aida à reprendre ses esprits, et se sentait tout à coup dégagée du jeune garçon.

- Qu’est-ce que... ?

Imari prononça ses mots d’une voix très surprise et, se tournant vers elle, sa soeur vit que tous les « maudits » avaient détourné le regard, tous sauf Hatori et Ayamé qui fixaient les deux jeunes filles et, à ses pieds, se trouvait... un chien. Yuna ne comprenait pas :

- Comment... ?

- Vous vouliez connaître notre malédiction ? Voilà : j’espère que vous êtes satisfaites !, conclu Akito en sortant de la pièce, énervé.

Le chef du clan Sôhma se dirigea vers la salle où sa famille aurait fêté le nouvel an et il claqua la porte derrière lui. Yuna et Imari, de leur côté, fixaient le chien qui se trouvait à leurs pieds, ainsi que les vêtements de Shiguré. Que lui était-il arrivé ?

- Comme vous pouvez le voir, nous sommes maudits par les 12 signes du zodiaque chinois, expliqua Ayamé, s’approchant des deux filles pour ramasser les vêtements de son ami.

- Je ne comprends pas..., murmura Imari.

- Cela signifie que lorsque l’un d’entre nous a un contact avec une personne de sexe opposé non maudite, il se transforme en l’animal de son signe. Dans le cas de Shiguré, comme vous pouvez le voir, il est possédé par le signe du chien, ajouta Hatori pour éclaircir l’explication d’Ayamé.

- Et tous les Sôhma sont... possédés ?, demanda Imari.

- Non, pas tous. Uniquement 13 d’entre nous sont maudits par les signes du zodiaque chinois. Les autres peuvent mener une vie plus ou moins normale, pour ainsi dire...

- Pourquoi 13 ?, sollicita Yuna pour essayer de mieux comprendre.

- Les 12 signes plus le treizième, le chat.

- Cette malédiction nous hante depuis des siècles, nous commençons à nous y faire... nous avons l’habitude, marmotta Hatsuharu.

Mais le ton avec lequel il avait prononcé ces mots, l’avait trahi. Les deux soeurs s’imaginaient la souffrance qui se cachait derrière cette malédiction, mais sans vraiment la comprendre tout à fait.

- Et y a-t-il un moyen pour... ?, demanda Yuna, troublée.

- Nous ne le savons pas... votre père venait pour cela... Akito lui faisait confiance, il voulait que Braska puisse briser cette malédiction, expliqua Hatori, sans savoir quoi ajouter.

- Et... à ce qu’il parait... il n’a pas réussi..., mâchonna Imari.

- Je pense... qu’il était sur la bonne voie parce que... Akito croyait en lui alors qu’il ne se fie jamais aux étrangers. Votre père avait réussi à gagner sa confiance et même si le chef de notre famille vous a donné l’impression de le mépriser, sachez que ce n’est pas le cas. Akito a du mal... à exprimer ses émotions. Il a une malédiction très lourde à porter.

- N’est-elle pas la même que la votre ?, demanda Imari surprise.

- Non... disons que, en exagérant un peu... nous sommes la malédiction d’Akito... et lui, est la notre.

Les deux jeunes filles se fixèrent un moment, sans savoir quoi répondre. L’explication du Sôhma n’était pas très claire mais il donnait l’impression de ne pas vouloir en dire plus. Un autre *POUF* les coupa dans leurs réflexions : Shiguré était redevenu humain mais... il était complètement dévêtu ! Yuna et Imari rougirent visiblement et, se couvrant le visage, elle se retournèrent :

- E... excusez-nous !

- Ce n’est rien, mes demoiselles. La transformation a une durée limitée, selon les situations, et lorsque nous redevenons nous-mêmes, nous ne portons pas d’habits, excusez-moi, se disculpa le maudit par le signe du chien, l’air amusé.

Momiji s’approcha joyeusement des deux filles de Braska et, en leur souriant, il les invita à se joindre à leur fête :

- Le nouvel an est toujours un évènement mémorable chez les Sôhma ! Et la cérémonie est sûrement commencée ! Voulez-vous vous joindre à nous ? Aller !! Vous verrez, c’est superbe !

Yuna et Imari se regardèrent, gênées : Akito semblait ne pas les apprécier, et elles avaient peur de ne pas se sentir à leur place...

- Ne vous inquiétez pas pour notre chef, ajouta Ayamé, comme s’il avait lu leurs pensées. Il n’est pas aussi ombreux qu’il en a l’air !

- Comment être sombre alors que deux demoiselles aussi belles que vous s’unissent à nous ?, plaisanta Shiguré en les entraînant vers la salle où la fête était déjà commencée. De plus, cette année Ayamé dansera avec Hatori ! Je suis sûr que ce sera une soirée mémorable !

- Et pourquoi danseraient-ils ensemble ?, demanda Yuna.

- C’est une coutume des Sôhma, expliqua Hatori, le signe de l’année qui fini danse avec le signe de l’année qui commence.

- Et puisque l’année du dragon vient de s’achever, mon année, celle du serpent commence !, ajouta Ayamé radieux, en faisant de grands gestes. Je suis sûre que notre danse sera merveilleuse, Hari !

Hatori marmonna quelque chose, mais pas assez fort pour que les autres puissent entendre. Les trois garçons Sôhma avaient l’air de bien s’entendre : Shiguré et Ayamé avaient l’air plutôt complices lors des moments drôles, et même si Hatori était sérieux et souvent distant, il semblait beaucoup les apprécier. Ils formaient un trio très spécial !

- Attendez !

Ce mot résonna dans la salle. Tous les présents se retournèrent. Les Gardiens de filles de Braska, qui avaient silencieusement assisté à la démonstration de la malédiction des Sôhma dans un recoin de la pièce, avaient attiré leur attention.

- Que voulez-vous qu’on fasse, Invokeur, Prêtresse ?

- Je pense... que c’est une affaire que nous devons régler par nous-mêmes..., leur expliqua Yuna.

- Oui... Je crains que cette soirée ne se terminera pas sans qu’un évènement spécial ait eu lieu... Quelque chose arrivera, d’ici la fin de ce nouvel an, murmura Imari, se fiant sûrement à ses prémonitions.

- Bien, répondit Kyô en faisant une révérence.

- Nous rentrons, donc. Prenez soin de vous, conclu Yukimura, en entraînant les deux autres Gardiens hors de la résidence Sôhma, arrivant dans le jardin.

L’extérieur du manoir Sôhma était plongé dans le noir. Les Gardiens de Yuna et Imari marchaient dans le jardin de la résidence, se dirigeant vers la sortie. Ils percevaient au loin les bruits des voix, des rires, des musiques : ces trois Samouraïs n’aimaient pas les fêtes, étant de nature solitaire, mais le fait de devoir partir en laissant leurs protégées dans les mains du destin... cela les dérangeait. Malgré tout, ils savaient mieux que quiconque que les décisions des filles de Braska étaient inaliénables, rien n’aurait réussi à leur faire changer d’avis.

- Que faisons-nous, donc ?, demanda timidement Kenshin.

- Nous rentrons !, répondit Kyô, agressif et ronchon.

- Arrête de t’en prendre aux autres ! Tu n’arrangeras rien en étant irrespectueux envers Kenshin, le gronda Yukimura, sévère.

Il y eut un grand silence. En effet, les trois Gardiens s’inquiétaient pour leurs protégées mais l’entraînement reçu leur avait appris à ne jamais montrer ses sentiments, parce que cela pourrait devenir pour eux source de souffrance. Cela les amena à penser à Maître Muramasa qui semblait convaincu du contraire : selon lui, les émotions étaient la base de chaque chose, de chaque être, et il ne fallait pas désirer ou essayer de les dissimuler.

- Le garçon Sôhma... Momiji s’appelait-il... ? Il ressemblait à..., hasarda Kenshin, désireux de briser ce moment de lourd silence.

- Maître Muramasa, conclu Kyô s’étant tranquillisé grâce à l’atmosphère de bien-être qui semblait régner sur le jardin.

Yukimura leur jeta un regard diverti, et demanda en penchant la tête :

- Croyez-vous qu’il ait un lien direct avec la famille Sôhma ?

- Et bien... ça dépend de ce que tu veux dire par « direct », grogna Kyô.

- A toi de me le dire, l’instigua Yukimura en souriant.

- Aah, tu es irritant !, lâcha le Gardien en accélérant le pas et en s’éloignant du groupe.

Le provocateur rigola. L’attitude de Kyô ne l’avait jamais laissé indifférent : il était étrange, souvent irritant ou égocentrique, et à cause de cela ça lui plaisait de l’embêter.

- Yukimura... croyez-vous que... ?, osa Kenshin.

- Qui sait, Kenshin... qui sait... ! On verra bien ce que le futur nous réserve, conclu le Samouraï en souriant aimablement au jeune Gardien.

Les trois sortirent donc de la résidence, retournant vers le Temple de Kyoto. Ils se rendirent compte que, cette fois, ils auraient passé le nouvel an seuls...





Imari et Yuna furent invitées à voir la danse de Hatori et Ayamé. Elles ne furent absolument pas déçues. L’excitation et l’émotion ne les quittèrent pas tout au long de cette danse.

Hatori et Ayamé était des personnes élégantes, minces, nerveuses et passionnées. Leurs mouvements étaient gracieux et fluides. Leurs atours faits de chaînes de fils virevoltaient autour d’eux, suivant leurs mouvements. Des tours, des gestes calculés et rapides, les mains aux doigts écartés légèrement pliés, les pieds bougeant au rythme d’une musique qui était à la fois rapide et douce. Ils se regardaient dans les yeux, dansaient l’un pour l’autre, et en même temps pour tous ceux qui les regardaient. En particulier, comme elles le perçurent, pour les jeunes maudits. Cette danse leur était consacrée entièrement, en fait. Elle n’existait que pour eux.

A la fin, il y eut des applaudissements. Mais les jeunes maudits ne firent que regarder leurs deux amis et parents d’un regard lourd de sens.

Enfin, à la fin de la soirée, Shiguré vint les voir :

- Je ne sais pas si vous restez ou partez, mais sachez que ma maison vous est ouverte, un clin d'oeil suivit son invitation.

Un coup de coude sur son crâne fit gémir le garçon : l’un des deux jeunes hommes qui étaient apparus avec Shiguré au début s’avança :

- Il ne faut pas le laisser faire, il ne faut pas avoir peur de le taper ! Enfin, il a raison. Notre maison vous est ouverte, dit le garçon aux cheveux bleus et les yeux violets.

Yuna et Imari rirent légèrement avant d’accepter de bon coeur l’invitation.

- Excusez-moi, je vous laisse un instant, dit Imari.

On l’avait laissée sur le fauteuil, n’étant pas apte à se déplacer sur le moment. Mais Imari fit un effort pour se lever et s’accrocha directement à Hatori qui n’était pas loin.

- Emmènes-moi près d’Akito, s’il te plaît.

Le jeune homme parût surpris puis la guida vers le chef de famille. Arrivés devant sa chambre, il ouvrit la porte. Akito se trouvait près d’une sortie, allongé sur le sol, un oiseau sur un doigt.

- Laisses-moi là, chuchota Imari, alors que Hatori commençait à avancer et la diriger vers Akito. Surpris, il resserra son étreinte autour de son bras, puis fini par la lâcher.

Il sortit et referma la porte derrière lui.

- Bien, nous allons pouvoir discuter plus calmement, ainsi... commença Imari en tâtonnant pour arriver à la hauteur du jeune homme.

- Jamais tu n’aurais dû te trouver seule face à moi, la prévint-il.

- Tu veux que recommence la scène de tout à l’heure en pire ?, demanda la jeune fille d’une voix où ne perçait aucune peur, en s’asseyant près de lui.

Il grogna légèrement, mais ne fit aucun geste.

- Qui es-tu réellement, Sôhma Akito ?

- Tu le sais autant que les autres.

- Tu es un être... impersonnel. Tu n’as aucun courage, en fin de compte. Que la rage et le pouvoir.

Ses yeux s’éclairèrent de fureur alors qu’il se retenait de sauter au cou de la jeune fille.

- Pourquoi es-tu dans un tel état alors que je n’énonce que la vérité ? Te sens-tu coupable ?

Un éclair de surprise et de tristesse passa dans ses yeux.

- Arrêtes de lire mes pensées, lui assena-t-il d’une voix sourde.

- Je ne sais pas le faire. Je lis juste tes sentiments par moments. Je ne fais que des observations quant aux émotions et mouvements des autres face à toi.

- Je n’aime pas.

- Et alors ?

- Arrêtes de me provoquer !

- Tu te provoques tout seul, Akito. Tu es peut-être le chef des Sôhma, mais rien que le nom l’indique. Dans ta tête, tu es aussi miné qu’eux.

- Qui, eux ?, demanda rageusement Akito, sachant déjà la réponse.

- Les maudits.

- Je ne suis pas eux !, s’écria-t-il.

- Comment peux-tu le crier ainsi ?

- Je le sais ! C’est aussi simple que ça.

- Moi je crois plutôt... que personne n’a osé te prendre dans ses bras. Que tu ne sais pas non plus ce que cela ferait. Tu es le chef, mais tu ne sais même pas comment et pourquoi.

Imari ressentit à nouveau le choc, la colère émanant du jeune homme.

- Ce n’est pas vrai !

- Tu ne sais pas. Tu veux savoir ?

- Non ! Je ne veux pas savoir !

D’un coup, il s’écarta d’Imari, se levant d’un bond. Mais la jeune fille lui avait déjà attrapé le bras et s’en servit pour se lever.

- Si tu bouges, je vais tomber et m’étonnerais que je me réveille demain... Ma soeur ne serait pas contente...

Akito était vraisemblablement désemparé. Apparemment, Yuna lui avait fait une grande impression.

- Approches-toi. N’ais pas peur, voyons. J’ai combattu plus vile qu’un humain comme toi, dit Imari d’une voix la plus douce possible.

Ses yeux prirent ceux d’Akito dans ses serres, et le jeune homme s’approcha. Imari lui prit la main tout d’abord, et Akito tressaillit, coupant quelques dixièmes de secondes la connexion établie. Imari la brisa entièrement quand elle sentit qu’il tremblait alors qu’elle lui passait le bras autour de la taille. A ce moment précis, Akito repoussa la fille de Braska avec force, se tournant vers la seule fenêtre qui se trouvait dans la pièce : après ce moment où il s’était senti troublé par les mots d’Imari, il reprit ses esprit et la bouscula. La jeune fille, de constitution assez faible, ne su pas résister à la force avec laquelle Akito l’avait poussée et tomba à terre, blessée.

- Imari !

Yuna entra dans la pièce, le souffle coupé : elle avait senti que sa soeur était en danger, et à ce qu’il paraissait, elle ne s’était pas trompée. Elle couru vers elle, niant Akito, et s’agenouilla près d’elle. Shiguré et Hatori arrivèrent aussitôt, en entendant le cri du Grand Invokeur.

- Mais qu’est-ce que... ?

Ils virent Imari à terre, Akito irrité, et ils comprirent : leur chef s’était encore laissé emporter par sa colère.

- Désires-tu que je t’aide, Yuna ?, demanda Hatori inquiet. Je suis médecin, tu peux me faire confiance !

La jeune fille regarda sa soeur : elle était allongée, les yeux fermés. Elle lui posa une main à la hauteur de sa poitrine, de sa bouche affleuraient des susurrements qui ressemblaient à une prière. Après quelques instants qui semblaient interminables aux yeux des présents, Yuna déplaça sa main, la plaçant derrière la nuque d’Imari, l’aidant à relever sa tête : peu à peu, elle reprenait ses esprits. Shiguré, Hatori et Akito fixèrent les deux jeunes filles : quels étaient donc les vrais pouvoirs des filles de Braska ? Est-ce qu’elles étaient aussi puissantes que leur père ? Ou... peut-être plus ?

- Hum...

La Prêtresse avait repris conscience.

- Ima, est-ce que ça va ?, demanda sa soeur inquiète.

- Oui mais... que s’est-il passé... ?

Yuna jeta un regard empli de colère envers le chef des Sôhma, qui fit semblant de rien, et se tourna pour regarder par la fenêtre.

- Ce n’est pas important, murmura l’Invokeur pour ne pas heurter sa soeur.

Imari fixa Yuna, puis Akito. Encore allongée sur le sol, son visage semblait se couvrir d’un voile de tristesse : se souvenait-elle de ce qui lui était arrivé ? Yuna scruta sa soeur quelques instants puis, se tournant vers Shiguré :

- C’est avec plaisir que j’accepte votre invitation mais... malheureusement pour ma soeur, elle ne pourra pas nous suivre : étant affaiblie, elle aura du mal à marcher. J’aimerai qu’elle puisse rester ici, au manoir, cette nuit : au moins, si elle devait se sentir mal, Hatori serait là pour l’aider, n’est-ce pas ?

Hatori hocha la tête, en signe de consentement.

- Et pourquoi accepterais-je une chose pareille ?, grogna Akito, toujours près de la fenêtre.

- Et bien... parce que vous l’avez blessée. Vous êtes le chef de la famille alors... apprenez à prendre vos responsabilités !

Akito la dévisagea, coléreux. Mais ne sachant plus que répondre pour défendre sa position, il quitta la pièce sans rien ajouter.

- Tu en es sûre, ma soeur... ?

- Oui, Imari ! Fais attention à toi, je passerai demain matin, pour voir si tu es rétablie. Prends soin de toi jusque là.

La Prêtresse acquiesça, remerciant sa soeur du regard. Shiguré assista à la conversation, diverti ; puis, ajouta enfin :

- Bien, Yuna ! Je crois que Imari est entre de bonnes mains maintenant *il regarda vers Hatori* alors... nous y allons ?

- Oui, elle jeta un dernier regard vers sa soeur et lui prit la main en souriant, affectueuse ; fais attention à toi.

Yuna sorti de la pièce accompagnée par Shiguré, alors que Hatori prenait soin de Imari, lui amenant un oreiller et une couverture. La Prêtresse se reposa quelques instants sous le regard bienveillant de Hatori, pendant que Yuna quittait le manoir Sôhma avec Shiguré, Yuki et Kyô, en traversant le jardin de la résidence. Après peu, Imari ouvrit les yeux, l’esprit lucide, comme si un rêve prémonitoire l’avait illuminée et, se tournant vers le médecin :

- Je t’en prie... amènes-moi voir Akito.

- Mais..., Hatori ne savait pas que faire.

- C’est vraiment important pour moi.

Il fixa la Prêtresse quelques instants et, après cela, il l’aida doucement à se relever pour pouvoir l’accompagner voir Akito... Ils firent un assez court chemin avant de retrouver Akito, couché au bord d’un petit lac. Lorsqu’il entendit des pas derrière lui, il tourna sur le sol pour les voir arriver, et ses yeux lancèrent de gros éclairs.

- Dégagez !, cria-t-il. Sortez !

Imari regarda Hatori et lui fit signe de sortir. Celui-ci parût une nouvelle fois hésiter. Imari endurcit son regard et l’obligea à quitter la pièce où ils se trouvaient. Quand le jeune médecin fût partit, Imari resta sans bouger pendant plusieurs minutes. Akito sembla croire qu’elle était partit car un soupir lui échappa. La jeune fille choisit ce moment pour commencer à parler, d’une voix douce et basse :

- Quand on est petits... on a besoin de réconfort. On aime être serrés dans les bras de grandes personnes qui nous protègent de tout. On cherche la sécurité...

Akito s’était relevé d’un coup en la foudroyait du regard. Imari le regarda dans les yeux et établit une nouvelle connexion, beaucoup moins puissante. Akito se laissa faire.

- Tu n’as jamais connu que l’obligation et le rejet. Tu ne connais rien de l’amour. Pourquoi refuses-tu tous ces sentiments ?

La connexion s’effaça d’un coup.

- Je n’en veux pas, je les déteste ! Tous !, cracha Akito.

- Tu ne les détestes pas, tu es jaloux de ne pouvoir avoir tout cela... Pourquoi ? Est-ce à cause de ta malédiction propre ?!

Les yeux du chef de famille s’agrandirent de surprise et de frayeur.

- Comment... ?

- Comment ai-je su ? J’ai rêvé. C’est toi qui m’as blessée, tu m’as laissée voir en toi, tout au fond...

Akito recula convulsivement.

- Ne m’approche pas !

- Si tu ne le veux pas, je ne le ferais pas. Mais c’est à toi de devenir courageux et arrêter de prendre la fuite, de choisir la facilité : tourner le dos à ta malédiction.

Akito tapa du pied sur le sol. Mais il ne parla pas.

- Regardes-moi...

Sans trop savoir pourquoi, Akito leva un regard furieux sur elle. Imari établit une nouvelle connexion. Jamais elle n’avait utilisé ce pouvoir si souvent. Elle sentait déjà la fatigue qu’encourrait cette dépense d’énergie. Mais ce jeune homme torturé en valait la peine.

Elle fixa la connexion à un haut degré. Au fur et à mesure qu’elle approchait, elle baissa son emprise sur lui, le laissant faire à un certain degré. Arrivée tout près de lui, leurs corps se frôlant, elle relâcha tout. Elle évita de montrer qu’elle était essoufflée.

- Alors... Qu’est-ce que cela fait, de sentir une personne près de toi ? Une personne autre qu’un médecin là juste pour raison médicale ?

Akito parût trembler, mais Imari pensa à une illusion qu’elle aurait souhaité. La première action était toujours la plus douloureuse et la plus salutaire, quand elle voulait aider. Il fallait qu’il ait envie de se laisser aider. Et celui-ci était plutôt contre son aide.

- Que voudrais-tu faire alors que je suis si près ? Je connais ton apparence à l’intérieur... ce que tu deviendras si tu me serres dans tes bras ne m’est pas inconnu. Je pourrais très bien t’aider... si tu le souhaites.

Akito parût réfléchir puis, doucement, il s’écarta d’Imari.

- Non... non ! Je ne veux pas !

- Alors arrête ! Calmes-toi, enfin !

Akito recula encore maladroitement, les mains sur sa tête.

- Arrêtes de gémir ! Tu veux devenir courageux, je le sais, alors commence à agir en homme au lieu de fuir.

Akito recommença à rager. Imari ne se laissa pas faire cette fois.

- Et arrêtes donc de te mettre en colère ! Tu te caches derrière cette apparence trompeuse ! Tu n’es machiavélique que par ta peur et ta connaissance de ce qui vit en toi ! C’est comme si tu te laissais contrôler par lui !

- Je ne suis contrôlé par personne !, s’écria-t-il.

- Alors sois celui que tu devrais être. Un humain.

Akito parût surpris par cette affirmation. Il se figea un instant, puis finit par se laisser tomber à terre, à bout de force.

- Akito !

- Je ne suis pas bien...

- Tu as de la fièvre... J’ai l’impression de me voir, moi..., dit hystériquement Imari.

- Personne ne me bat, côté maladie.

Étrangement, Akito paraissait plus abordable, malade. Enfin, c’était à prévoir. Un malade n’a souvent pas la force de répondre et de se mettre en colère.

- Malade, tu es plus fragile. Parler avec toi devient beaucoup plus simple.

- Ne compte pas t’y habituer ! Tu serais déçue !

- Oh ! Ne t’en fais pas !

- Appelles Hatori !

- Oh, que non ! Tu es très bien ainsi.

- Appelles Hatori !!, cria-t-il de nouveau, semblant plus que rageur.

- Non !, répondit catégoriquement la jeune fille. Je ne l’appellerais pas. Nous allons parler. Toute la nuit s’il le faut. Tu dois te débarrasser de tes peurs, complexes, cauchemars...

Les yeux de Akito se convulsèrent de terreur.

- Non... non...

- Dis-moi, Akito, qui te fais peur ?, demanda doucement Imari, laissant une de ses mains courir le long de la joue du Sôhma allongé.

Mais Akito ne répondit pas... Imari entreprit de provoquer un rêve. Elle lui prit la main et s’endormit près de lui. La nuit lui parût étrange et froide sans sa soeur, Yu... Mais tout n’était que le commencement...



[b]/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(2ème partie)



Shiguré guidait gaiement sa nouvelle hôte à sa maison. Pendant plusieurs minutes, ils marchèrent en silence, accompagnés par Yuki et Kyô. L’atmosphère était tout sauf pesante.

- Ta soeur doit être en de bonnes mains avec Hatori..., dit enfin Shiguré en souriant à Yuna pour la rassurer.

- Je m’inquiète tout de même. Elle n’en fait qu’à sa tête et a la capacité de se faire obéir au doigt et à l’oeil... surtout à l’oeil...

Elle eut un sourire, et jeta un regard au garçon. Il lui fit un clin d’oeil et sourit. Les deux jeunes devant, de l’âge de Yuna et Imari, apparemment, continuaient d’avancer sans se retourner.

- Tu es donc maudit par l’esprit du chien..., commença à nouveau Yuna.

- Oui. Pour les autres... je te laisserai le découvrir par toi-même, c’est beaucoup plus amusant !

Yuna rie avec lui, comprenant.

- Pourquoi n’habitez-vous pas tous les trois dans la maison des Sôhma, avec les autres ?

- Pourquoi ? Parce que, être enfermé dans cette maison, signifie chaque jour la présence de Akito, cingla Yuki.

- Et parce que l’enfermement n’est pas notre truc !, ajouta Kyô.

Leurs voix étaient emplies de colère mais en même temps voilées de tristesse. Apparemment, Akito leur menait la vie dure.

- Qui est Akito, réellement ?

- Allons, jeune fille, l’interrompit Shiguré, faussement maussade, on peut parler d’autres choses ce soir ? Comme... D’où viens-tu ?

- Vous ne savez pas ?

- Non... Braska était respecté, n’en doute pas. Mais on en connaissait vraiment très peu de lui. Nous n’étions même pas au courant qu’il avait des filles aussi mignonnes !, rajouta-t-il charmeur.

- Et bien..., rougit Yuna, je viens du Temple de Kyoto. Et... je suis la fille héritière de Braska vu que je suis moi-même Invokeur.

- Ta soeur n’est-elle pas Invokeur aussi ?

- Hi, hi ! Je vois que vous écoutez très mal !, rie la jeune fille.

Ils entraient à présent dans une forêt, suivant un sentier.

- On me le dit souvent, répondit Shiguré, tout aussi amusé par sa maladresse.

- Ma soeur n’est pas Invokeur. Elle est Prêtresse. C’est ce qui lui permet de contrôler les gens en les regardant les yeux...

- Mais tu avais parlé de rêves, à son égard, si je me souviens bien, non ?

Yuki et Kyô continuait en silence, mais Yuna avait pu remarquer leur intérêt, alors que leur démarche se faisait plus lente, se rapprochant d’elle et Shiguré.

- Je vois aussi que vos oreilles ne traînent pas partout... Oui. Imari est aussi Liseuse de rêves. Un pouvoir pénible...

Shiguré hocha la tête.

- Bien ! J’aurais voulu continuer cette conversation, et surtout que tu nous parles plus de toi, mais nous arrivons et il se fait tard...

Une maison apparût tout à coup en face d’eux. Yuna en fût surprise, bien qu’elle ne laissa rien paraître. Ils y entrèrent, fatigués.

- Bien. Je suis fatigué. Je vais me coucher. Bonne nuit, Guré, Yuna, dit mollement Yuki.

- Ouais, b’nuit !, grommela Kyô.

- Bonne nuit !, répondit Yuna chaleureusement.

Ces deux garçons avaient beau avoir été calmes, elle sentait chez eux de la maladresse et du coeur.

- Bien : je vais te conduire à ta chambre, si tu veux bien. C’est à l’étage...

Yuna répondit de la tête et suivit son hôte. Il l’amena jusqu’à une chambre totalement rangée et impeccable.

- Voilà. C’est un peu poussiéreux, mais nous arrangerons cela demain. Bonne nuit !

- Bonne nuit à vous aussi.

Elle se tourna vers sa chambre, puis, avant que Shiguré n’eut totalement refermé la porte, elle le rappela :

- Excusez-moi, Shiguré...

Il repassa sa tête par l’entre bâillement de la porte et demanda :

- Oui ?

- Merci...

- Mais de rien... Au moindre problème, je suis en bas.

- Oui... Merci...

Yuna fixa quelque seconde la pièce où elle se trouvait, les yeux vides. La première nuit où elle n’aurait pas dormi près de sa soeur venait d’entamer... et elle lui manquait déjà énormément. Elle promena un peu son regard puis, voyant qu’il y avait une fenêtre près de son grand lit, elle s’y approcha. A l’extérieur, une magnifique pleine lune brillait dans le ciel en éclairant la nuit qui ne semblait plus si sombre. Elle se laissa transporter par les souvenirs... de sa soeur, du pèlerinage, de ses Gardiens, des Chimères et... de son père. Penser à Braska la rendit mélancolique en un instant : il était vraiment quelqu’un de spécial et il lui manquait, ainsi qu’à sa soeur. Yuna pensa aux Gardiens de son père, eux aussi morts aux côtés de leur protégé : les deux soeurs les aimaient beaucoup ! En effet, elles avaient grandi avec eux puisqu’ils accompagnaient toujours leur père et que leur mère était morte peu après leur naissance. Les Gardiens de Braska, Jecht et Auron, leurs avaient toujours dit que Yuna ressemblait à son père, les linéaments doux mais qui lui donnaient un air déterminé, courageux... Imari ressemblait à leur mère, qui était d’une beauté et d’une tendresse infinie. Des larmes commencèrent à couleur le long des joues de Yuna... repenser à tout cela était tellement douloureux ! Elle se tourna brusquement vers la porte : « Au moindre problème, je suis en bas. », elle se souvint des paroles de Shiguré. Délicatement, elle ouvrit la porte, sortit de sa chambre et descendit doucement les escaliers, essayant de ne pas réveiller Yuki et Kyô. Arrivée en bas, elle vit une porte ouverte et s’approcha de la lumière qui s’en émanait... Shiguré était là, assis devant une petite table, écrivant quelque chose dans un livre d’un air ennuyé. Les larmes coulaient toujours des yeux de Yuna lorsqu’elle entra dans la pièce :

- Shi... guré... ?

Le jeune Sôhma se retourna et, la voyant en pleurs, il se leva d’un coup et s’approcha d’elle, l’air inquiet :

- Que t’arrive-t-il ?

- Je..., rougit Yuna s’essuyant les yeux, je n’arrive pas... à me détendre...

Puisque Yuna avait l’air gêné, Shiguré lui sourit aimablement et, lui passant un bras autour des épaules, il l’accompagna s’asseoir sur un coussin qui se trouvait dans la pièce. Ensuite, lui posant affectueusement une main sur la tête :

- Attends-moi ici, je reviens.

Il sortit de la pièce et revint peu après avec une tasse fumante à la main. Il la posa juste en face de l’Invokeur, lui souriant :

- Tiens : bois quelque chose de chaud, ça te fera du bien ! C’est une tisane que je viens de préparer.

Yuna prit la tasse, se réchauffant les mains, et commença tout doucement à boire pendant que Shiguré partit s’asseoir non loin d’elle, s’adossant contre le mur, l’air légèrement fatigué à cause de la soirée. Il y eut un long moment de silence qui ne pesa à aucun des deux puisque la situation, en présence du maudit par le signe du chien, était toujours agréable et détendue. Après peu, Shiguré lui demanda :

- Est-ce que tu te sens mieux ?

- Oui... merci, murmura Yuna.

- Bien ! Je suis rassuré, sourit le garçon Sôhma.

- En effet... je pensais à beaucoup de choses... ça m’empêche de dormir...

- Ah ? Et à quoi pensais-tu ?

Yuna le regarda : elle aimait la bienveillance qui se dégageait de ce Sôhma lorsqu’il parlait et cela la rassura pour continuer :

- Je... me souvenais de mon père.

- Aah ! Braska, oui. Il était vraiment quelqu’un de spécial, de surprenant, ajouta Shiguré.

- Oui... il nous a quittés si... brusquement que... nous n’avons pas eu le temps de nous y habituer. Peu après sa mort, nous avons dû partir en pèlerinage, ma soeur et moi... nous avons donc été forcées... d’oublier. Mais parfois le souvenir de lui me revient à l’esprit et... c’est difficile à supporter.

L’Invokeur bu une gorgée de la tisane préparée par son hôte, faisant une pause. Une larme coula à nouveau... Il y avait tellement de choses à dire, elle avait besoin d’en parler mais... ne savait pas d’où commencer... Le Sôhma sembla se rendre compte de ce moment de malaise et, se relevant, il s’approcha de Yuna lui souriant, et peu après il tendit la main vers elle :

- Viens avec moi.

La jeune fille s’accrocha confiante à sa main, se relevant. Elle suivi Shiguré de près jusqu’au moment où ils arrivèrent dans une chambre, bien plus désordonnée que celle dans laquelle on l’avait installée, mais elle possédait une énorme fenêtre qui occupait toute une paroi. Le Sôhma l’ouvrit, la lumière de la lune éclaira la pièce, et il proposa à Yuna de dormir dans le lit qui se trouvait dans cette chambre :

- C’est moi qui dort ici normalement mais... je te cède ma place, pour ce soir ! Mais ne t’y habitues pas, hein !, plaisanta le jeune homme.

L’Invokeur, hésitante, s’approcha du lit et, avec visible incertitude, elle s’y allongea. Shiguré partit chercher un coussin et s’y agenouilla, le posant à terre, près de Yuna. Il y eut un nouvel instant de quiétude, plus long cette fois-ci, chacun des deux devait être plongé dans ses propres pensées. La jeune fille prit la parole en premier, le Sôhma la regardait en souriant :

- Depuis le jour où nous décidons de devenir Invokeur... on nous apprend à nous conduire d’une certaine façon, nous devons respecter un certain nombre de règles... Je suis devenue Invokeur parce que mon père l’était, l’aimant beaucoup je voulais... qu’il soit fier de moi un jour. *Elle fit une pause, Shiguré attendit en silence* Depuis toujours, on m’a appris... à toujours sourire, quoi qu’il arrive. Les personnes croient aux Invokeur, ils sont sensés aider... protéger les êtres humains. Nous devons sourire, pour que les autres puissent garder foi et espoir aussi... Lorsque Braska est mort, j’ai mis terme au combat qu’il avait entamé et ensuite... j’ai souris. Les personnes aimaient mon père mais... chaque Homme est égoïste, c’est pourquoi ils pensaient tous à être sains et saufs, le destin de celui qui voulait les sauver à tout prix, même au péril de sa vie, ne les intéressait pas. *Il y eut une nouvelle interruption* Je me demande parfois... pour quoi je me bat encore si nous ne recevons même pas la gratitude ou l’estime des gens que nous sauvons, que nous protégeons.

- As-tu quelqu’un à protéger ?, demanda Shiguré.

Yuna réfléchit quelques instants. Elle pensa à Imari, à ses Gardiens... :

- Oui, pour les personnes qui sont chères à mon coeur.

- Alors... ça doit être pour elles que tu te bats, n’est-ce pas ?

- Je ne pense pas qu’ils aient besoin de ma protection, en effet...

- Là n’est pas la question. Lorsque tu chéris quelqu’un, tu ressens le besoin de le protéger, de défendre l’endroit dans lequel il vit... sûrement, le fait d’être Invokeur te donne un force immense mais, je suis sûr que ton pouvoir est beaucoup plus grand lorsque les personnes que tu aimes se battent à tes côtés. Ne serait-il pas celui-ci le rôle des dénommés Gardiens d’un Invokeur ? Celui d’attendrir son coeur, en devenant en même temps son arme la plus puissante.

- Je... ne sais pas, murmura Yuna.

Shiguré posa une main sur le front de la jeune fille et lui sourit :

- Je pense que tu es courageuse, je t’admire. Tu as une tâche difficile à accomplir, et une peine que personne ne peut comprendre... tu te laisses parfois abattre mais sans jamais perdre espoir. Même si tu es encore jeune, tu as choisi ta voie, ta destinée et je suis sûr que tu resteras fidèle à toi-même jusqu’au bout ! Je pense que tu es la digne héritière de Braska, il peut être fier de toi !

- Merci... Je..., Yuna ne savait pas quoi ajouter.

- Je crois que pour ce soir, tu en as déjà beaucoup dit, chère Yunie. Tu ferais mieux de dormir, maintenant...

Il l’embrassa affectueusement sur le front, et la jeune fille rougit visiblement, sans comprendre. Le Sôhma rigola :

- Tu es une bonne fille ! Je vais veiller sur toi, cette nuit, à la place des tes Gardiens ! Alors dors bien.

- Mais...

- Tu es une gentille fille, donc tu obéis, sourit Shiguré, amusé.

Yuna rigola un instant de bon coeur, cela faisait longtemps. Puis, souriant à Shiguré, elle prit sa main entre les siennes :

- Merci... pour tout... Bonne nuit, alors.

Elle ferma les yeux, se sentant mieux : la présence du jeune Sôhma la rassurait et l’air qui entrait par la fenêtre, inondant la pièce, semblait effacer de son esprit les mauvais souvenirs... au moins pour un instant. Elle fini par s’endormir, soulagée, réconfortée par Shiguré, un sourire aux lèvres. Le lendemain aurait bientôt été là...





Imari fit un rêve. Elle s’agita dans son sommeil, terrifiée. Des griffes, des crocs apparurent dans son esprit... une aura machiavélique se dégageait d’un être à l’apparence démoniaque. Cela commença à cause de simples mots, ces paroles que chaque être humain rêve d’entendre : « Je t’aime ». Une jeune femme les avait prononcés, adressés à la personne qu’elle chérissait plus que tout au monde... un homme, un Sôhma. Cette famille, depuis toujours, était considérée mystérieuse, maudite et sombre... mais ce qu’il y avait de plus ténébreux dans tout cela, c’était un membre de cette famille... Il repoussait l’amour d’une femme parce qu’il ne voulait pas qu’elle sache, qu’elle ait peur de lui. Être obligés de repousser l’être aimé... Imari bougea dans son sommeil... telle était la vraie malédiction des Sôhma...

Imari s’éveilla d’un seul coup, se relevant sur ses mains, le souffle court. Elle respira difficilement pendant quelques secondes avant de se rappeler où elle était. Son rêve la fit frissonner. Etant capable de lire les sentiments, surtout les positifs, elle était choquée de ce Sôhma qui était maudit... à cause de l’amour. Ce sentiment était un des plus forts qui existent en ce monde, l’un des sentiments qui donnaient le plus de pouvoir aux gens. En être dépourvu faisait de ces gens des ombres d’eux-mêmes. Regardant autour d’elle, elle remarqua Akito. Il dormait, la bouche légèrement entrouverte, recroquevillé vers elle. Il gémit, comme s’il sentait le regard de la jeune Prêtresse.

- Finalement, lorsqu’il dort il perd les traits d’un jeune homme coléreux et dangereux.

Lentement, elle se leva et sortit de la pièce. Elle remarqua alors, avant de fermer la porte, que quelqu’un avait rapportée des couvertures pour les couvrir. En soupirant, elle ferma donc le battant, et commença à déambuler faiblement dans la grande maison.

Elle n’avait pas récupéré. Sa faiblesse d’hier soir, et les coups d’Akito furieux n’avaient pas amélioré sa forme...

- Eh, bien ! Déjà debout ?, demanda une voix.

- Oh... Hatori, c’est ça?, demanda Imari en se tournant vers son interlocuteur.

- Oui.

Imari respira et elle sentit son souffle très chaud. Elle était en train de tomber sérieusement malade ! Non, pas encore !

- Tu vas bien ?

- Oui...

Mais la réponse était faible. Le sommeil l’avait anesthésiée pour les premières minutes, mais tout disparaissait... Elle avait mal à la tête, les oreilles lui bourdonnaient, une chanson grésillante et hypnotique.

Elle ferma ses yeux, essayant désespérément de faire taire ce bruit, mais impossible ! Elle se calla contre un mur et s’assied par terre, la tête dans les mains.

- Yu... Yuna ! ..., appela-t-elle, désespérée.

- Imari !, s’écria Hatori. Mais la jeune fille ne l’entendait déjà plus, inconsciente et appelant chaque seconde sa soeur en qui sa confiance était égale à la sienne.





Yuna se leva doucement, s’étirant. Elle se sentait un peu seule sans sa soeur, mais la présence de ce Shiguré Sôhma l’avait beaucoup apaisée.

Ces mouvements réveillèrent le jeune homme. Il grommela avant de se lever.

- Hum... Oui, et bien, je ne dormirai plus sur le sol comme cela... Mon dos ! ...

- Oh... je suis désolée..., s’excusa Yuna.

- Eh ! C’est moi qui t’ai proposé mon lit. Tu n’as pas à t’excuser.

Yuna hocha la tête, pas tout à fait d’accord.

- Bien, levons-nous maintenant. Je ne pourrais pas me recoucher...

Shiguré se leva péniblement et Yuna l’aida tant bien que mal... jusqu’à ce qu’elle se rapproche trop et qu’un *POUF* retentissant ne la préviennent, trop tardivement.

- La journée commence bien, soupirèrent les deux jeunes en un souffle.

Ils eurent un rire légèrement nerveux.

- Je suis désolée, il faut que je m’y fasse...

- Oui, je sais, c’est normal, ne t’inquiètes pas !

Il y eut un silence, puis un nouveau *POUF* et Shiguré reparût, pas spécialement habillé. Yuna cligna des yeux, n’arrivant pas à regarder ailleurs, puis rougit.

- A ça non plus je n’arriverai pas à m’y habituer !

- Oh, à force on s’y fait ! On est devenues les personnes les moins pudiques de cette génération...

Shiguré partit d’un rire joyeux qui se communiqua facilement à Yuna. Ils sortirent de la chambre et rencontrèrent Yuki et Kyô qui passaient à l’instant même. Les deux jeunes se regardèrent, la tension monta. Ils fusillèrent Shiguré du regard, puis :

- Sale chien dégoûtant !, grogna Kyô.

- Un peu plus de respect pour les âgés, mon petit chaton, s’exclama jovialement l’intéressé.

- Vous... la nuit... dans la même chambre...

- Mais pas dans le même lit ! Quand veux-tu qu’un possédé arrive à faire « ça » avec une fille !

Kyô releva la tête, indigné, et continua à marcher jusque ce qui devait être la cuisine. Yuna lança un regard perplexe à Yuki et rougit en comprenant ce à quoi Shiguré et Kyô avait fait allusion. Le jeune homme aux cheveux étrangement bleu et violet, lui sourit en murmurant :

- Il est tellement bête, ce chat...

La jeune fille se souvint petit à petit des maudits. Donc Kyô était le chat ? Shiguré était le chien, sans aucun doute possible. Mais Yuki ? Il avait l’air d’un gentil garçon... Tous trois se dirigèrent dans la même direction que le chat. Mais avant d’y arriver, l’Invokeur s’arrêta net.

- Imari ? ..., demanda-t-elle, les mains sur ses tempes.

Dans sa tête résonnait un appel puissant et agité. Sa soeur était mal... Elle avait mal. Encore un malaise ?

- ... Quoi ?

Yuna refit surface dans son corps, et se rendit compte que les trois hommes la regardaient, inquiets.

- Je suis désolée... Il faut que quelqu’un me reconduise tout de suite à ma soeur !

- Comment ? Pourquoi ?, demanda Shiguré.

- Elle est... Oh ! Je vous expliquerais en chemin ! Si vous ne m’aidez pas, j’aurais plus de mal à la trouver, mais j’y arriverais quand même ! Alors m’aidez-vous ou pas ?!

Visiblement ébahis, ils hochèrent tout de même la tête, en voyant que Yuna était très préoccupée. Elle sortit de la maison avant eux, mais ils la devancèrent et tous se mirent plus ou moins à courir. Ils ne mirent pas tellement de temps à arriver à la maison Sôhma, mais dès qu’ils eurent franchis la porte, Yuna partit devant et se laissa guider par l’aura précise de sa soeur aimée. Elle courût et arriva bien vite auprès d’elle. La voir la soulagea tout d’abord un peu. Mais son état n’était pas merveilleux à voir. Hatori, à ses côtés, la salua, un peu surpris.

- Qu’est-ce qui s’est passé ?, demanda Yuna, en s’approchant d’Imari.

- Elle n’allait pas bien, et s’est effondrée. Sa température est beaucoup montée, je n’arrive pas à la baisser. J’ai tout essayé... Je lui ai même fait passer un bain glacé avant que vous n’arriviez !

- Un bain glacé ?! Sa température doit approcher les 44° ! Il ne fallait pas !

- Mais est-ce que j’étais censé savoir, moi !, s’écria Hatori, commençant à s’énerver.

- Ce... n’est rien... Yu... Tori... Il a essayé de bien faire...

On pouvait voir la buée qui sortait de la bouche d’Imari. Cela alarma Yuna... Elle mit sa main sur le front de sa soeur et en sursauta d’horreur.

- Non, ça ne va pas du tout... Tu as fais un rêve, n’est-ce pas ?

- Non..., essaya Imari, mais Yuna la coupa :

- Ne te moque pas de moi, Imari ! Mon Dieu ! Ta température...

- J’ai vraiment tout essayé... vraiment, continua le médecin Sôhma, la douche glacé, le bain glacé, je lui ai fait avalé de l’eau glaciale... Pourquoi sa température n’est-elle pas redescendue ?!

- Parce que la chaleur vient de son cerveau et non de ses muscles ! 45° ! Il faut que j’arrive à baisser ta température au maximum !

Yuna se débarrassa du pull qu’elle avait sur le dos et d’un geste de ses mains écarta les personnes présentent.

- Yu... Tu vas... invoquer ?

- Est-ce que j’ai le choix ? Calmes-toi, ta fièvre va baisser.

- Elle a intérêt ! Sinon, c’est la mort assuré...

Yuna tourna un oeil furieux sur Hatori qui venait de parler. Puis, fixa Imari quelques instants : qu’avait-elle rêvé pour qu’elle soit dans cet état d'angoisse ? Elle ferma les yeux, se concentrant ; elle leva son bras, la main ouverte, pour ensuite la fermer d’un mouvement rapide... entre ses doigts, une arme apparût, le Nirvana, le bâton des Grand Invokeur. Dès qu’elle saisit son arme, son habit changea pour laisser la place à une longue robe bleuâtre décorée de fleurs et une chemisette blanche. Son tempérament changea aussi. Nulle trace de panique n’apparaissait. Simplement un calme impassible. Yuna bougea, ses mouvements fluides ressemblaient à des pas de danse, toujours les yeux fermés.

Shiguré la contempla, surpris. Il n’était d’ailleurs pas le seul. Toutes les personnes présentent ne savaient quoi penser et se demandaient ce qui allaient arriver. Ils étaient bien plus qu’impressionnés. Quelqu’un entra mais nul ne le vit. L’Invokeur s’agenouilla alors, effleurant le sol avec le Nirvana, elle dessina un cercle sur le sol :

- Le sceau est levé.

- Co... Comment... ?, Imari ayant compris, était surprise.

L’Invokeur ne répondit pas à sa soeur et, ouvrant enfin les yeux, continua :

- Alucard !

Elle prononça ce nom lentement, en appuyant sur chacune des syllabes et ensuite, le silence fût. Son coeur battait à tout rompre.

Les Sôhma regardaient autour d’eux, se demandant ce qui allait arriver. Ils étaient plus qu’impressionnés par la prestation en vrai d’un Invokeur.

Après quelques instants, tout devint brumeux, et enfin il n’y eut plus que le noir du néant, comme un trou sans fond ou chaque point de lumière était une bénédiction. Un rire démoniaque raisonna dans la pièce d’un coup, les Sôhma présents se regardèrent puis osèrent un regard dans les alentours, sans comprendre. Derrière Yuna, toujours agenouillée, un être apparut : habillé de façon sombre, il portait une cape rouge et avait de longs cheveux noirs, sur ses gants deux sceaux étaient dessinés. Cet être s’avança vers le Grand Invokeur, qui se leva enfin. Yuna et la Chimère se fixèrent un moment, les deux au regard fier. Le dénommé Alucard ressemblait bien plus à un humain que ce que les Sôhma auraient bien pu imaginer ! C’était donc ça une Chimère ?

- Pour quelle raison le Grand Invokeur appellerait-il son Ultime Chimère ?

Yuna ne prononça aucun mot : le regard sérieux, elle montra du Nirvana sa soeur aimée, allongée, sa respiration devenant de plus en plus difficile. Les Sôhma regardaient sans comprendre : Ultime Chimère ?

- Ah, vous voulez donc que j’aide votre soeur ? En effet, elle a l’air mal en point, cette fois-ci !

En souriant, amusé, il s’approcha d’Imari et s’agenouilla près d’elle. Il la dévisagea un instant puis, lui posant une main sur le front, il eut l’air ennuyé :

- Voyons voir ce que je peux faire...

Son ton était calme et amusé, ce qui alarma un peu la maisonnée. Alucard ouvrit la camisole de la Prêtresse au niveau de son ventre et, avec son doigt, il dessina un symbole... celui de Yu Yevon, le fondateur de l’Eglise. Il prononça un mot : « Pasa », et l’emblème apparût, écarlate comme du sang. À ce moment, il posa la main au-dessus : Imari semblait souffrir.

- Je m’en doutais, encore ses rêves !, râla l’Ultime Chimère amusée.

Il ferma les yeux, se concentrant enfin, et faisant apparaître autour d’Imari une aura gelée, des minuscules morceaux de glace l’entouraient, la rafraîchissant. Plusieurs particules allèrent apaiser sa tête, d’autres baissèrent la température de sa poitrine. Sa main, toujours posée sur le symbole de Yu Yevon, Alucard semblait atténuer la couleur du « mot sacré », si ardente à un moment. Imari sembla se calmer, sa respiration se tranquillisa. Voyant que la Prêtresse allait mieux, tous les présents semblèrent rassurés, surtout sa soeur. Alucard se leva alors, s’avançant vers l’Invokeur ; arrivé devant lui, la Chimère prit le visage de Yuna entre ses doigts, l’approchant du sien :

- Je ne sais pas pourquoi je fais cela pour vous... peut-être parce qu’une partie de lui est encore en moi, une partie... consciente !

Yuna n’ajouta rien : pour elle, c’était déjà assez pénible ainsi. Elle l’avait aimé et il avait dû disparaître... Pourquoi ?!

- Puisque vous semblez n’avoir rien à dire, je vais vous laisser.

Elle avait tellement de choses à dire ! Mais c’est à lui qu’elle voulait parler, et non à Alucard...

Alucard sourit une dernière fois, puis disparu dans un halo noir comme des cendres. L’Invokeur expira, l’air affligé. Elle s’approcha ensuite de sa soeur, qui allait visiblement beaucoup mieux ! Pendant qu’elle veillait sur elle, une voix l’interpella :

- Qu’était-ce cet... être ?

- Mon Ultime Chimère.

- Ce qui signifie... ?

Yuna soupira : elle ne semblait pas avoir envie d’en parler mais puisque c’était Akito qui venait de le lui demander, elle essaya de faire un effort... pour Imari.

- Un Invokeur, pour être nommé Grand Invokeur, doit finir un pèlerinage accompagné de ses Gardiens, au cours de sa vie... durant cela, l’Invokeur acquiert les Chimères en priant dans les différents Temples. Lorsqu’il a acquit toutes les Chimères existantes, la dernière étape de son pèlerinage consiste à se rendre à un Temple, où il pourra acquérir son Ultime Chimère.

- Cette Chimère était quand même spéciale... on aurait dit un être humain !, ajouta Hatori, surpris par cette explication.

- En effet, à une époque c’était un humain, répondit tristement Yuna. Acquérir une Ultime Chimère est le passage le plus douloureux au cours de la vie d’un Invokeur... mais une fois cette Chimère acquise, l’Invokeur peut être nommé Grand Invokeur.

- Et qui était-ce, avant... ?

- Un de mes Gardiens, il s’appelait Vincent, conclu Yuna, l’air abattu.

- Mais...

- L’Ultime Chimère n’est rien de plus qu’un des Gardiens de l’Invokeur ayant donné sa vie pour devenir une Chimère. Malheureusement, une fois la transformation faite, le Gardien perd ses souvenirs et devient juste... une Chimère.

- Je comprend..., ajouta Akito, sans savoir exactement quoi dire.

- Il perd toutes ses émotions, ses souvenirs, ses envies, ses compétences et ses incompétences... pour devenir la Chimère qui servira son Invokeur..., dit Imari.

Yuna lui jeta un regard attristé et mélancolique.

- Yu, viens près de moi, lui murmura Imari. Tu m’as entendu, je suis heureuse...

Yuna avait presque les larmes aux yeux. Le voir l’avait abattue plus qu’elle n’aurait pensé l’être. Elle avait même du mal à penser que sa soeur avait été à deux doigts de disparaître. Elle s’approcha d’elle, et la serra fortement, laissant couler ses larmes.

- Allons, Yuna chérie. Il a donné sa vie pour toi, à présent, il fait partie de toi. Ne sois pas si triste... Imagine sa vie ! Elle a été si puissante... Non ! Son désir de vivre et de te reconnaître a été puissant ! Sinon... comment aurait-il pue garder des souvenirs, même des sentiments ?

Shiguré, se passant une main entre les cheveux, l’air nerveux, comme si quelque chose dans l’air l’irritait. Akito, remarquant une certaine gêne, demanda :

- Qui était ce Gardien, pour toi ?

Imari lui lança un regard qui le transperça : les pleurs de sa soeur l’amusaient-il ? Pourquoi une telle cruauté ?! Elle n’arrivait pas à le comprendre.

- Yuna... a aimé Vincent, expliqua Imari à la place de sa soeur.

Celle-ci se mordit les lèvres et resserra ses bras autour d’Imari. Sa soeur sentait bien que l’Invokeur n’avait aucune envie d’en parler... Mais ce Shiguré pourrait l’aider...

- Elle l’a aimé autant que lui l’a aimée... Mais un Gardien ne doit jamais tomber amoureux de son Invokeur... Cela, Yuna l’a compris. Le Gardien le plus proche de son Invokeur, est celui qui donnera sa vie le plus... profondément possible.

Cette explication laissa un vide dans la salle. Les pleurs de Yuna se tarirent mais Imari ne voulut pas la laisser se séparer d’elle.

- Restes avec moi, je t’en prie, lui chuchota-t-elle à l’oreille. Je me suis sentie si seule cette nuit...

La Prêtresse sentit les mains de sa soeur se refermer un peu plus. Elle soupira, se sentant mieux.

- Bien... Je me sens beaucoup mieux près de toi, sais-tu ?, dit Imari en lui souriant, repoussant un peu Yuna pour la regarder dans les yeux.

D’habitude, Yuna était celle qui dirigeait, la plus forte de caractère et de mental... Pour une des fois dans sa vie, aujourd’hui c’était Imari qui était la plus âgée.

- Il est vraiment partit... Il ne reviendra pas..., souffla Yuna.

- Il est partit et il ne reviendra pas, répéta la Liseuse de Rêves, d’un ton doux. Mais d’autres personnes veulent ton amour ! Livres-toi à eux. Aime-les ! Je suis là moi aussi.

- Tu es là... Je veux que tu le restes toute notre vie...

- Je le resterais, n’aie crainte. Ma vie s’arrêterait si tu disparaissais. Mon coeur refuserait de battre encore, il serait trop meurtri.

- Je t’aime tant...

Les gens aux alentours avaient disparût pour elles deux. Ne restait plus qu’elles-mêmes, et leurs sentiments, leur vie.

- Je t’aime aussi, Yunie chérie...

Yuna sourit et se redressa finalement.

- Ah, ça fait du bien, soupira l’Invokeur.

- Oui... Je vais beaucoup mieux moi aussi.

Les Sôhma qui les entouraient, étaient visiblement rassurés de voir qu’Imari se sentait mieux mais ne pouvaient s’empêcher d’être étonnés en ayant vu la puissance des Chimères. Hatori s’approcha de la Prêtresse, lui posant une main sur le front, pour voir si sa température avait vraiment baissé et... en effet, elle se sentait médicalement mieux ! Imari se releva, tenant sa soeur par la main, qui se leva en même temps qu’elle. Les deux filles de Braska avaient eu l’occasion de mieux connaître un Sôhma, chacune de leur côté... et comme un accord silencieux, elles avaient prit une décision :

- Nous voudrions vous aider, commença Yuna.

Les membres de la famille Sôhma présents se tournèrent vers elle :

- Nous nous sommes rendues compte de la malédiction qui vous hante... elle est bien plus sombre que celle que nous imaginions.

- Notre père avait sans doutes compris qu’il est possible de vous aider alors... laissez-nous essayer de continuer ce qu’il avait commencé.

Akito dévisagea les autres, ne sachant pas quoi répondre. Lui était le chef, et à lui revenait la décision. Il se souvint de la soirée passée en compagnie d’Imari... Il avait du mal à l’avouer, mais la discussion qu’ils avaient eu l’avait apaisé, il pensait qu’Imari pouvait les aider ! Et en voyant les pouvoirs d’Invokeur de Yuna, il se rappela de Braska qui voulait tellement les aider, lever la malédiction. Qu’avait-il dit, déjà, la dernière fois ? « Seule une Ultime Chimère peut lever votre malédiction... avec l’aide d’une personne qui vous aimera, Akito. »

- Je pense que vous pourrez nous aider, décida enfin Akito, prononçant ces mots d’une voix impersonnelle.

Tous se retournèrent pour le regarder : à quoi pensait-il ? Imari repensa à son rêve, et à la discussion avec Akito la nuit d’avant... qu’est-ce qui avait changé ? Akito, sentant le regard des autres peser sur lui, s’irrita comme il le faisait toujours :

- J’essaye de vous aider, les maudits ! Alors arrêtez de me dévisager avec ce regard, s’énerva le chef de la famille.

La Liseuse de Rêves savait pourtant que lui aussi était maudit... mais les autres, le savaient-ils ? Cette question résonnait dans sa tête.

- Grand Invokeur ! Imari ! Je dois vous parler, conclu Akito sous l’étonnement de tous les présents.

Les deux soeurs se regardèrent un instant, puis hochèrent la tête en signe de consentement, toujours se tenant la main. Le chef du clan fit sortir tous les Sôhma, et prêta attention à Shiguré, pour voir s’il fermait bien la porte derrière son dos. Il y eut quelques minutes de silences durant lesquels Akito s’approcha d’une fenêtre, un oiseau se posa sur un de ses doigts. Le vent entrait dans la pièce, caressant ses cheveux noirs qui couvraient ses yeux, et à un moment, il se décida à parler :

- Je ne sais pas en quoi cela pourrait vous aider mais Braska m’avait confié un secret... *il fit une pause, regardant dehors* Selon lui, la malédiction pourrait être levée par une Ultime Chimère.

- Alucard... ?, murmura Yuna.

Comment puis-je le savoir, à votre avis !, répondit Akito, agacé.

Les deux soeurs se regardèrent, sans savoir quoi répondre. Alucard pouvait donc lever la malédiction des Sôhma ?! Comment était-ce possible ? Mais... Leur père possédait une Ultime Chimère aussi alors pourquoi ne l’avait-il pas fait lui-même ?

- Pourquoi Braska ne l’a-t-il pas fait lui-même ?, demanda Yuna, lui faisant partie de ses pensées.

- Je pense qu’il ne le pouvait pas, répondit sèchement le chef du clan.

- Pour quelle raison ?, insista Imari, le fixant.

- Je crois que l’Ultime Chimère devait être aidée par quelqu’un..., il ne fini pas sa phrase et, visiblement énervé, il chassa d’un geste brusque l’oiseau qui s’était posé sur son doigt.

- Qui ?, demandèrent les deux soeurs à l’unisson.

- Une personne... *il fit une pause* qui m’aimerait...

Yuna se tourna vers Imari, qui étrangement avait rougis. Akito s’éloigna de la fenêtre, se passant nerveusement une main entre ses cheveux pour ne pas montrer son embarras :

- De toutes les façons, une telle personne n’existera jamais ! Mais enfin... vous êtes les filles de Braska, à vous de trouver une solution et pas à moi.

Il s’avança vers la porte, et après l’avoir ouverte, décidé à sortir, il se tourna vers Yuna et sa soeur pour conclure :

- Grand Invokeur : si la vie chez Shiguré vous plait, je vous autorise à demeurer avec lui le temps qu’il vous faudra pour lever la malédiction... quand à toi, Imari... tu peux aller avec l’Invokeur chez Shiguré, ou tu peux rester ici, si ça te plait ! Même chose pour vous, Yuna.

Akito sortit, fermant la porte derrière lui. Les deux soeurs entendirent le bruit de ses pas s’éloigner, ensuite elle se regardèrent, sans savoir quoi dire. Comment lever la malédiction des Sôhma ? Yuna était en train de réfléchir lorsque Imari s’accrocha à sa camisole, approchant son visage de celui de sa soeur aimée :

- Laisses-moi rester ici, s’il te plait !

Le Grand Invokeur, surpris, se demanda ce qui lui arrivait :

- Qu’est-ce que... ?

- Je pense... pouvoir l’aider, Yu ! Je l’ai vu, dans mes rêves... c’est cela qui m’a rendue aussi malade, ce matin...

- Je devais m’en douter, l’Invokeur secoua la tête, souriante.

Il y eut un moment de silence, Yuna prit sa soeur dans ses bras et pensa à Maître Baralai et à leurs Gardiens :

- Je crois que nous devrions prévenir au Temple, à propos de notre absence. Alors... Je pense qu’il vaut mieux que tu restes ici et je vais cohabiter avec Shiguré pendant quelques temps. Il faut que nous comprenions que faire, comment agir avec Akito. Mais avant toute chose, nous devons rentrer au Temple parler avec les autres, conclu Yuna, enfin sûre d’elle.

- Oui, je suis d’accord ! Rentrons.

Elles sortirent de la pièce, se tenant inconsciemment par la main. Après quelques instants, ils rencontrèrent Shiguré, Ayamé et Hatori, en train de discuter. Shiguré les remarqua et les salua d’un geste de la main :

- Qu’avez-vous décidé, mes demoiselles ?, demanda-t-il gaiement.

Yuna sembla rougir, un peu embarrassée, et Hatori le remarqua sans comprendre. Elle avança d’un pas vers le maudit pas le signe du chien :

- Puis-je... rester chez vous le temps que la malédiction soit levée ?, hasarda l’Invokeur légèrement gênée.

Shiguré, surpris, lui sourit aimablement et répondit :

- Bien sûr, ce serait un immense plaisir, pour moi !

Puis, s’approchant du visage de Yuna, il lui murmura :

- Mais alors cette fois c’est ou dans la chambre que je t’ai confiée, ou avec moi, mais je ne dormirai plus par terre ! J’ai encore mal au dos !

Il lui fit un clin d’oeil. L’Invokeur rigola alors qu’une légère roseur s’étala sur son visage : elle aimait beaucoup le maudit par le signe du chien, à ses côtés elle se sentait en sécurité.

- Rentreras-tu avec moi, aujourd’hui ?, demanda Shiguré à titre d’information.

- Nous allons rentrer au Temple avant, prévenir le Maître et nos Gardiens. Je pense que c’est le minimum à faire !, conclu l’Invokeur.

- Oui, tu as raison. Et... est-ce qu’Imari rentre avec nous aussi ?

- Non, elle préfère rester auprès d’Akito.

Les trois Sôhma furent surpris, mais la rougeur sur le visage de la Prêtresse symbolisait clairement qu’elle aurait préféré qu’on ne lui pose pas de questions, et ce fut ainsi. Shiguré hocha la tête, pour montrer son accord, et il les salua en souriant aimablement, les voyant s’éloigner. Hatori le regarda faire et Ayamé continua à fixer les deux filles de Braska, sans comprendre.

- Fais attention à ce que tu fais, Shiguré, lui conseilla Hatori, la voix légèrement triste.

- Ne t’inquiètes pas pour moi, répondit Shiguré en s’éloignant.





Au Temple de Kyoto, Yukimura, Kyô et Kenshin attendaient patiemment l’arrivée de leurs protégées. Ils ressentaient très bien qu’elles avaient souffert, chacune de leur côté, la malédiction des Sôhma était mystérieuse, sombre et sûrement très douloureuse. Ils se doutaient bien que l’Invokeur et sa soeur ne seraient pas rentrées la nuit du nouvel an, mais ils espéraient les voir revenir ce soir là : ils étaient inquiets. Yukimura s’étira, en baillant ennuyé :

- Savez-vous, je pense que nous devrions aller rendre visite à Maître Muramasa. Qu’en pensez-vous ?

- Pour quelle raison ?, demanda Kyô, agressifs comme toujours.

- Je pense qu’il pourrait nous en apprendre plus sur les Sôhma !

- Oui, tu as raison, Yukimura !, exclama enthousiaste Kenshin.

Kyô ne semblait pas très convaincu, mais Yukimura continua :

- Je pense que pour protéger Yuna et Imari, nous devrions mieux connaître ce clan Sôhma ! J’ai un très mauvais pressentiment... J’espère me tromper.

A ce moment même, à l’horizon, ils virent tous les trois les silhouettes des deux filles de Braska s’approcher, se tenant par la main. Ce qui les étonna fortement, fut de voir que Yuna portait l’habit de l’Invokeur... pourquoi avait-elle eu besoin d’invoquer ses Chimères ? Ils attendirent en silence, les deux soeurs s’approchèrent, souriant à leurs Gardiens. Arrivées près d’eux, Yuna courut vers Yukimura, se jetant dans ses bras : c’était le Gardien auquel elle était le plus proche après la disparition de Vincent, il avait toujours prit soin d’elle en la soutenant dans les moments difficiles, et il lui avait manqué pendant cette courte absence, surtout à cause de son invocation au manoir Sôhma...

- Que vous est-il arrivé ?, demanda Kyô, l’air désintéressé.

- Nous étions inquiets, ajouta Kenshin sans gêne.

- Nous avons eu des problèmes avec la famille Sôhma, expliqua Imari.

- Dans quel sens ?, essaya de mieux comprendre Yukimura.

- Et bien... nous connaissons leur malédiction. J’ai fait un rêve et... leur malédiction peut être levée, nous en sommes maintenant certaines ! Nous devons juste découvrir... comment la lever... Nous croyons qu’il vaut mieux qu’on reste dans leur résidence, quelques temps.

Yukimura sourit, en hochant la tête : en effet, il s’en doutait, depuis le premier soir. Puis, scrutant l’Invokeur, Kyô demanda :

- Pour quelle raison as-tu eu besoin d’invoquer ?

- Et bien..., commença Yuna, hésitante.

- A cause de moi... J’ai fait un rêve très puissant et, vue ma constitution faible, j’ai eu un malaise mais ma température était trop élevée pour que ma soeur puisse m’aider d’elle-même et a donc demandé de l’aide à... Alucard, conclu Imari.

- Alucard ?, demandèrent les Gardiens étonnés, à l’unisson.

Quelle surprise de savoir que l’Invokeur avait appelé son Ultime Chimère : pour Yuna, c’était une épreuve difficile, nombreux souvenirs douloureux lui revenaient à l’esprit à cause de cette Chimère. Les instants heureux vécus auprès de la personne aimée, qui se transformaient en chagrins, peut-être même regrets par moments, et qui la rendaient souvent mélancolique. Mais Vincent avait été le plus courageux d’entre eux, il avait trouvé la force de se sacrifier pour aider l’Invokeur dans sa quête personnelle... et ceci était une preuve de résolution. Il y eut un moment de silence, comme si tous les présents repensaient à ce Gardien décédé au nom de la dévotion et de l’amour : toujours ombreux, silencieux et mystérieux, il s’était attaché à la vie de Gardien plus rapidement des autres, et finissant sa vie en se transformant en Ultime Chimère, il avait renoncé à tous ses souvenirs, ses sentiments, ses désirs. Yukimura posa une main sur la tête de Yuna, en signe de réconfort : Kyô et Kenshin restèrent en silence, sans bouger, ils étaient en effet beaucoup plus réservés que l’âgé. Personne ne sachant quand ajouter, ce fut Yukimura à parler :

- Nous allons nous rendre chez Maître Muramasa, pour en apprendre plus à propos des Sôhma. Voyez-vous, c’est lui qui nous avait parlé en premier de cette famille et nous pensons qu’il pourrait avoir un lien avec eux. Qu’en pensez-vous ?

- Et bien... c’est soudain !, exclama Imari, sans savoir quoi répondre.

- Mais je pense que ça pourrait nous être utile ! Le chef de la famille nous a donné un indice, un moyen que notre père avait trouvé pour lever la malédiction avant de mourir, ajouta Yuna.

- Peut-être que Muramasa pourra nous éclaircir là-dessus, vous ne croyez pas ?, hasarda Imari.

- Oui, je le pense, conclu Yukimura, c’est ce qui nous a poussé à prendre cette décision et... même si nous ne sommes pas là, Invokeur, Prêtresse *il fit une révérence* vous savez bien que Braska et Vincent ont promis de veiller sur vous alors tout ira bien, ne vous inquiétez pas !

Il leur fit un sourire, suivi d’un clin d’oeil. Ces mots qui voulaient être de réconfort, l’inquiétude qui pesait sur elles durant ces dernières heures et l’impression d’être impuissantes face à la malédiction des Sôhma, les rendirent tristes. S’apercevant de cela, les Gardiens sourirent affectueusement : le destin de leurs protégées était un lourd fardeau, mais eux voulaient être là pour qu’elles ne se découragent pas. Yukimura enlaça Yuna, désirant la rassurer, alors que Kyô s’approcha d’Imari lui prenant la main et posant sa tête sur son épaule pour ensuite la serrer dans ses bras : les deux étant très silencieux, c’était un geste inattendu. Le destin les avait mises face à une nouvelle épreuve, encore une fois et nul ne pouvait savoir si elles auraient réussi là où même Braska avait échoué...





Puisque les Gardiens avaient décidé de se charger de prévenir Maître Baralai de l’absence des deux filles de Braska avant de partir rendre visite à Muramasa, Yuna et Imari se rendirent à nouveau pour la résidence Sôhma. Arrivées devant la porte d’entrée au manoir, elles attendirent et il y eut un instant de silence.

- Pour aider Akito, tu auras besoin d’Alucard... comment pouvons-nous faire, Ima ?, demanda l’Invokeur, l’air pensif.

- Pourrais-tu l’invoquer et le laisser au manoir avec Akito et moi, pour que je puisse découvrir quel est le moyen d’aider les Sôhma ?

- Je pense que oui... je pourrais en effet, mais..., hésita Yuna.

En effet, elle ne savait pas ce que, pour un Invokeur, signifiait laisser une Chimère en liberté trop longtemps : mais de toutes les façons elle n’avait pas le choix ! De plus, elle serait rentrée au manoir tous les jours pour aider sa soeur, la seule qui pouvait peut-être aider Akito. Il y avait des risques à prendre, pour les deux filles de Braska ce n’était pas la première fois.

- Bien, décida Yuna.

En quelques mouvements fluides, des pas d’une danse qu’elle seule connaissait, elle se changea en Invokeur appelant à elle son Ultime Chimère : « Alucard ». Il apparût dans un halo brumeux, noir... aux mouvements élégants et les gestes raffinés, il s’avança vers les deux soeurs... c’était la première fois qu’on l’appelait si souvent en quelques heures et il en fut surpris.

- Nous avons besoin de toi, expliqua l’Invokeur, le dévisageant.

- En quoi puis-je vous êtes utile, Maître, Prêtresse ?, s’étira la Chimère, l’air ennuyé.

- Imari a besoin de toi. Je dois te laisser avec elle alors... respecte-la, et aide-la dans sa tâche, Alucard..., ordonna l’Invokeur, sans rien expliquer de plus.

La Prêtresse Liseuse de Rêves se rendit compte que sa soeur semblait mal à l’aise : être en face de lui une deuxième fois en si peu de temps ne devait être un supplice pour elle. Alors, elle essaya de se rendre utile :

- Peux-tu m’aider, Alucard ?, hasarda Imari.

- Hum..., répondit la Chimère, faussement hésitante.

La pression sembla monter pendant l’instant de silence qui régna autour d’eux, en attendant la réponse de ce qu’un temps était un Gardien dévoué :

- Oui, de toutes les façons, je n’ai pas le choix !, rigola-t-il amusé.

Les deux soeurs soupirèrent, rassurées :

- Je vais rentrer à la maison de Shiguré, alors. Je vais vous laisser ! Je pense que je ne peux pas te laisser dans de meilleures mains, ma soeur. Alucard te guérira si tu devais avoir un malaise, n’est-ce pas ?

La Chimère fit quelques pas sur elle-même puis grogna, et hocha la tête en signe d’accord : si elle serait restée correcte, Imari aurait été entre de très bonnes mains, ses pouvoirs de guérison étant immenses... l’Ultime Chimère était l’arme la plus puissante pour un Grand Invokeur. Yuna serra son Nirvana entre les doigts, puis conclu :

- Bien, je vais vous laisser...

Elle s’approcha d’Imari, la prenant dans ses bras pour la rassurer et l’encourager, l’embrassant sur le front, et puis alors qu’elle passa devant Alucard, il la prit par le bras et l’obligea à se tourner vers lui : ils se regardèrent dans les yeux un instant, comme si un brin de souvenir avait refait surface dans le coeur de la Chimère. Ses yeux n’avaient pas changé, toujours aussi beaux et expressifs... seul le sentiment qui s’y cachait derrière n’était plus le même. Yuna se dégagea de l’emprise d’Alucard, s’en dirigeant vers la maison de Shiguré après avoir jeté un dernier regard à Imari. Des larmes semblaient désirer couler de ses yeux alors qu’elle marchait vers la maison du Sôhma maudit par le signe du chien. Et à un moment, elle l’aperçu : à ce qu’il semblait, il l’avait attendue. Yuna s’avança vers lui, plein de souvenirs lui encombraient les pensées et, arrivée face à lui, Shiguré la dévisagea, inquiet, se demandant ce qui avait bien pu lui arriver. L’Invokeur, voyant ce visage que dès le premier instant l’avait réconfortée, apaisée et consolée, elle se sentit impuissante et désemparée... sans réfléchir, elle se jeta dans ses bras, laissant ses larmes couler : devant lui, elle n’avait pas honte et donc, elle ressentait pas le besoin de se cacher.

- Rentrons, lui chuchota Shiguré en l’enlaçant à son tour, juste avant de laisser la malédiction gâcher cet instant...





Imari, après s’être retrouvée seule avec Alucard, décida d’entrer dans le manoir des Sôhma : elle ne savait pas vraiment comment agir, face à l’Ultime Chimère de sa soeur, mais même s’il était une Chimère, une partie de Vincent devait bien rester, quelques parts, n’est-ce pas... ? Elle connaissait ce Gardien décédé, alors elle se sentit rassurée, dans un certain sens :

- Entrons !, décida Imari après quelques instants d’hésitation.

Elle ouvrit l’immense porte où le nom « SÔH – MA » était entaillé, et entra sans trop d’hésitation. Alucard l’escorta sans prononcer un seul mot, il avait l’air plutôt calme, étrangement... Avançant dans le jardin du manoir, Imari vit un Sôhma s’approcher d’elle, son visage avait un quelque chose de familier, mais elle ne savait pas s’expliquer cette sensation.

- Bonjour !! Il parait que tu vas rester quelques temps à la résidence, avec nous ! Est-ce vrai ?, demanda gaiement un jeune garçon blond.

- Oui, répondit la Prêtresse en souriant, aimable.

- Bien ! Je m’appelle Sôhma Momiji, le lapin !, il fit une petite révérence en rigolant joyeusement, Viens-tu voir Akito ?

- Euh..., hésita la Prêtresse, le chef de votre clan m’a proposé de rester ici quelques temps alors... je ne sais pas où aller, exactement !

- Ah ! Alors il a sûrement décidé de t’installer dans la résidence principale parce que tu vois, toutes les autres maisons appartiennent à des familles Sôhma !, expliqua Momiji.

- Vous êtes une grande famille..., murmura Imari étonnée.

- Oui !, exclama le lapin fier, mais... euh..., il hésita.

- Qu’y a-t-il ?, demanda la Prêtresse sans comprendre le pourquoi de cette hésitation soudaine.

- Il est... avec toi ?, Momiji indiqua Alucard.

- Oui, il est ici pour m’aider à lever votre malédiction, répondit Ima.

- Pff, oui, oui !, rigola Alucard en direction de la soeur de Yuna et du Sôhma, pour ensuite s’en aller faire un tour plus loin, dans le jardin.

- Quel sale caractère !, râla la Prêtresse sans comprendre sa réaction.

- Il a sûrement ses raisons, répondit Momiji sans se rendre compte que ses paroles étaient peut-être vraies.

- Laissons-le... de toutes les façons, il est obligé de revenir..., soupira Imari légèrement ennuyée par le comportement de la Chimère : sans lui, jamais elle n’aurait pu aider les Sôhma, et il ne semblait pas être prêt à collaborer, malheureusement...

- Viens !, Momiji prit Imari par la main l’entraînant en direction de la résidence principale, je t’accompagne à ta chambre !

Après quelques instants de marche, ils arrivèrent dans une pièce, qui devait sans doutes être la chambre qu’Akito avait réservé à la Liseuse de Rêves. Arrivés, Imari demanda à voir le chef des Sôhma mais Momiji secoua la tête, tristement :

- Akito ne m’aime pas... je ne peux pas t’accompagner jusqu’à lui. Et de plus, je ne sais pas où il se trouve, maintenant... attends-le ici : s’il t’a demandé de rester, il enverra sûrement quelqu’un te chercher, tôt ou tard, soupira-t-il.

- Bien, j’attendrai alors !, répondit la jeune fille, résignée.

Le lapin sortit de sa chambre, la laissant seule. Elle regarda par la fenêtre : aucune trace d’Alucard. Où avait-il bien pu aller ?! Elle s’inquiétait : qu’arrivait-il à une Chimère sans son Invokeur ? Imari ne le savait pas... Respirant l’air frais et le parfum des fleurs, la Prêtresse attendait, essayant de ne penser à rien : elle espérait réussir à aider les Sôhma mais pour cela, il fallait qu’elle tombe sincèrement amoureuse d’Akito... comment pouvait-elle faire ? Sa malédiction l’affectait sans doutes beaucoup mais de là à en être amoureuse... et est-ce que Alucard aurait accepté de l’aider ? Savait-il comment l’aider ?!

Plus loin, Alucard se promenait dans la résidence Sôhma, regardant autour de lui, un sourire sarcastique posé sur ses lèvres. Le vent soulevait ses longs cheveux noirs renforçant les traits sévères de son visage. Quelques pas encore, et il aperçut quelqu’un dehors, habillé avec un long kimono noir, un oiseau posé sur le doigt ; Alucard, ennuyé, fit semblant de ne pas le remarquer. Akito, de son côté, avait remarqué l’Ultime Chimère de Yuna et, étonné, s’avança vers lui. Lorsqu’il lui fut juste en face, il s’arrêta net, l’observant avec regard malicieux. La Chimère, légèrement irritée, soupira :

- Tu es sur mon chemin. Tu me gênes.

- Tu ne sais pas à qui tu parles, grogna le chef des Sôhma, énervé.

Alucard rigola, s’approchant de lui, amusé :

- Oui, je le sais très bien. Je crois que c’est toi qui ne sais pas à qui tu parles. Alors si tu tiens à ta vie, pousses-toi de mon chemin, Akito.

Il prononça ce nom en appuyant sur chaque syllabe, son ton devint moqueur. Le chef du clan sembla irrité par cette réponse :

- Un simple Gardien qui voulait faire l’héros, répondit sèchement, avec l’intention de le blesser.

- Ah, oui ! Tu parles de Vincent ! Je crois que tu lui dois quand même un peu plus de respect : s’il était toujours en vie, moi je ne serai pas là ! De toutes les façons, plus rien en moi ne lui appartient, expliqua la Chimère, l’air ennuyé par la réplique.

- Et en quoi cela me concerne ?, grogna Akito.

- Sans moi, tu finiras ta vie pitoyable sans jamais avoir réussi à lever la malédiction qui te hante, et oui !, riposta la Chimère, amusée par la conversation.

- Co... Comment sais-tu... ?, demanda le chef surpris.

- Je crois que tu me sous-estimes un peu trop, mais tu n’as pas de chance : tu m’agaces !, lui chuchota Alucard, toujours en souriant.

Akito fit un pas en arrière sans rien ajouter, la Chimère prit son visage entre les doigts, s’avançant vers lui :

- Tu ne réponds plus, c’est mieux ainsi. Tu es moins stupide que tu en as l’air. Arrête de m’importuner et laisse-moi faire ce que mon Maître veut que je fasse, n’est-ce pas mieux ainsi ?

Alucard croisa le regard d’Akito, un instant, et le chef de la famille pu remarquer ses yeux écarlates, et son sourire démoniaque. La Chimère rigola, d’un rire maléfique qui raisonna dans toute la résidence Sôhma :

- Aller, minable mortel sans aucun intérêt, montre-moi la bestiole qui vit en toi ! J’ai vraiment envie de la voir, sais-tu, nous étions compagnons à une époque !

- Co... Comment ?, hurla le chef de la famille, essayant de s’éloigner, désireux de trouver un membre de son clan près de lui.

- Je connais ton secret et... personne ne viendra t’aider, parce qu’ils te détestent tous !, ce petit jeu semblait amuser Alucard.

Akito fit un autre pas en arrière, la tension augmentait à chaque instant : qui était cette Chimère ? Comment connaissait-elle son secret ?!

- Tu ne me donnes pas l’impression d’avoir envie de jouer avec moi... si tu ne collabores pas, ce n’est pas si grave !, il murmura, s’approchant d’avantage.

- Qu’est-ce que... ?

Le chef des Sôhma s’arrêta d’un coup, l’impression de suffoquer l’envahit. Quelque chose était entré en lui, la main d’Alucard posée sur son torse et une prière prononcée par la Chimère semblaient éveiller quelque chose en lui... Il resta immobile, quelques instants, sans bouger. Puis, quelque chose arriva, une sensation qu’il avait déjà ressenti dans le passé l’envahit : le début du cauchemar.

- Non !!!, hurla Akito dans un dernier cri de désespoir.

- Enfin ! Cela faisait longtemps que je n’avais pas eu l’occasion de m’amuser un peu... Ahaha !, rigola Alucard.

Repoussant le chef des Sôhma d’un geste rapide, il le regarda prendre sa vraie forme devant ses yeux, la forme de quelque chose qui lui était familier... des crocs, des griffes prirent la place de l’Akito que tous connaissaient, ses vêtements se déchirèrent et apparût un démon : son nom était Mudoru qui, dans une langue ancestrale, signifiait « malédiction ». Il y eut un instant de silence, Alucard observa le chef des Sôhma se transformer, un sourire sadique posé sur ses lèvres. Puis, des grognements : Mudoru leva la tête vers la Chimère, on ne voyait qu’un de ses yeux... rouge, étincelant et ardent comme des flammes, il scruta Alucard, agressif, irrité. Mudoru attaqua en premier son adversaire, enfonçant ses crocs dans un de ses bras mais cela ne sembla rien lui faire, et il le chassa brusquement. Le démon d’Akito assaillit Alucard à plusieurs reprises mais la différence de niveau entre eux était énorme et de plus, Mudoru était constamment scellé dans le corps du chef des Sôhma, et s’entraînait donc moins qu’une Ultime Chimère qui accompagne son Invokeur. Mudoru fut blessé à plusieurs reprises, et semblait épuisé. Alucard en eut marre, à un instant : d’un mouvement rapide, il s’approcha du démon, le saisissant par la gorge. Il s’avança vers lui, amusé : il ouvrit légèrement la bouche et enfonça ses canines dans le cou du démon... en effet, Alucard était un vampire, ou plus exactement le Maître des Vampires, et suça une partie de son sang, le calmant. Mudoru, désormais à bout de forces, sembla s’effondrer sous l’emprise de la Chimère, qui le lâcha. Le démon épuisé, Alucard prépara sa technique, une technique de scellage : lorsqu’il posa la main sur le ventre d’Akito, un symbole s’y traça, une marque qui ne se serait plus jamais effacée. Il le regarda, allongé sur le sol : la fatigue lui faisait reprendre petit à petit ses apparences humaines. A cet instant, Alucard senti une présence derrière eux, une aura qu’il connaissait bien :

- Alucard ! Qu’as-tu fais ?!, s’écria Imari, désespérée, les yeux écarquillées d’horreur.

- Rien de spécial, je me suis juste un peu amusé, rigola-t-il.

La fille de Braska s’agenouilla aux pieds du chef de la famille, presque en pleurs, angoissée : Akito avait quasiment repris entièrement ses apparences humaines, et la Prêtresse lui plaça une main derrière la nuque. Ce fut à ce moment qu’elle remarqua le sceau sur son ventre :

- Qu’est-ce... ?

- Un sceau, pour Mudoru. Lui et moi sommes de vieilles connaissances mais il s’est tellement affaibli qu’il ne m’intéresse plus. Il m’ennuie, souffla la Chimère.

Imari le regarda sans comprendre. Alucard remarqua cette incompréhension dans les yeux de la soeur de son Maître et il conclu :

- J’ai fait mon travail, maintenant fait le tien.

- Que... que dois-je faire ?!, demanda-t-elle.

- Pourquoi les humains sont tous aussi stupides ?, soupira la Chimère.

Décidant que la conversation l’avait assez ennuyé ainsi, il s’en alla pour continuer sa promenade dans le jardin du manoir, interrompue par Akito.

- Pourquoi... ?, Imari semblait angoissée.

Elle prit la main du Sôhma entre les siennes, réfléchissant aux paroles de son père. L’Ultime Chimère d’un Grand Invokeur et une personne qui aimerait Akito pourraient lever la malédiction de la famille... qu’est-ce que cela signifiait ?! Que devait-elle faire ? Elle n’était pas amoureuse de ce Sôhma alors peut-être qu’elle ne pouvait pas l’aider... Imari regarda le jeune : allongé, les yeux fermés, quelques mèches noires retombant sur son visage... Ainsi, il semblait presque inoffensif, son regard s’attendrit. Alucard, observant la scène d’un peu plus loin, soupira : les humains étaient vraiment... stupides. Ils n’étaient jamais capables de se débrouiller seuls ?!

- Imari ! Mudoru est scellé par ce que tu ressens pour Akito et par ce qu’il ressent pour toi ! Si vous ne ressentez rien, l’un pour l’autre, la malédiction ne pourra jamais être levée. Maintenant, débrouille-toi !

Alucard reprit à marcher, considérant qu’elle avait compris ce qui lui restait à faire. La Prêtresse resta agenouillée, quelques instants, regardant la silhouette de la Chimère disparaître au loin... Akito repris ses esprits, il avait l’air égaré.

- Que m’est-il arrivé... je me sens... mal...

- Ne t’inquiète pas, je vais t’assister, je pense que... tout ira bien maintenant..., hasarda la Prêtresse aidant le chef des Sôhma à se relever.

L’Ultime Chimère l’avait aidée, maintenant c’était à son tour d’accomplir sa tâche et, pendent qu’elle accompagnait Akito à l’intérieur, silencieusement, elle repensa à sa soeur... Que faisais-t-elle donc ? En se concentrant à peine, elle sentit la joie de Yuna. Elle allait mieux... Ce Sôhma lui redonnait goût à la vie. Elle l’en remercia en pensée... Avant de tourner ses pensées vers Akito. Comme cela, légèrement maussade, fatigué et malade, il avait l’air d’un enfant. Ses cheveux de jais étaient collés à son front par de la sueur. Elle les écarta doucement, en allongeant le jeune homme.

- Il ne s’est rien passé, ne t’inquiète pas, dit-elle d’un voix douce.

Celui-ci ferma les yeux et s’endormit comme une masse. Imari continua à lui passer une main sur le front puis appela Hatori.



/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(3ème partie)



Yuna était assise près de Shiguré lorsque Alucard avait commencé son exploration chez les Sôhma. Ainsi, cette scène se passe en parallèle avec Imari, Akito, et Alucard.

- Tu vas mieux ?, demanda Shiguré, préoccupé.

- Oui... oui..., répondit doucement Yuna, la voix faible.

- Dis, puis-je te poser une question, petite fille ?

La « petite fille » hocha faiblement la tête.

- Tu l’as vraiment aimé, ce Al... Vincent ?

- Tu as retenu son nom... Oui, je l’ai vraiment aimé. Ne crois pas que Alucard lui ressemble. Vincent m’étais le plus dévoué, par ses sentiments. C’est lui qui m’a le plus aidée, avec ma soeur. On s’est aimés... mais à ce moment, je n’avais pas compris l’importance des sentiments que devait me porter le Gardien qui mourrait pour moi. Et lui, il le savait. Il s’est tué pour moi, en quelque sorte...

- Comment ça?

Sans qu’elle s’en aperçoive, Yuki et Kyô s’étaient approchés. Ils écoutèrent attentivement, derrière Shiguré.

- Mes Gardiens ont parlé de celui qui allait mourir pour moi. Je ne voulais pas ! Ils ont décidé que ce serait Vincent. Tous savaient pourquoi ! Ils savaient nos sentiments, avant qu’il ne se passe quoi que ce soit entre nous. Imari était au courant. Elle leur a parlé, leur a fait comprendre ce que cela signifiait pour moi... Mais je crois qu’elle s’est laissée convaincre. En un sens, je la comprends. Je lui en ai voulu, très peu de temps, mais je la comprenais. Les Gardiens ne veulent que le bien de leur Invokeur... Comment leur refusé un droit pour son bien-être ?

Des larmes recommencèrent à tomber sur ses genoux, comme elle était assise.

Shiguré eut un mouvement vers elle, puis se retint : une fois, d’accord, mais se faire avoir une deuxième fois, non ! Il la consolerait de loin...

- Comment... Comment se passe un changement de Gardien... à Chimère ?, demanda doucement Kyô, intéressé.

- Hum... C’est Yu Yevon... C’est le fondateur de l’Eglise, notre Dieu en quelque sorte. Il est apparût lors du dernier temple, et mes Gardiens, ainsi que ma soeur, lui ont donné Vincent... Non ! Ils ne lui ont même pas donné... *un rire triste s’échappa d’entre les lèvres de Yuna* Il s’est avancé et s’est donné tout seul. J’ai cru que j’allais en mourir à ce moment-là. Il allait disparaître à jamais ! Je lui ai serré la main, je ne voulais pas qu’il s’en aille et me laisse. Je lui ai serré la main très fort... mais il m’a quand même quittée. Tout ce qui me restait, c’était le goût de son dernier baiser sur mes lèvres... Rien de plus.

Machinalement, Yuna passa ses doigts tremblants sur ses lèvres.

- Alucard est apparût, ensuite, continua-t-elle enfin. Et j’ai eu vraiment beaucoup de mal à m’y faire. Vincent n’avait pas totalement disparût... C’est ce qui m’a fait le plus de mal... Normalement, une Chimère oublie tout de son passé, de ce qu’il était en tant que Gardien. Mais Alucard garde des souvenirs, des sentiments à mon égard. Ses gestes le montrent... Une Chimère comme Alucard n’a, je crois, jamais existé.

Un silence suivit les explications de l’Invokeur. Shiguré passa malgré lui une main sur les joues de la jeune fille et lui essuya des larmes qui tombaient encore.

- Heureusement que tu avais ta soeur, n’est-ce pas ?, lui demanda-t-il avec douceur.

- Oui..., répondit la jeune fille avec un sourire. Oui... Elle m’a aidée, supportée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps, et durant ce temps elle est restée près de moi. C’est lorsqu’elle est tombée très gravement malade que je me suis rendue compte que nous n’avions ni mangé, ni bu, ni même beaucoup dormi pendant plusieurs jours...

Yuna agrippa la main du jeune Sôhma qui était toujours sur une de ses joues, et la serra.

- J’ai cru que j’allais la perdre, elle aussi. Alors, je me suis dite qu’il fallait que j’arrête de démoraliser. On ne pouvait pas revenir en arrière ! Pendant plusieurs jours, après, je l’ai soignée... mais petit à petit, son état empirait. Elle ne disait rien, elle ne voulait pas me faire peur. Mais je le voyais... Et je savais que ce qui me restait à faire, c’était appeler Alucard, pour qu’il la sauve. C’était le seul qui en était capable, vu l’état dans lequel elle était...

Yuna soupira, prit une profonde inspiration, puis continua :

- La première fois que je lui en ai fait part, elle a refusé catégoriquement. Je crois qu’elle voyait en avance ce qui allait se passer. Peut-être un rêve... même avec cette grande faiblesse, ses rêves ne la lâchaient pas... Finalement, j’ai été la plus forte. J’ai appelé Alucard, j’ai pleuré face à lui, je l’ai imploré, au lieu de jouer à l’Invokeur, je me suis humiliée. Mais il m’a aidée... Voilà... C’était la seule fois, avant aujourd’hui et hier que je l’appelais...

Un nouveau silence s’instaura.

- Il vaudrait mieux... que tu ailles te reposer, n’est-ce pas ?

- Mais... Mais il est à peine midi !, s’exclama Yuna.

- Et alors ?, demanda sardoniquement Shiguré, en levant un sourcil.

- Euh... Et bien..., commença Yuna, le regardant dans les yeux, troublée. Mais elle n’osa rien protester : se levant, elle alla doucement vers la chambre que le maudit par le chien lui avait montrée le soir d’avant. Arrivée là, elle se rendit compte qu’il l’avait suivie.

- L’aimes-tu toujours ?, demanda celui-ci, alors que Yuna s’allongeait et qu’il venait de fermer le battant de la chambre.

La question prit Yuna au dépourvu. Aimer... Cela faisait un moment qu’elle n’avait plus pensé à ce que cela signifiait...

- Je... je ne sais pas, répondit-elle dans un souffle. A vrai dire, je ne sais plus ce que cela fait d’être amoureuse... Je l’ai aimé, pour tout de suite après le pleurer... Alors je ne sais plus. Aimer se rapproche trop des larmes pour moi, ces temps-ci.

Le regard rivé sur le plafond, elle ne voyait pas Shiguré, mais elle entendait ses pas qui se rapprochaient. Elle le sentit tout près, puis l’entendit s’asseoir à terre, près d’elle.

- Cela te dérange, si je reste ?

- Non... Ima n’est pas là, et j’aime avoir une présence réconfortante près de moi.

- Hum, hum, répondit Shiguré en hochant imperceptiblement la tête.

Fermant les yeux, Yuna se sentit glisser dans le sommeil. Elle se sentait un peu apaisée d’avoir parlé ainsi à Shiguré, Yuki et Kyô. Même silencieux, ils l’avaient adoucie. Comme l’aurait fait sa soeur.

- Ima..., souffla-t-elle avant de s’endormir.

Shiguré eut un sourire et prit la main de la jeune fille. Il aurait voulu faire plus, mais la malédiction l’en empêcha. Pour l’une des rares fois dans sa vie, il jura contre tous les Dieux qui avaient fait de lui ce qu’il était... un maudit.





Hatori avait ausculté Akito, et repéré une baisse tension et une montée de fièvre. Rien de bien méchant, en effet. Ce fut lorsque Imari trouva les deux creux dans son cou, qu’elle comprit et qu’elle partit à la recherche d’Alucard, rageuse. Après quelques minutes durant lesquelles elle marchait dans le jardin du manoir, elle vit la Chimère, allongée dans un recoin, l’air pensif. Imari s’y approcha, lentement, de peur d’une réaction plutôt rude de la part d’Alucard... mais avant qu’elle puisse trop s’avancer, il la repéra, se tournant vers elle, le regard ennuyé, ses cheveux noirs, les mêmes que ceux de Vincent, retombant sur ses épaules.

- Qu’y a-t-il ?

Il semblait agacé.

- Est-ce bien toi qui as... mordu Akito ?, demanda Imari, inquiète.

- Oui, il y a un problème ?, riposta Alucard irrité.

- Je... voulais savoir... pourquoi avoir fait une chose pareille...

- Parce que... *il approcha son visage à celui de la Prêtresse, en se léchant les lèvres et en laissant apercevoir ses deux canines* J’aime le goût du sang, je ne suis pas un vampire pour rien.

Cela dit, ennuyé par la conversation, il fixa ses yeux devant lui, toujours l’air pensif. Imari remarqua cette attitude bien docile et en fut surprise... que lui arrivait-il ?

- Quelque chose... ne va pas ?, demanda-t-elle, se sentant un peu gênée de parler avec une Chimère.

- Je vais très bien, même si je crois que ça ne te concerne pas tellement..., grogna-t-il, retrouvant son attitude agressive.

- Tu penses à Yuna ?, insista la fille de Braska.

- Pourquoi penserais-je à elle !, répliqua-t-il irrité.

- Dis-moi... est-ce que tu as gardé des... souvenirs ?, elle demanda, désireuse de savoir la vérité.

- Non, répondit-il sèchement.

« Je me souviens juste du goût doux et amer de ses lèvres... », il aurait désiré ajouter pour être tout à fait honnête, mais depuis quand devait-il répondre de ses actes ou de ses pensées ?! Les humains l’irritaient plus que tout, il se leva brusquement :

- Est-ce trop de demander un peu de paix ?, brailla-t-il.

Imari resta en silence, froissée. Elle ne l’avait jamais vu réagir de telle façon, et cela l’effrayait... Après un instant de silence, la Prêtresse reprit à parler alors qu’Alucard s’étirait devant elle, en baillant :

- Que dois-je faire avec Akito ?

- Tu n’as toujours pas compris ?!, la gronda-t-il, l’air exaspéré.

La soeur de Yuna baissa la tête, ne sachant pas quoi répondre.

- Les humains sont vraiment lents d’esprit... *il la regarda de travers, puis souffla* Fais juste ce que vous, les humains, appelez « aimer ».

- Aimer... Akito ?, murmura-t-elle.

- Doucement, mais on y arrive !, plaisanta Alucard, même si la situation ne semblait pas l’amuser.

- Qu’est-ce que cela signifie... ?, rougit Imari.

- Et bien... *il se leva, l’air ennuyé* Je crois que tu demandes ça à la mauvaise personne parce que moi... *il rigola, amusé* Je ne sais même pas ce que cela signifie.

- Co... Comment ?

En lui, il ne restait donc aucune partie humaine ? Aucun coeur, aucun sentiment ?! Pourtant... Vincent savait très bien ce que cela signifier d’aimer... et il l’avait prouvé ! Est-ce que chaque partie de ce Gardien avait laissé la place à... cette Chimère ?

- Bon, je vais y aller maintenant, rester ici m’ennuie vraiment ! Et moi qui pensais m’amuser un peu avec Mudoru... c’est raté ! *il rigola, de son rire au son machiavélique* Je vais aller chercher ailleurs de quoi m’occuper et toi prends soin de l’autre cafard.

Il lui fit un clin d’oeil, et un sourire qui laissa entrevoir ses deux canines de vampire... puis, il s’en alla, laissant Imari seule. La Prêtresse resta immobile, les cheveux au vent, fixant sa silhouette s’éloigner un peu plus à chaque instant qui passait... lorsqu’il eu complètement disparu à l’horizon, elle décida de rentrer voir si Akito se sentait mieux : rester là n’avait plus aucun intérêt. Avant d’entrer dans la pièce où le chef des Sôhma se reposait, elle soupira : maintenant, elle savait ce qu’elle devait faire pour guérir cette famille de leur malédiction mais... l’image de Shiguré et Yuna prit forme dans sa tête. Penser à eux lui redonna une certaine détermination : elle désirait lever la malédiction des Sôhma... pour sa soeur ! Et peut-être... pour elle aussi, en fin de compte... même si elle n’en était pas si sûre. En posant la main sur la porte, décidée à l’ouvrir et à entrer pour affronter sa destinée, des images lui traversèrent l’esprit... elle vit Akito... et Vincent... ainsi que du sang... des pleurs... et puis elle se sentit en danger... quelque chose d’atroce l’attendait... mais quoi ?! Reprenant ses esprits après s’être plongée dans ses rêves prémonitoires, elle ouvrit la porte et elle vit Akito. Il avait un sabre entre les mains, dirigé de façon menaçante vers elle...

- Tu connais... cette chose... je l’ai reconnu, ne me crois pas stupide !, cria-t-il, s’avançant vers Imari.

Un instant... et elle fut transpercée à la poitrine, une sensation de suffoquer l’envahit, son corps et son esprit... elle reconnu ce sabre... oui, elle l’avait déjà vu mais qui... elle ferma les yeux, une image lui traversa l’esprit et... elle se souvint ! Les Gardiens de Yuna possédaient tous le même sabre... un sabre créé par... !

- Pourquoi... doit-il réapparaître devant moi... !

Des larmes de rage semblaient couler le long des joues de Akito, et il enfonça son sabre encore plus loin, enragé comme jamais elle ne l’avait vu... est-ce cet Akito que les Sôhma craignaient ?! Du sang écarlate commença à couler des lèvres d’Imari, elle baissa la tête, affaiblie, s’appuyant grâce à ses mains au sabre qui lui transperçait la poitrine. Puis, elle se souvint... les paroles d’Alucard... les pensées qu’elle avait eu envers Akito lorsqu’ils étaient ensemble... pourquoi elle s’était montrée si dure ?! Elle ne devait pas abandonner, non, pas cette fois-ci : pour une fois, Imari était forcée à se sentir plus forte... Des pleurs commencèrent à couler de ses yeux, Akito sembla le remarquer mais il ne bougea pas, restant immobile. La Prêtresse, à bout de force à cause du sang perdu, s’avança vers Akito, se laissant transpercer d’avantage.

- A... Akito... *elle sourit, la tête baissé, les yeux emplis de larmes* J’ai... compris... ce que je dois faire... pour te sauver... pourquoi ai-je été aussi... stupide... ?

Imari s’avança vers Akito, arrivant juste devant lui. Elle le regarda dans les yeux, un sourire mélancolique toujours posé sur ses lèvres, le sang n’arrêtant pas de couler : sa vue était un peu brouillée à cause de ses pleurs, mais cette fois, rien ne l’aurait arrêté, elle ne pouvait plus compter sur les autres. Imari lui posa une main sur l’épaule et puis, en réunissant toute sa force et son courage, dans un dernier effort elle posa ses lèvres sur celles d’Akito juste après lui avoir murmuré un « Je t’aime » dans le creux de son oreille... cela ressemblait à son rêve, la nuit où elle avait dormi à ses côtés... peut-être était-ce un rêve prémonitoire ? Désormais, c’était trop tard pour y penser. Le regard d’Akito changea, à cause de ces mots et du doux goût des lèvres d’Imari, quelque chose sembla l’étouffer, il sentait une brûlure au niveau du ventre, là où Alucard avait mit son sceau et puis... son sceau se modifia, s’achevant, grâce à la Prêtresse. La sensation de suffoquer qu’Akito ressentait disparu, il sembla redevenir lui-même... peu à peu. Reprenant ses esprits, il se rendit compte de ce qui arrivait et, après un instant, il sorti son sabre de la poitrine de la fille de Braska, qui effondra, à bout de force, recouverte de son propre sang. Le chef des Sôhma la fixa un instant, sans bouger, sans dire un seul mot... puis, dans un moment de faiblesse, lâcha son sabre à terre et s’agenouilla près d’elle... se rendant compte de ce qu’il venait de faire... il la prit dans ses bras, des larmes commencèrent à couler de ses yeux, des pleurs d’expiation... pour la première fois de sa vie, il se sentait coupable mais aussi... libéré. Akito la regarda... que faire, maintenant ?! Il ne pouvait pas la laisser mourir ainsi. Il la serra d’avantage... et puis, il sentit une présence derrière lui... une aura bienveillante :

- Elle n’est pas aussi lente que je le pensais, mais elle est bien maladroite !, plaisanta quelqu’un derrière eux.

- Qui... ?!, exclama Akito, se retournant.

Alucard était venu aider la soeur de son Maître, sentant qu’elle se trouvait en danger. Puis, ayant compris qu’elle ne faisait que suivre ses conseils, il l’avait laissée faire, sans intervenir. Mais maintenant, il ne pouvait pas la laisser mourir... cela aurait affligé Yuna, et quelque chose en lui ne le désirait pas. Il s’approcha d’eux, en souriant, amusé : il connaissait son pouvoir et pour cela, l’état critique de la Prêtresse ne l’inquiétait pas. Il s’avança vers Imari et puis, se penchant sur elle, il mit une de ses mains au-dessus de sa poitrine : sa blessure cicatrisa et, après peu, elle semblait se sentir mieux, son visage étant plus rosé, et ayant l’air apaisée, sereine, rassurée.

- Bien ! Je crois que j’ai terminé mon travail, je n’ai plus rien à faire ici ! Je vous laisse, il conclu en se dirigeant vers la porte.

- Mais..., hésita Akito, toujours tenant la Prêtresse entre ses bras.

- Juste une chose... *il sourit* Les humains sont moins stupides que ce que je pensais mais... *il rigola, amusé* Ils sont beaucoup plus délicats !

Sans rien ajouter de plus, il sortit laissant Akito et Imari seuls.

- Il est... toujours là... quand on a besoin... de lui...

Le chef des Sôhma regarda la soeur de Yuna qui, ayant repris ses esprits, souriait en direction de l’Ultime Chimère. Akito n’ajouta rien : ça avait été une journée difficile... pour tous. Et surtout pour elle. Il la serra un peu plus fort dans ses bras puis se recula.

- Je... je suis vraiment désolé !, dit-il.

- De quoi ?, demanda bêtement Imari, reprenant peu à peu tous ses esprits.

Akito la fusilla du regard.

- Oh... pardon ! Ce n’est pas grave tu sais... Je n’en suis pas morte.

Imari eut un sourire réconfortant ce qui énerva d’autant plus son interlocuteur.

- J’ai failli te tuer ! Je l’ai même voulu ! Alors ne le prends pas comme ça !

- Pardon... s’excusa de nouveau Ima, rougissant un peu.

- Et arrête de t’excuser !

- Je suis désol...

Un regard furieux l’arrêta dans sa phrase. Une larme silencieuse coula sur sa joue...

- J’ai eu peur ! Hum... J’ai vraiment cru que j’allais mourir... !

Plusieurs larmes suivirent la première, et, sans retenue, la jeune fille se serra dans les bras du jeune homme assis près d’elle.



- Bien dormi ?, demanda Shiguré à Yuna qui se réveillait.

La jeune fille eut un sourire qu’elle aurait caché en étant bien réveillé : elle se levait avec le maudit du chien pas loin, sa tête près de la sienne.

- Oui... très bien...

Le jeune homme sourit à son tour, relevant la tête. Ils se regardèrent dans les yeux pendant quelques instants, puis Yuna remarqua qu’elle avait une de ses mains dans celle de Shiguré. Elle rougit.

- Ah... commença-t-il, je voulais faire plus, tu vois, mais comme ce n’est pas possible, je me suis décidé à te prendre la main... Cela ne te dérange pas, petite fille ?

Yuna secoua la tête négativement. Shiguré eut un sourire puis... d’un seul coup, son visage se crispa en une grimace de douleur et Yuna sentit la pression sur sa main se renforcer douloureusement.

- Shi... guré ?, demanda-t-elle, prise de peur en s’agenouillant près de lui.

- Mais... qu’est-ce qui m’arrive ?!, demanda-t-il péniblement. Qu’est-ce que j’ai ?!

Yuna le serra instinctivement dans ses bras. Avant qu’elle ne se souvienne de la malédiction et qu’elle le lâche, Shiguré parût reprendre un peu conscience et commença à légèrement trembler. Mais il ne se transforma pas.

- Est-ce que ça va mieux ?, demanda lentement Yuna, après un moment de silence.

Elle avait à présent la tête de Shiguré entre ses mains, sur ses genoux.

- Je... crois... Je me sens un peu faible, un peu patraque.

Yuna posa une main sur son front et d’un seul coup il se sentit mieux.

- Merci petite fille, dit-il en se relevant.

Puis... :

- Yuki ! Kyô ! Est-ce qu’ils vont bien ?

Il avait posé cette question à voix haute, mais apparemment pour personne d’autre que lui-même. Il se précipita au-dehors de la chambre. Yuna resta sans bougea, interloquée...

- Yuna !!, appela Shiguré dans une exclamation inquiète.

Et l’Invokeur se précipita vers l’appel. Yuki se trouvait dans sa chambre, à terre, aussi mal en point que l’était son cousin il y avait quelques secondes.

- S’il te plaît... tu peux le guérir comme tu l’as fait pour moi ?, la supplia presque Shiguré. Je vais voir Kyô...

Yuna hocha la tête, et se mit en tâche de redonner vigueur au jeune homme au regard si étrangement violet. Après un temps, la respiration de Yuki Sôhma devint régulière et il eut pour la jeune fille un sourire de remerciement.

- Bien, je vais voir Kyô maintenant..., lui dit-elle, en lui répondant d’un de ses sourires mélancoliquement heureux.

Il hocha la tête, en se redressant, pendant qu’elle quittait sa chambre et allait voir l’état de Kyô. Shiguré ne l’avait pas appelée et elle l’en remercia en pensée ; ça n’aurait eu pour effet que de la mettre sous pression alors qu’elle soignait déjà Yuki...

- Il ne va pas bien du tout..., souffla le maudit par le chien lorsqu’elle arriva près d’eux.

Yuna n’eut qu’à regarder la position de Kyô pour savoir qu’il souffrait beaucoup : il était en boule, nerveux, tremblant, les muscles raidis.

- Mais qu’est-ce qui lui est arrivé ? Il est encore plus mal en point que vous deux réunis !

- Ce doit être... à cause de sa double forme... Son autre malédiction...

- Quelle autre malédiction?, s’étonna la jeune fille, agenouillée près des deux garçons.

- Il se transforme... en une créature... indescriptible... plutôt répugnante, en vérité. C’est à cause du chat, il ne fait pas partie des douze signes...

- Je vois... Il se transforme en « monstre »... tout comme... Akito !

C’était une réelle surprise. Elle commençait à comprendre ce qui arrivait mais n’en était pas certaine. Elle soigna du mieux qu’elle pu Kyô, qui s’endormit d’un sommeil sans rêve et réparateur.

Puis :

- Je vais essayer d’appeler... Alucard...

Shiguré hocha la tête.

- Est-ce que tu peux... rester près de moi ?

La question parût surprendre le maudit, mais il acquiesça. Puis, Yuna s’assied et se demandant comment faire, elle se concentra bêtement sur la Chimère Ultime.

« Viens... », disait-elle dans son esprit.

Comme par magie il apparût. Tout aussi sombre, noir, le regard brillant...

- Vous m’avez appelé, Maître ?, sa voix était doucereuse, machiavélique comme à l’habituel.

- Oui. Que s’est-il passé ?, demanda l’Invokeur, d’un ton dur, sans s’embarrasser de trop de mots.

- Et bien, vous vouliez la réédition de la malédiction du clan Sôhma. J’ai fais mon devoir.

Yuna leva des yeux surpris et reconnaissants à Alucard.

- Vraiment ?!

Le vampire s’approcha d’elle, glissant ses doigts le long de ses joues et approchant son visage du sien.

- Oui, pour vous..., souffla-t-il.

Il était tellement près que Yuna en eut peur. Les canines pointues bien en vue, le regard flamboyant de machiavélisme et de sadisme, ce n’était plus Vincent Valentine. Ce n’était plus lui, celui qu’elle avait aimé et chéri. Son coeur était ailleurs... Où était-il d’ailleurs ?

- Lâche-moi, dit-elle à son Ultime Chimère, d’une voix froide, les yeux dans les siens, sans aucune émotion.

Elle sentit la main d’Alucard se raidir sur sa joue et ses yeux perdre de leur sal sentiment. Il était étonné, vaguement en colère.

- Tu es mon Maître.

Puis il disparût. Yuna s’étonna elle-même de la facilité avec laquelle elle avait oublié qu’il avait été Vincent.

- Il n’est plus celui qu’il était avant. Il ne l’est plus, souffla-t-elle pour elle, à haute voix.

Sortant d’une torpeur égale à celui du sommeil, elle cligna des yeux et jeta un regard à Shiguré. Son coeur, où était-il à l’instant ? Près d’un mort... ou d’un vivant, sauvé ? Elle sourit au maudit. Est-ce qu’il était vraiment sauvé ? Ou était-ce son imagination qui l’avait conduite à rêver tout cela ? Non... Shiguré lui sourit en retour.

- Il l’a vraiment fait... ?

La jeune fille hocha gravement la tête. Elle n’y croyait pas encore tout à fait. La malédiction était vraiment partie ? Avait-elle vraiment disparût ?

Elle regarda Shiguré se lever, sans vraiment le voir. C’est lorsqu’il lui prit la main pour qu’elle se lève qu’elle revint à nouveau à elle. Que... voulait-il ? Les yeux grands ouvert, elle le regardait. Ou plutôt l’observait. Elle ne savait plus trop ce qu’elle faisait. « Et la malédiction ? », se demanda-t-elle, alors qu’il l’entourait de ses bras. Il allait... Mais elle n’eut pas le temps de terminer sa pensée. Shiguré l’avait prise délicatement dans ses bras. Il la serra très fort. Elle en fût presque effarée. Qui l’avait prise dans ses bras, hormis Imari et... Vincent ? Qui l’avait serrée tout contre lui, juste pour l’avoir avec lui, juste pour l’avoir près de lui ? Elle le serra à son tour sans vraiment s’en rendre compte. Elle était bien là. Protégée... Elle glissa sa tête dans le cou de Shiguré et respira longuement. Il avait un joli parfum... C’était l’odeur de sa peau... Elle était douce. Elle donnait envie de la caresser...

- Merci, chuchota-t-il à son oreille.

« Je n’ai rien fait », aurait-elle voulu lui dire. Mais aucun son ne sortait de ses lèvres.

Elle recula son visage du creux où il était caché et le regarda intensément. Il avait de grands yeux, de près. Un nez assez long et fin, qui faisait ressortir ses grands yeux bruns. La couleur de ses cheveux était brune... Mais on pouvait voir en s’approchant, que les racines étaient noires comme le plumage des corbeaux. Il pencha sa tête sur le côté et lui sourit plus voluptueusement. Yuna savait qu’il avait un grand charme. Et apparemment, comme elle l’apprenait à l’instant, il savait très bien s’en servir. Si elle l’avait voulut, elle l’aurait poussé, aurait refusé qu’il ne s’approche plus près, qu’il lui sourie ainsi. Elle avait, tout comme sa soeur, refusé bien des invitations. Mais à cet instant... elle ne voulait pas que le charme soit rompu, qu’il s’éloigne et qu’il la laisse. Que voulait-elle, en fait ? Il le comprît bien plus vite qu’elle. Ses yeux la trahissaient, tout comme son corps. Il n’y avait plus que sa tête qui refusait d’admettre ce qui se passait. Shiguré approcha un peu son visage, s’arrêta à quelques centimètres de sa bouche, regardant ses yeux : Yuna les avait fermés, attendant la suite. Elle n’attendait plus que lui...

et elle n’attendit plus très longtemps : une pression étrangère s’imposa sur ses lèvres. Il y avait si longtemps qu’elle n’avait pas été embrassée ! A son tour elle embrassa Shiguré.

- Shiguré ! Qu’est-ce que..., s’exclama Yuki, tout en ouvrant la porte. Mais il s’arrêta tout de suite, découvrant ce qu’il n’aurait voulu voir.

- Shi... Non mais, vraiment ! Je n’y crois pas ! Comment vous pouvez penser à faire ça alors qu’on est en crise sans savoir ce qui se passe ?!, s’écria-t-il, ses yeux passant d’un violet presque translucide, à un violet foncé et brillant de fureur.

Yuna eut un sourire lorsqu’elle s’écarta de Shiguré. Elle était encore un peu déstabilisée, mais l’amusement lui rendit parole.

- Alucard a réussi... la malédiction est levée !

Le maudit par le signe du chien prit l’Invokeur dans ses bras, comme à vouloir prouver à Kyô et Yuki que ce que Yuna venait de dire était la vérité.



/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(4ème partie)



Yukimura, Kyô et Kenshin se trouvaient sur le chemin qui menait à la maison de leur Maître Muramasa et cela faisait désormais plusieurs jours qu’ils avançaient sans arrêt. Malgré leur niveau de Samouraï, la fatigue commençait à se faire ressentir par les trois Gardiens mais ils refusaient de se reposer puisqu’ils voulaient arriver à destination le plus rapidement possible, désireux d’aider le Grand Invokeur et sa soeur dans leur devoir, et ils étaient presque arrivés.

- Yukimura, est-ce encore loin ?, demanda Kenshin qui ne connaissait pas Maître Muramasa aussi bien que ses deux camarades.

- Nous y sommes presque. Alors, ne te plains pas !, brailla Kyô, qui ressentait sûrement aussi le poids des longs jours de marche.

- Allons, Kyô : évite de te défouler sur lui, sourit Yukimura se passant une main entre les longs cheveux, conservant sa bonne humeur malgré la fatigue.

- Ton optimisme m’énerve, pff !, grogna Kyô, accélérant le pas.

Ils continuèrent à avancer lorsqu’à un moment, sur cette immense colline quasi déserte, ils virent apparaître à l’horizon une maison en proximité d’une forêt : c’était là qu’habitait leur Maître. En peu de temps, ils arrivèrent juste en face de l’habitation : une atmosphère sereine, paisible régnait ! Après peu, ils décidèrent de frapper à la porte, anxieux de pouvoir parler à Muramasa. Ils attendirent un instant :

- Oui... ?

Un jeune garçon, qui ne devait pas avoir plus d’une dizaine d’années, apparût devant eux, leur ouvrant la porte. Ses cheveux dorés entouraient un visage d’ange, avec des yeux bleus et un sourire mystérieux. Il avait des airs de...

- Tokito, que se passe-t-il ?

Un homme grand, vêtant un kimono blanc avec des décorations noires, apparût derrière le jeune. L’aura qu’il dégageait était impressionnante : pacifique, emplie de sagesse, de foi et d’espoir. Son visage efféminé, son allure... il était vraiment superbe, céleste ! L’homme sourit, un sourire qui sembla, de par sa seule candeur, apaiser le coeur des Gardiens ainsi que toute la fatigue ressentie ces derniers jours, et parla d’une voix agréable, mélodieuse :

- Bienvenus, Yukimura, Kyô, Kenshin !

- Nous sommes rentrés, Maître.

Ils sourirent, tous ensemble : cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas revus, mais l’affection mêlé de respect qui les reliait n’avait pas disparu et malgré la distance, ce lien n’avait pas cessé de se renforcer.

- Ne restez pas là, entrez ! Tokito, tu viens aussi ?

L’enfant hocha la tête en signe de refus : il décida de sortir et se dirigea vers la forêt non loin de la maison.

- Bien. Ne restez pas là, je suis sincèrement ravi de vous revoir !, sourit humblement Muramasa, les invitant à entrer.

Les trois Gardiens pénétrèrent dans la maison, silencieusement. Ils arrivèrent dans une pièce où plusieurs coussins étaient disposés par terre, et ils s’y agenouillèrent dessus. Muramasa leur amena trois petites tasses contenant une tisane, ensuite il s’agenouilla aussi, près d’eux, une tasse à la main. Il bu lentement une gorgée de sa tisane, puis sourit à nouveau, dévisageant ses élèves :

- Je vous trouve en forme, cela me fait très plaisir. Est-ce que tout se passe bien avec le Grand Invokeur ?

- Oui, Maître. Elle s’appelle Yuna. Nous la protégeons et restons à ses côtés, ainsi que sa soeur, la Prêtresse Liseuse de Rêves, Imari., répondit Yukimura, inclinant la tête en signe de respect.

- Un Grand Invokeur et une Liseuse de Rêves : quelle équipe prometteuse !, ajouta Muramasa avec voix douce.

- Vous avez bien raison, Maître. De plus, ce sont deux demoiselles très enthousiastes, passionnées par ce qu’elles font : être à leurs côtés est un plaisir !, répliqua Yukimura, toujours, qui avait l’air d’être plus à son aise que les autres.

- Même si elles nous causent beaucoup de soucis et de tracas, aussi..., grogna Kyô, en soupirant.

- Seriez-vous préoccupés par quelques choses ?, demanda Muramasa, l’air inquiet, désireux de pouvoir être utile à ses élèves.

Les trois se dévisagèrent, ne sachant pas quoi répondre. Ils étaient venus, en effet, lui demander des renseignements à propos de cette famille Sôhma, pour pouvoir soutenir Yuna et Imari. Ils semblèrent réfléchir un court instant, puis Yukimura prit la parole :

- Nos protégées prennent soin actuellement de la malédiction qui frappe la famille Sôhma. Nous voudrions les aider, mais nous ne savons pas comment... Leur père, l’ex Grand Invokeur Braska, semblait essayer de lever leur malédiction, et Imari et Yuna ont dû se sentir dans l’obligation de continuer ce que leur père avait entamé.

Muramasa soupira : la famille Sôhma. Il la connaissait bien, elle et sa malédiction... ce malheur, l’avait malheureusement touché de près, et il en avait beaucoup souffert ! Cette malédiction, plus sombre que ce qu’elle en avait l’air, lui avait volé la seule famille qui lui restait encore en le laissant seul. La seule personne qui lui restait maintenant, était son fils, Tokito. Nombreux souvenirs douloureux lui revenaient à l’esprit en entendant le nom de cette famille... mais puisqu’il souhaitait prendre soin de ses disciples, il décida de leur en parler :

- Je connais de près la malédiction des Sôhma mais... cela ne me rend que plus malheureux. Cette famille m’a privé de mon frère aîné, Tatsumi.

Les Gardiens le fixèrent, sans savoir quoi ajouter... ils se dévisagèrent, aucun d’eux n’osa parler, et il y eut un lourd silence. Ensuite, Muramasa continua, d’une voix sereine :

- Tatsumi était tombé amoureux d’une Sôhma, Cérès. Elle était sublime, douce, mon frère a trouvé le bonheur à ses côtés. Jusqu’au jour où ils ont décidé d’avoir un enfant... Après sa naissance, Cérès a voulu le prendre dans ses bras mais, au moment où elle l’a effleuré, il s’est transformé en étrange bébé animal. Ils n’ont pas eu de chance : leur enfant faisait partie des maudits par les signes du zodiaque chinois. La mère, effondrée, n’a pas résisté à cette nouvelle et est tombée malade... Parmi les Sôhma, il y a un jeune homme capable d’ôter des bribes de mémoire grâce à son pouvoir, et Tatsumi qui aimait Cérès plus que tout au monde, lui a demandé d’effacer des souvenirs de son aimée, les moments où ils s’étaient aimés, ainsi que leur fils. J’ai trouvé cette solution drastique mais je respecte son choix malgré tout. La mémoire de Cérès a été effacée et après peu, elle a pu reprendre une vie normale... Tatsumi, lui, a décidé de quitter le manoir Sôhma, seul, laissant son enfant au soin de la famille : l’avoir à ses côtés lui aurait rappelé la douloureuse perte. Il a essayé, lui aussi, de se reconstruire une vie, de ne pas abandonner, mais il n’a pas réussi : peu après cela, il s’est ôté la vie. Malgré mes efforts pour le rendre heureux et le garder à mes côtés, je n’ai rien pu faire.

La voix de Muramasa était devenue plus réfléchie, voilée de tristesse. Les Gardiens restèrent en silence, sans avoir le courage de parler : en quelques sortes, ils comprenaient la souffrance de leur Maître. Il avait vécu nombreuses épreuves difficiles comme celle-ci, ce qui avait forgé son caractère mais sans le rendre renfermé, défaitiste, mais en faisant de lui une personne chaque jour plus sage, aimable, plaisante... et ils l’admiraient pour cela. Le silence dans lequel la pièce était plongée, fut brisé par Kyô, qui demanda :

- Votre frère vous ressemblait-il, Maître ?

- Oui... énormément !, répondit Muramasa, sans comprendre le sens de la question de son élève si mystérieux.

- Est-ce que le nom de son fils était Momiji ?, ajouta Yukimura, qui venait de comprendre ce que son camarade désirait savoir.

- Il me semble que oui, continua le Maître, commençant à comprendre.

- Nous l’avons vu au manoir : sa ressemblance avec vous est frappante, Muramasa-sama !, mâchouilla Kenshin avec timidité.

Le Maître sourit paisiblement : ses élèves avaient connu Momiji. Lui ne l’avait jamais rencontré mais était craintif à l’idée de le voir, ayant peur qu’il puisse se souvenir de quelque chose... de son père peut-être. Même si ce n’était pas son enfant, il lui portait beaucoup d’affection. La réflexion fut interrompue par Tokito, qui survint d’un coup dans la pièce. Silencieusement, il alla s’asseoir aux côtés du Maître en lui prenant sa tisane pour en boire une gorgée. Muramasa rigola, amusé, passant une main entre les cheveux de l’enfant avec tendresse. Les Gardiens furent surpris par cette attitude et leur Maître s’en rendit compte :

- C’est mon fils, il s’appelle Tokito.

- Ah ? Vous avez un enfant ? Quelle surprise !, exclama Yukimura, d’une voix gaie, fixant le jeune garçon.

- Il vous ressemble beaucoup., remarqua Kenshin.

En effet, ils dégageaient la même aura emplie de quiétude et leurs deux visages étaient très efféminés : la ressemblance était frappante.

- C’est étrange que nous ne l’ayons jamais vu à vos côtés, remarqua Kyô, en observant l’enfant.

- Cela est normal. Je suis le père de Tokito mais pas son Maître. J’ai préféré qu’il ne soit pas mon disciple. Il ne passe donc pas beaucoup de temps avec moi !, expliqua Muramasa, tout en serrant Tokito contre lui.

Il y eut un instant de silence, durant lequel chacun était plongé dans ses pensées et ne s’occupait plus des personnes qui l’entouraient. Puis, le Maître invita ses disciples à passer la nuit chez lui :

- Vous devez sûrement être fatigués. Le chemin a été long... vos corps sont épuisés. Que pensez-vous de vous reposer un peu ?, demanda-t-il en souriant, avec sa voix toujours aimable et douce.

- Hum... ça me semble une très bonne idée !, exclama Yukimura en fixant Kyô, puis Kenshin.

Ses deux camarades hochèrent la tête en signe de consentement. La nuit commençait à tomber alors que Muramasa accompagnait ses ôtes dans leurs chambres respectives. La journée avait été épuisante, même pour lui : se souvenir de certains passages de sa vie, rouvrait des blessures qu’il croyait cicatrisées... Il alla s’asseoir dehors, la lune brillait déjà dans le ciel alors qu’un oiseau vint se poser sur son épaule : l’aura qu’il dégageait attirait les êtres vivants et semblait pouvoir apaiser leur coeur. Il resta un instant en silence, seul avec ses souvenirs et ses inquiétudes. Il était inquiet pour Yukimura, Kyô et Kenshin, il ne pouvait pas s’empêcher de se préoccuper : un de ses élèves, Vincent, avait déjà perdu la vie pour aider les filles de Braska et maintenant, trois de ses élèves se retrouvaient face à la famille Sôhma. Cette famille était maudite, mais cette malédiction était à double tranchant : les Sôhma étaient incapables de réussir à vivre heureux avec ceux qu’ils aiment... et ceux qui les aiment, sont destinés à souffrir. Muramasa s’inquiétait aussi pour cet Invokeur, cette Liseuse de Rêves que ses disciples protégeaient... ils risquaient leurs vies pour elles, et donc, dans un certain sens, il les aimait aussi, il avait de l’affection pour elles. Et désirait pouvoir faire quelque chose pour elles. Perdu dans ses pensées, il fixait la lune et observait ce qui était illuminé par son éclat : c’était une belle nuit.

- Maître ?

Muramasa se tourna vers la voix qui l’interpellait : c’était Yukimura, qui s’approchait de lui vêtu d’un kimono. Il sourit à son élève et, d’un geste de la main, l’invita à s’asseoir à ses côtés. Le Gardien obéit, et ils restèrent en silence quelques instants. Puis, Muramasa demanda :

- Que t’arrive-t-il ?

- Je ne peux pas m’endormir, je suis préoccupé., répondit-il en fixant quelque chose au loin, le regard mélancolique.

- Qu’est-ce qui t’angoisse ?, le Maître sourit.

- Je... me souviens de beaucoup de choses. Imari, Yuna... Vincent...

Muramasa attendit quelques instants en silence, regardant son disciple dans les yeux.

- Après toutes les épreuves que nous avons vécues... je pense avoir mûri. J’aimerais de tout mon coeur pouvoir protéger Imari et Yuna jusqu’au bout, mais... cette fois je ne sais pas comment faire... *il s’arrêta* Elles veulent lever la malédiction des Sôhma, sans réellement savoir si cela est possible. J’ai l’impression qu’elles seraient capables de risquer de perdre ce qu’elles ont de plus cher au monde pour pouvoir les aider...

- Il y a sûrement des choses auxquelles elles ne renonceront pas., l'arrêta Muramasa.

- Oui... vous avez sans doutes raison, ajouta Yukimura en réfléchissant. Mais... nous ne savons pas comment les aider cette fois. *il fit une pause* Est-ce que vous pourriez nous aider, vous, Maître ?, il demanda anxieux.

Muramasa resta un instant en silence, qui sembla interminable pour le Gardien, qui le fixait, désireux de connaître une réponse. La lune illuminait leurs visages et Yukimura eut l’impression de percevoir des larmes au fond des yeux de son Maître. Que lui arrivait-il ?

- Tu ne sais pas pourquoi... ils sont maudits ?, demanda-t-il a son élève.

- Non. En effet, je ne connais rien sur eux., répondit-il clairement.

- La légende de la famille Sôhma dit qu’un jour, Kami-sama avait organisé une cérémonie en honneur d’une déesse, la plus belle des déesses, celle qu’il aimait ! Il invita, pour l’occasion, les animaux représentants des 12 signes du zodiaque chinois, ainsi que le chat, le 13ème signe. La fête se déroulait très bien mais malheureusement, la déesse était amoureuse d’un humain, un Sôhma. Elle décida de quitter la fête organisée en son honneur, désireuse de le voir, et pouvoir être un peu à ses côtés. Sachant qu’un jeune de leur famille devait rencontrer une déesse à l’insu de Kami-sama, quelques membres de la famille Sôhma décidèrent de s’infiltrer à la cérémonie, chacun avec l’aide d’un animal, décidant de surveiller Kami-sama pour pouvoir être utiles à leur frère. Mais Dieu s’en aperçu et était en colère, se sentant trahi. Il décida de maudire le jeune qui avait essayé de lui enlever la personne qu’il aimait, ainsi que ses frères qui avaient décidé de le soutenir lors de cette trahison. Le Sôhma qui avait aimé sa déesse reçu la pire des malédiction : il se serait transformé en un être répugnant si une fille l’aurait aimé, cela pour le punir de l’amour que lui portait sa déesse. Ses frères, furent également maudits, chacun par le signe de l’animal qu’ils avaient corrompu pour s’infiltrer à la fête : si quelqu’un de sexe opposé les aurait effleurés, ils se seraient transformé chacun en un animal différent. Pour rendre sa punition plus dure à porter pour ces Sôhma qui l’avaient trahi, lui, Kami-sama, il décida de faire durer cette malédiction durant plusieurs siècles, jusqu’au jour où quelqu’un aurait décidé de les sauver.

- Et maintenant, Imari et Yuna sont là..., ajouta Yukimura, pensif.

- Oui, en effet..., soupira Muramasa, restant ensuite en silence.

- Mais... quel est alors le moyen de les sauver ? Il existe un moyen, n’est-ce pas, Maître ?

Le Gardien sembla le supplier du regard. Il désirait vraiment pouvoir aider les deux filles de Braska qu’il avait promis de protéger. Il y eut un instant de silence qui parut interminable, puis :

- Il existe un moyen. Kami-sama décida que ces jeunes traîtres pouvaient être sauvés. Mais...

- Mais ?!

Yukimura l’encouragea à poursuivre son explication.

- Kami-sama créa les Priants, les défenseurs des Temples, ceux qui protègent les Chimères que les Invokeur peuvent invoquer. Il en créa 13, un pour chaque maudit par les animaux représentants des signes du zodiaque chinois, ce qui signifie que le Grand Invokeur que vous protégeait possède lui aussi 13 Chimères. La 14ème Chimère, celle pour le maudit qui avait osé lui enlever la déesse qu’il aimait le plus au monde, ce serait selon Kami-sama, l’Ultime Chimère. C’est pour cette raison qu’un Invokeur doit sacrifier un de ses Gardiens pour l’obtenir : pour rappeler aux êtres humains le sacrifice que lui-même dû faire en renonçant à l’amour de son aimée. Le Grand Invokeur possédant donc 14 Chimères, une pour chaque maudit par Dieu, est donc le seul à pouvoir sauver les Sôhma de la malédiction qui les persécute depuis si longtemps.

- Comment ?! En utilisant les Chimères ?, demanda Yukimura perplexe.

- Oui, mais pas de la façon dont tu crois..., murmura le Maître, l’air triste.

- Que voulez-vous dire ?!

- Un Grand Invokeur possédant les 14 Chimères peut sauver la famille Sôhma seulement... en sacrifiant une après l’autre, toutes ses Chimères., conclu Muramasa, fixant son regard à l’horizon.

Un silence glacial les enveloppa : sacrifier toutes ses Chimères pour sauver une famille ? Est-ce que Yuna ferait ça ? Est-ce que Imari l’accepterait... ? Est-ce que les Gardiens pouvaient le permettre... ? Ils avaient risqué maintes fois leur vie pour aider l’Invokeur dans sa quête et maintenant... ils avaient perdu un précieux camarade pour en faire une Chimère, dans le but d’aider chaque jour plus leurs protégées. Et... maintenant... ils avaient fait tous ces sacrifices pour... pour quelle raison ? Yukimura se le demandait.

- Mais il y a aussi un autre problème, une énième difficulté..., ajouta Muramasa, sa voix devenant de plus en plus calme. Lorsqu’une Chimère est tuée... une Chimère Purgatrice naît, et s’attaque à son Invokeur comme à vouloir se venger de l’avoir laissée mourir.

Yukimura ferma les yeux, se prenant la tête entre les deux mains : il espérait être en train de rêver, de faire un cauchemar et finir par se réveiller dans pas longtemps. Il n’arrivait pas à y croire : ils avaient vécu et survécu à toutes ces rudes épreuves pour...

- Tout ça..., murmura le Gardien, se plongeant dans ses souvenirs.





Quelques années auparavant... :

- Je refuse !

- L’un d’entre nous sera bien obligé de le faire, Invokeur !

- Non ! Je refuse de sacrifier de précieux camarades pour... la paix ? La gloire ?

- Je suis entièrement d’accord avec elle !, exclama Imari agacée, la voix voilée de tristesse.

- Ne faites pas semblant de pas comprendre... nous n’avons pas le choix !, répondit Kyô, qui s’enflammait pour la première fois depuis longtemps.

- Nous n’avons pas le choix... nous n’avons pas le choix... c’est tout ce que vous savez dire ?! Vous êtes des êtres inutiles !, s’écria Yuna, très en colère.

- Invokeur, calmez-vous..., murmura Vincent, avec sa voix paisible, toujours désireux d’adoucir le coeur des personnes qui l’entouraient.

- Ne commence pas, toi aussi !, rétorqua Imari, autant en colère que sa soeur.

Il y eut un instant de silence, chacun semblait s’enflammer de son côté. Ce groupe, où il y avait toujours eu une grande complicité, semblait ne plus supporter de rester uni. C’était un moment délicat dans la vie des filles de Braska et de leurs Gardiens : elles devaient décider qui se serait sacrifié pour devenir l’Ultime Chimère de l’Invokeur. Bien sûr, Imari et Yuna refusaient de sacrifier un de leurs camarades et essayaient de trouver une autre solution :

- Ce n’est pas possible que ce soit la seule solution ! Les Gardiens de notre père n’ont pas été sacrifiés, mais il possédait une Ultime Chimère : comment cela se fait-il ! Répondez, bande d’imbéciles !, hurla l’Invokeur, en s’approchant dangereusement de Yukimura, qui essayait de lui tenir tête.

- C’est encore trop tôt pour que vous sachiez, lui répondit-il, froidement.

- Trop tôt pour que je sache comment épargner vos vies ?!

- Est-ce que quelqu’un vous a dit que vous deviez nous épargner ?, il répliqua, la voix impassible.

- Yukimura... Je t’en prie, calme-toi ! Nous devrions être honorés que nos vies aient une telle valeur aux yeux des filles de Braska, n’est-ce pas ?, ajouta Vincent, se passant une main entre les longs cheveux noirs, esquissant un sourire.

- Qu’est-ce que tu racontes ?!, grogna Kyô. Arrête de faire la femmelette, et pense un peu à tes obligations. Tu es un Gardien, pas une bonne soeur.

- Calmes-toi ! Arrête de te conduire comme un enfant ! Maître Muramasa ne t’as donc rien appris ?!, s’écria Yukimura, chaque instant plus en colère.

Il s’interposa aux deux autres Gardiens de l’Invokeur, ses camarades depuis toujours. Il fixa dans les yeux l’un, ensuite l’autre, essayant de les calmer : se disputer n’aurait rien arrangé.

- Pff, sale tapette... !, murmura Kyô, tournant le dos au reste du groupe.

- Excusez-moi, Invokeur, Prêtresse., ajouta Vincent, la voix humble, leur faisant une révérence.

- Ce n’est rien..., répondit Imari, inquiète pour le sensible Gardien.

- Malgré cette discussion, le problème est toujours là. Et aucune solution n’est envisageable ! Donc, la discussion est close !, conclu Yuna.

Elle s’en alla, avançant vers l’endroit du Temple où ils étaient, où des chambres leurs avaient été réservées pour passer la nuit et pouvoir se reposer. Ils avaient enduré de nombreuses épreuves pour arriver à ce dernier Temple, celui où l’Invokeur aurait dû recevoir son Ultime Chimère... Mais aucun d’entre eux ne s’imaginait ce qui les aurait attendu : le sacrifice de l’un des Gardiens. Yuna parti s’enfermer dans sa chambre, essayant de se calmer : elle s’allongea sur son lit, l’air pensif. Pendant ce temps, Imari, Yukimura, Kyô et Vincent étaient toujours l’un en face de l’autre : le départ de l’Invokeur n’avait rien arrangé, il avait peut-être même empiré les choses. Imari, désespérée, décida de partir aussi se reposer :

- Je vous laisse. J’ai besoin de rester un peu seule...

- Oui, bien sûr, Prêtresse !, s’inclina Yukimura, respectueux.

- De toutes les façons, c’est l’un d’entre nous qui va périr : en quoi cela pourrait-il vous concerner ?! Pff !, se moqua Kyô, colérique.

Imari sembla ne pas apprécier cette réplique déplacée et, après s’être approchée de lui, elle le scruta froidement dans les yeux, le regard voilé de chagrin et de colère, sans répondre : ce regard avait plus de significations que n’importe quel autre mot. Ensuite, elle s’en alla, laissant les Gardiens seuls entre eux. Rejointe sa chambre, différente de celle confiée à sa soeur, elle s’assit sur le lit, essayant de ne pas réfléchir à ce qui venait d’arriver. En ce même moment, Yukimura, Kyô et Vincent étaient restés les uns avec les autres, pour essayer de parler et de s’expliquer entre eux :

- Je n’aime pas ce genre de situations injustes !, commença Kyô, s’étant légèrement calmé après le départ des deux filles de Braska.

- Injustes ? Pourquoi injustes ?, demanda Vincent, sans comprendre.

- On demande à l’un d’entre nous de mourir..., entama Yukimura.

- Nous sommes donc sensés choisir qui envoyer dans l’autre monde !, conclu Kyô.

Il y eut un long et lourd silence : ils se dévisagèrent, sans savoir quoi ajouter. Puis, après un instant qui sembla interminable, Vincent prit la parole :

- Je... vais aller voir l’Invokeur. Vue sa colère avant qu’elle s’en aille, je suis plutôt inquiet...

- Bien, vas-y ! Tu devrais aller aussi te reposer, ne crois-tu pas ?, lui répondit Yukimura, souriant à son camarade.

- Oui, tu as raison..., mâchonna Vincent, en s’éloignant.

Les deux Gardiens regardèrent sa silhouette disparaître au loin, puis Kyô se passa une main entre les cheveux, l’air préoccupé. Après un énième instant de silence, il demanda :

- Penses-tu que l’énervement de l’Invokeur vienne du fait... qu’elle craignait qu’on décide de sacrifier Vincent ?

- Hum... c’est possible. Mais elle s’inquiète pour nous aussi, plus que tu ne le crois ! Et pour la Prêtresse, c’est la même chose., répliqua son camarade, pensif.

- J’espère que pour Imari ce n’est pas la même chose..., marmotta Kyô.

- Que dis-tu ?, lui demanda-t-il son compagnon.

- Rien, oublies ce que je viens de dire !, il grogna.

Ils se dévisagèrent quelques instants, puis Yukimura ajouta, rêveur :

- Pour Yuna, décider qui se sacrifiera pour elle sera sans doutes difficile, mais... pour Braska, ce choix a été encore plus dur...

- Que serait-il arrivé s’il avait sacrifié l’un de ses Gardiens...

- ... au lieu de sacrifier celle qu’il aimait le plus au monde...

Ils restèrent quelques instants sans prononcer un seul mot, se souvenant de Braska et de ses Gardiens, Auron et Jecht : il avait toujours été courageux et respecté ! Il était considéré comme le symbole de la loyauté et la dévotion.

- Pour obtenir une Ultime Chimère réussie, l’Invokeur doit sacrifier quelqu’un qu’il aime et qui l’aime en retour : ce sera cet amour qui liera le Maître et la Chimère au-delà de la mort, et qui fera que la Chimère sera obéissante et respectueuse envers le Grand Invokeur., ajouta Yukimura, comme s’il récitait par coeur une leçon apprise.

- C’est pourquoi Braska fut obligé de sacrifier la mère de ses filles., conclu Kyô. Peut-être que ses Gardiens n’avaient pas assez d’affection pour lui, et il le savait... ça a dû être dur.

- Et qui, selon toi, pourrait se sacrifier pour devenir l’Ultime Chimère de Yuna ?, demanda Yukimura pensif.

- Quelqu’un qu’elle aime...

- ... et qui l’aime en retour.

- Seulement deux personnes d’entre nous.

- Oui...

Kyô commença à s’éloigner de Yukimura, se dirigeant vers les chambres qu’on leur avait confiées :

- Que comptes-tu faire, Kyô ?

- Je crois que... cette fois, j’ai envie d’être un peu égoïste.

Yukimura hocha la tête, ensuite regarda la silhouette de son camarade disparaître au loin : cette nuit était décisive, et le jour d’après il aurait enfin su ce qui leur serait arrivé...



*TOC TOC*

- Oui ?

La voix de Yuna, voilée de tristesse, arriva jusqu’aux oreilles de Vincent, qui venait juste de frapper à la porte de sa chambre : il était inquiet pour elle depuis qu’elle s’était éloignée du groupe, et désirait faire quelque chose pour l’encourager, ou la rassurer, il ne savait pas exactement. Tout ce qu’il savait, c’est qu’il ne désirait plus la voir dans l’état où elle était avant ! Il ouvrit légèrement la porte :

- Invokeur, je peux entrer ?, pria-t-il.

- Oui, bien sûr ! Entre, Vincent !

Yuna se leva de son lit, pour aller accueillir son Gardien, essayant de sourire pour ne pas l’inquiéter :

- Quelque chose ne va pas ?!, lui demanda-t-il avec douceur.

- Non, en effet..., répondit Vincent, gêné. Mais... J’étais inquiet pour vous alors j’ai voulu venir vous rendre visite.

- Merci, ça me fait très plaisir !, ajouta Yuna, souriant aimablement.

Les regards des deux jeunes se croisèrent un instant et, en rougissant légèrement, ils détournèrent vite le regard. L’Invokeur s’approcha du lit et s’y assit ; ensuite, elle invita son Gardien à en faire de même. Il s’avança donc vers elle en s’asseyant à ses côtés. Il y eut un silence, durant lequel chacun des deux était plongé dans ses pensées...

- Est-ce que... quelque chose vous préoccupe ?, demanda Vincent pour briser la glace.

- Je ne veux pas que l’un d’entre vous se sacrifie pour devenir une Chimère. Vous êtes précieux à mes yeux, comment pourrais-je vous demander une telle chose ?!

Elle commença à s’enflammer en prononçant ces quelques mots.

- Invokeur, ne vous énervez pas... vous blesser n’était pas mon intention ! Mais... au lieu d’un sacrifice, pourquoi n’essayez-vous pas de voir cela comme quelque chose de plus profond ?

- Plus profond ? Que veux-tu dire ?

- Essayez de voir cela comme... une preuve d’amour, par exemple.

- Que dis-tu, Vincent ?, demanda Yuna perplexe, sans comprendre la signification de ces mots.

- La personne qui deviendra votre Chimère doit être quelqu’un qui vous aime et, si possible, que vous aimez en retour. Et si cette personne devient votre Chimère, elle devient partie intégrante de vous, de votre corps et votre âme, et sera à vos côtés pour l’éternité.

- Je ne veux pas d’une personne morte à mes côtés ! J’ai besoin que la personne que j’aime soit... à mes côtés, en vie...

L’Invokeur s’allongea sur le lit, fixant le plafond, les yeux vides. Il y eut un instant de silence mais que, cette fois, ne pesa à aucun des deux présents : ensemble, ils se sentaient à l’aise et avaient une certaine complicité, et ce sentiment détendait l’atmosphère.

- Tu vois..., commença Yuna, toujours en fixant le plafond. Lorsqu’on nous a dit que nous devions choisir quelqu’un qui aurait dû se sacrifier, j’ai eu peur... vraiment peur...

- Peur ? De quoi ?

- J’avais peur qu’on finisse par... te choisir.

- Moi ? Je suis un de vos Gardiens, j’aurais été honoré. Pourquoi cela vous faisait-il peur ?

- Si Yukimura ou Kyô auraient été choisis... sans doutes, j’aurai souffert... ce sont mes Gardiens, ils représentent beaucoup à mes yeux mais... si tu avais été choisi, ça aurait été différent... ça aurait été... plus pénible.

Yuna n’ajouta rien à ces quelques mots. Son Gardien fixa le plafond, en silence, ses yeux noirs semblaient étincelants.

- Moi, j’aurais été content de pouvoir me sacrifier pour la personne que j’aime plus que ma propre vie.

Le regard de Yuna se figea lorsqu’elle entendit ses mots : avait-elle bien compris ? Ou était-ce un malentendu ? Elle se releva, se mettant assise, le fixant un instant pour ensuite plonger son regard dans les yeux noirs et charmants du Gardien. Lui, de son côté, se releva aussi après peu et la regarda, en souriant de manière douce, lui montrant ce sourire qui n’était qu’à lui.

- Ai-je..., commença l’Invokeur, sans savoir quoi ajouter.

- Vous êtes la personne que j’aime, celle que moi j’ai choisie. Je pense que vous m’avez bien compris. *il esquissa un sourire, qui semblait empli de tristesse cette fois-ci* Je voulais... qu’au moins, vous le sachiez... au cas où l’on me choisisse, demain...

Elle resta immobile quelques instants, sans savoir quoi dire, comment réagir face à ce qu’elle venait d’entendre. Puis, elle s’approcha de lui, se blottissant dans ses bras : Vincent risquait de mourir le jour suivant... il avait fallu que quelque chose de si terrible arrive pour qu’elle se décide à lui ouvrir son coeur, lui montrant ses sentiments. Des larmes commencèrent à couler le long de ses joues :

- Je suis... stupide...

En toute réponse, Vincent la serra d’avantages dans ses bras, heureux de pouvoir se sentir aussi près de la personne qu’il aimait.

- Depuis notre rencontre et jusqu’à ma mort, tu es celle que j’ai choisie.

Yuna releva légèrement son visage et le Gardien lui effleura les joues avec ses mains pour les libérer des pleurs qui l’inondaient : ça le chagrinait de la voir dans cet état... Il lui prit le visage entre ses mains, lui passant une main entre ses longs cheveux. Il lui sourit une énième fois, avec cette douceur et cette tendresse que lui seul possédait puis, approcha le lèvres de Yuna aux siennes, les effleurant ; l’Invokeur ferma les yeux, attendant la suite, alors que ses larmes avaient subitement arrêté de couler. Vincent se rendit compte des désirs de Yuna, et l’embrassa tendrement, tout en continuant à la serrer contre lui : il ne voulait pas qu’elle le laisse, il voulait que cet instant ne se termine jamais. Yuna l’embrassa à son tour, comme à vouloir lui prouver qu’elle désirait la même chose. Ils restèrent ainsi, se donnant mutuellement une preuve de leur amour, jusqu’au moment où leurs lèvres se séparèrent. Vincent la fixa un instant dans les yeux puis, la serra contre lui, décidé à ne pas la laisser partir : ils se rendaient compte que celui-ci était peut-être le dernier instant qu’ils auraient passé ensemble.

- Est-ce que tu veux... rester avec moi... cette nuit... ?, demanda Yuna, alors qu’elle rougissait légèrement.

En toute réponse, Vincent la serra dans ses bras en souriant tendrement. Il l’allongea dans le lit, en s’allongeant à ses côtés. Il l’enlaça en l’embrassant à nouveau, cette fois moins craintif, sachant qu’elle le désirait aussi... Alors que la nuit les enveloppait, ils se sentaient tous deux de plus en plus l’un près de l’autre.



Kyô marchait seul, le long du couloir sombre qui amenait à la chambre de la Prêtresse Liseuse de Rêves : il avait besoin de lui parler, de la voir, d’être sûr qu’elle était en vie... et qu’elle y serait restée. Il arriva après peu en face de la chambre d’Imari et frappa à la porte : une voix venant de l’intérieur l’autorisa à entrer. Il pénétra dans la pièce, puis referma la porte derrière son dos.

- Oh, Kyô ? Je suis surprise de te voir ici !, exclama la fille de Braska, étonnée, alors qu’elle venait de s’asseoir sur le bord de son lit.

- Ma venue vous dérange-t-elle ?, demanda humblement le Gardien.

- Non, absolument : ça me fait plaisir. J’avais besoin de voir quelqu’un : la dispute qu’on vient d’avoir m’a un peu déboussolée. Je voulais aller en parler à ma soeur, mais je me suis dite qu’il valait mieux la laisser tranquille, au moins ce soir !, répondit-elle.

- Oui, vous avez eu raison d’agir ainsi. Puis-je m’approcher ?

- Bien sûr ! Tu peux t’asseoir à mes côtés, si tu le désires !

Elle lui sourit, l’invitant d’un geste de la main à s’avancer vers elle. Il lui obéit. Il y eut quelques instants de silence, puis Imari demanda :

- Qu’est-ce qui t’amènes ici, Kyô ?

Il fixa le plafond un instant, comme s’il réfléchissait, puis lui répondit :

- Je venais vous demander ce que vous comptiez faire, demain.

- Dans quel sens ?

- L’Ultime Chimère.

Il y eut un lourd silence, comme si ces deux simples mots pouvaient cacher derrière eux une terrible vérité. Imari réfléchit quelques instants avant de répondre :

- Je ne vois vraiment pas ce que je pourrais faire... vraiment !

- Quelque chose vous pourriez faire..., ajouta Kyô, maladroit.

- Quoi donc ?, demanda Imari surprise.

Le Gardien la fixa, son regard perdu dans celui de la Prêtresse. Il ne savait pas quoi répondre, il avait été stupide de lui dire.

- Non, oubliez ce que je viens de dire...

Imari se leva, ayant l’air en colère tout d’un coup :

- Si je peux faire quelque chose, j’exige d’être au courant, alors réponds-moi au lieu de garder tous ces mystères pour toi seul !

- Je...

Kyô ne savait pas comment lui répondre, il ne voulait pas qu’elle sache, il avait décidé d’être égoïste au moins pour cette fois, et était décidé à empêcher à Imari de faire quelque chose de stupide :

- Pourquoi est-ce que ce seraient les Gardiens, à se sacrifier pour obtenir une Ultime Chimère, selon vous ?, lui demanda-t-il.

Imari hésita : elle ne savait pas quoi répondre.

- Je ne sais pas. Dis-le moi.

- On est sensés aimer l’Invokeur, le respecter et lui être dévoués plus que n’importe qui au monde... même si jamais nous pourrions l’aimer comme sa famille l’aime..., il ajouta.

- Je ne comprends pas la signification de tes mots.

- Nous devons nous sacrifier par amour envers l’Invokeur, mais il est vrai qu’en général, c’est celui d’entre nous qui l’aime le plus qui se sacrifie... mais...

- Mais ?

- Mais... même si ce n’était pas un Gardien, ce serait la même chose...

- Que veux-tu... ?

Elle s’arrêta, réfléchissant aux mots qu’elle venait d’entendre : quelqu’un qui aime l’Invokeur, pouvait se sacrifier pour lui... généralement, il y a les Gardiens mais... Imari aimait Yuna, c’était sa soeur, elles avaient toujours été ensemble, alors... alors ? Cela signifiait qu’elle pouvait se sacrifier aussi pour devenir l’Ultime Chimère... ?

- Donc, moi aussi je... ?

Pas sûre d’avoir compris, elle essaya de le demander à Kyô, sans vraiment y arriver. Mais le Gardien, avait compris la signification de la question, et lui répondit en hochant la tête :

- Oui...

Il y eut un lourd silence, elle ne savait pas quoi répondre de toutes les façons. Elle aussi pouvait... ? Que devait-elle faire ?! C’était ou elle ou... Vincent, alors ? Si Vincent serait mort, Yuna aurait été malheureuse, alors... que faire ? Elle ne voulait pas que cela arrive, elle aimait sa soeur, mais... peut-être avait-elle peur de mourir ? Aux côtés d’un Invokeur possédant des puissantes Chimères, l’idée de pouvoir mourir ne l’avait pas effleurée, mais là... elle ne savait pas comment agir. Devait-elle penser d’abord au bonheur des autres ou... au sien ?

- Quelle pensée égoïste..., pensa-t-elle à haute voix.

- Vous ne voulez pas mourir, c’est compréhensible.

- Mais je ne veux pas que ma soeur soit triste... si ce n’est pas moi qui me sacrifie, ce sera Vincent... elle en serait affligée.

- Oui, mais... n’avez-vous pas pensé que même si c’est vous qui vous sacrifiez, elle serait malheureuse ?

Il y eut un instant de silence : en effet, elle n’avait pas pensé à cela... elle se sentait misérable. Elle voulait pouvoir faire quelque chose.

- Je veux pouvoir faire quelque chose... pour elle.

Imari serra les poings, un peu craintive mais décidée à aider sa soeur. Son père Braska aurait sûrement été d’accord avec elle !

- Vincent pourra très bien combler mon absence auprès d’elle, Imari essaya de sourire pour ne pas montrer sa peur.

Elle s’avança vers la porte, tournant le dos au Gardien. Mais au moment où elle s’apprêtait à ouvrir la porte, quelque chose la frappa à la nuque et, avant qu’elle puisse faire un pas de plus vers le sacrifice, elle s’évanouit. Les bras forts de Kyô la rattrapèrent, la soulevant de terre. Il s’approcha du lit et la y allongea. Il lui passa une main sur le visage, écartant une mèche de cheveux de ses yeux :

- Je m’étais dit que je serais égoïste ce soir... et je ne voulais pas perdre la personne que j’aime le plus au monde. Je préfère que ce soit vous qui combliez le vide créé par le sacrifice de Vincent à nos côtés, Prêtresse...

Il s’approcha d’elle et effleura les lèvres d’Imari avec les siennes, puis se leva et recula :

- Je ne veux pas vous salir... Je vais juste veiller sur vous.

Il s’inclina, puis sorti de la pièce en s’asseyant dehors, devant la pièce. Alors que la nuit tombait, toute chose fut enveloppée par le silence... Ce soir là, ils se sentaient tous... nés sous le signe du sacrifice.



Cette nuit-là, Imari fit un rêve, un rêve prémonitoire... Elle vit... quelqu’un. Les yeux noirs, étincelants, moqueurs, et les longs cheveux noirs... Elle avait l’impression de le connaître... mais pas tout à fait... Il lui rappelait quelqu’un... mais quelque chose avait changé... Cette attitude hautaine la laissait perplexe. De plus... ce quelqu’un avait de longues canines... qui rappelaient celles d’un vampire. De qui avait-elle rêvé ?!



Le lendemain matin, alors que le soleil n’était pas encore levé et qu’ils étaient tous encore paisiblement endormis, Vincent sorti de la chambre de Yuna après l’avoir embrassée une dernière fois dans son sommeil, sans faire de bruit, refermant la porte derrière lui. Il se souvint que le soir d’avant il lui avait chuchoté à l’oreille « pardonne-moi » : peut-être avait-elle compris... ou alors, s’en doutait-elle simplement... Il s’avança vers la sortie du Temple, passant devant la chambre de la Prêtresse, où Kyô était toujours en train de veiller. Vincent le salua d’un sourire, en s’inclinant devant lui, comme à vouloir le remercier pour les moments heureux passés ensemble lors des pèlerinages. Kyô le remercia à son tour, le saluant en souriant, un sourire coupable, comme s’il était la cause du sacrifice de son camarade. Mais Vincent n’y prêta pas attention et sorti du Temple : il ne voulait pas que Yuna se réveille alors qu’il était... toujours là. Dehors, il y trouva Yukimura, assis sur une pierre, une bouteille de saké à la main.

- Approche-toi, je te prie, commença Yukimura, lui faisant signe.

Vincent s’approcha : il l’aimait beaucoup, il l’avait soutenu nombreuses fois alors qu’il était encore inexpérimenté.

- Qu’y a-t-il ?, lui demanda-t-il, un sourire aux lèvres.

Yukimura essaya de ne pas montrer sa tristesse, il ne voulait pas décourager son jeune ami : il le serra dans ses bras, lui montrant son affection, puis ajouta alors qu’au fond des yeux brillaient quelques larmes de mélancolie :

- Tu ne peux pas entamer ton voyage vers l’au-delà sans avoir bu du bon saké, n’est-ce pas ?

Vincent le regarda surpris, puis sourit à nouveau, ce sourire qu’il montrait uniquement aux personnes qui lui étaient chères :

- Tu as raison.

Il prit la bouteille de la main de son ami et bu une gorgée. Il avait l’impression de se sentir mieux.

- Merci, Yukimura-chan...

Il lui rendit la bouteille puis, lui tournant le dos, il s’avança vers le lieu où il devait aller... et d’où il ne serait jamais revenu.

- J’espère juste devenir une Chimère digne de ce nom...

Ce furent les derniers mots de Vincent, alors que son étincelle de vie s’éteignait pour toujours.





- Pour ça !!

Kyô, qui avait écouté toute la conversation de Maître Muramasa et Yukimura, sorti de son cachette et interrompit Yukimura alors qu’il était plongé dans ses souvenirs...

- Nous avons fait tout ça pour sauver quelques imbéciles ayant trahit Kami-sama ? Mais laissez-moi rire !, s’enflamma Kyô, dès son arrivée.

- Kyô, calme-toi, commença Muramasa, qui semblait ne jamais perdre son sang froid.

Le Gardien essaya de se calmer : il n’aimait pas contrarier son Maître. Il s’assit près d’eux, alors que la lune brillait toujours dans le ciel.

- Je vous ai dit ce qu’il en est... rien ne vous oblige à aider les Sôhma, j’ai juste voulu vous expliquer comment vos Maîtres devraient agir au cas où ils décideraient de sauver cette famille.

Kyô et Yukimura sentirent le froid de la nuit les envelopper, comme ce soir là, où ils se disaient qu’ils étaient nés sous le signe du sacrifice... mais ils pensaient que leur destinée avait changé... alors qu’ils se trompaient... leur histoire ne venait que de commencer.



/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(5ème partie)



Quelques jours avant, à la résidence des maudits :

Yuna s’était précipitée chez la famille Sôhma : elle avait clairement ressentit la souffrance d’Imari, puis sa disparition. Elle n’avait plus peur pour sa soeur mais s’inquiétait quand même de ce qui lui était arrivé... Avant de partir de chez Shiguré, elle avait pris bien soin de s’assurer que ni Yuki, ni Kyô, et surtout pas Shiguré lui-même ne soit vraiment malade. A présent elle arrivait à destination... Elle sonna puis entra sans attendre... avant de se figer sur place, face à son Ultime Chimère. Yuna se reprit aussitôt et offrit un regard des plus glaciales à Alucard :

- Tu as donc réussi ?, demanda nonchalante Yuna, d’une voix enrouée.

- Oui. Je vous ai servi, Maître.

- Je te remercie., elle s’inclina, en signe de remerciement envers la plus têtue et sans doutes la plus vivante de ses Chimères.

- Ce fut un plaisir de vous servir., rigola-t-il. Dois-je vais m’en retourner d’où je viens, maintenant ?

- Attends ! Avant, dis-moi comment as-tu fais !

La Chimère s’approcha nonchalamment de sa Maîtresse jusqu’à coller son corps contre le sien. Yuna ne se dégagea pas, mais frissonna... Alucard se pencha alors vers elle et lui chuchota, lentement :

- Vous n’aurez qu’à demander à votre soeur, Invokeur.

Puis il disparût d’un coup, laissant derrière lui une Yuna frissonnante. Elle ne le resta pas longtemps : une main apaisante se posa doucement sur sa hanche et une tête alla se lover dans son cou.

- Il m’a bien aidée, Yu. Il est la plus fidèle de tes Chimères. Je lui suis extrêmement redevable : il m’a sauvé la vie...

Imari soupira et se serra plus étroitement contre sa soeur. Yuna pouvait sentir son souffle, étrangement chaud, contre sa joue. Elle lui prit la main et la serra dans les deux siennes.

- Alors, je suis moi aussi en dette envers lui, s’il t’a sauvée...

On aurait pu croire à cet instant, plus qu’à tout autre, que Yuna était l’aînée des enfants de Braska, et Imari sa cadette. Mais c’était bel et bien le contraire : Imari était née quelques minutes avant elle. Elles étaient, en effet, fausses jumelles, et c’était Imari qui était censée devenir le nouvel Invokeur, et succéder à son père, Braska. Il les avait élevées dans ce but pendant les quatre premières années de leurs vies : Imari Invokeur, et Yuna la secondant, mais tout aussi forte, si pas plus.

- Je peux m’appuyer encore un peu contre toi, Yuna ? Je ne me sens pas très bien... Alucard m’a ramené à la vie, mais ne m’a pas guérie de ce que j’avais attrapé avant.

Yuna se retourna et agrippa fermement Imari. Si son souffle était chaud ce n’était pas pour rien : Imari commençait à avoir de la fièvre.

- Viens, on rentre au chaud, lui dit-elle en l’aidant à avancer.

A leur quatre ans, Braska avait dû se rendre à l’évidence : Imari était l’enfant la plus fragile qui lui avait été donné de connaître. Il ne voulait pas lui faire endosser le rôle de Invokeur dans ces conditions.

- Merci Yuna... Je me demande comment tu fais, pour me supporter ainsi à chaque fois. Je dois te paraître si insignifiante, et surtout je dois être un tel poids, dans mes moments de faiblesse... si fréquents.

- Que dis-tu, Ima ? Tu n’as jamais été un poids pour moi, au contraire ! Toujours là pour moi en cas de besoin... Je ne fais que te rendre tes services d’une tout autre manière, voilà tout...

Yuna s’était avérée, aux yeux de Braska, la plus puissante des Invokeurs qu’il n’ait jamais connue ! Il n’avait aucun remord à avoir échangé les places de ses enfants : Imari courrait moins de risque en aidant sa soeur, et Yuna se débrouillait très bien et apprenait bien vite son rôle.

Elles pénétrèrent dans la maison des Sôhma, Imari agrippée à sa soeur, de plus en plus faible :

- Ne t’inquiète pas, ça va aller., la rassura Yuna, lui passant une main sur la joue, avec tendresse.

- Que s’est-il passé ?

Une voix anxieuse les interpella. Elles relevèrent le visage, se retrouvant face à un Hatori inquiet pour les deux filles de Braska. Il s’approcha d’elles, posant une main sur le front de Imari :

- Elle a de la fièvre, suivez-moi !, conclu-t-il en s’adressant à Yuna.

L’Invokeur hocha la tête en signe de consentement, et suivi le médecin des Sôhma. Elle avait appris à croire en lui : Shiguré lui avait beaucoup parlé de Hatori, c’était un de ses amis les plus chers, et elle décida donc d’avoir confiance... Ils arrivèrent dans une pièce plutôt sombre, où un lit s’y trouvait :

- Allongez-la, Invokeur., l’incita Hatori.

Yuna lui obéit, ne se souvenant pas que le maudit pouvait enfin le faire à sa place. Après avoir allongé Imari, elle la dévisagea quelques instants : elle avait l’air tellement fragile, elle était inquiète.

- Alors, que se passe-t-il ici ?!

Quelqu’un ouvrit la porte alors qu’une voix gaie arriva jusqu’à leurs oreilles, en sortant de force Yuna de ses réflexions. Ils se tournèrent tous vers un Shiguré ayant l’air très en forme :

- Que fais-tu ici, Shiguré ?, demanda Hatori, faisant semblant d’être ennuyé par sa présence.

- Aah, tu es toujours si froid avec moi, Hatori !!, pleurnicha le maudit par le signe du chien, en faisant un clin d’oeil aux filles de Braska.

- ... froid comme une neige qui ne fondra pas...

Ils se tournèrent tous vers Imari, qui chuchota ces quelques mots, sans se rendre compte qu’elle était en train de penser à haute voix.

- Que dis-tu, Ima ?, demanda sa soeur sans comprendre.

- Je pensais... à Akito...

- Ta soeurette s’est donc éprise de notre cher Akito ?, demanda allégrement Shiguré, en se rapprochant de Hatori, qui se tenait toujours près de Imari, allongée.

- Il faut croire..., chuchota Hatori, l’air inquiet.

- Je pensais... que Akito et froid... comme une neige qui ne fond jamais...

Ils la regardèrent tous, en silence. Malgré son état, elle trouvait la force de penser au chef des Sôhma, désireuse de le comprendre et le connaître... Comment faisait-elle ?! Le maudit par le signe du chien s’approcha de la soeur de Yuna :

- Alors, encore malade ?!

Imari rougit et resta en silence, sans savoir quoi répondre. Pour des personnes étant toujours en forme comme sa soeur ou la majorité des maudits, c’était difficile à comprendre qu’elle puisse être toujours aussi affaiblie. Mais Shiguré sembla ne pas s’attendre une réponse, et il se contenta de lui sourire agréablement, sortant de sa poche un morceau d’étoffe qu’il lui posa sur le front, pour essuyer sa sueur.

- Ah, oui ! Shiguré, que fais-tu ici ?, demanda Hatori, l’air surpris.

Le maudit par le signe du chien rigola, puis pris une des mains de Yuna entre les siennes et répondit :

- Je venais juste m’assurer qu’on ne fasse pas du mal à ma Princesse !

Yuna rougit à son tour, ne sachant pas comment se comporter. Hatori sembla se rendre compte de ce malaise, et essaya de détendre la situation :

- Nous devrions peut-être laisser Imari seule, pour qu’elle puisse se reposer... qu’en pensez-vous ?

- Oui, je suis d’accord !, ajouta Yuna, serrant la main de Shiguré à son tour.

- Allons-y alors !, conclu le maudit par le signe du chien. Je suis sûre que quelqu’un viendra veiller sur toi, Imari...

Ils sortirent donc tous de la pièce, sans prêter trop attention aux paroles de Shiguré... peut-être voyaient-ils ce maudit simplement comme quelqu’un de sympathique, mais personne ne se doutait du mystère qui l’entourait... Ils fermèrent la porte derrière eux, laissant Imari dans la pièce sombre, pour qu’elle puisse enfin se reposer. Arrivés dehors, ils s’arrêtèrent un instant, alors que Shiguré tenait toujours la main de Yuna entre les siennes.

- Shiguré, fais attention à toi..., lui chuchota Hatori, s’approchant de lui.

Yuna resta en silence, ne comprenant pas le sens de cette réflexion. Après un instant, qui parût interminable, Shiguré répondit :

- Ne te fais pas de soucis, Tori-san ! Je sais ce que je fais.

Il regarda Yuna dans les yeux, puis ajouta :

- On y va ?

L’Invokeur acquiesça, et s’avança vers la sortie aux côtés du maudit. Hatori resta encore quelques instants devant la chambre où reposait Imari, puis s’éloigna pensif : la situation avait tellement changé depuis l’arrivée des deux filles de Braska... Shiguré avait changé, Akito avait changé, Imari et Yuna avaient changé aussi... et tous les autres maudits avec eux. Lui-même avait changé, sans vraiment s’en rendre compte... A la vue des deux descendantes du Grand Invokeur Braska, son coeur s’apaisait : les voir si pleines de vie, si désireuse de venir en aide à une famille qu’elles connaissaient à peine, le rendait heureux, et empli d’espoir. Il avait confiance en elles... désireux de voir la situation changer. Il espérait surtout que Akito change... oui, Akito : si lui changeait, leur situation se serait sans doutes améliorée.

- J’espère que Imari saura lui apprendre ce qu’il ne connaît pas encore..., chuchota-t-il en s’éloignant, perdu dans ses pensées, alors que sa silhouette disparaissait au loin.



Shiguré et Yuna sortirent, toujours main dans la main, et arrivèrent jusque dans le jardin de la résidence Sôhma. Il faisait froid, l’Invokeur ne s’en était pas rendue compte en arrivant, elle était trop inquiète pour sa soeur aimée, pour pouvoir penser au froid. Elle regarda le ciel nuageux : bientôt, il aurait sans doutes plu, ou peut-être même neigé. Yuna aimait la neige, ça lui rappelait les moments où sa soeur et elle sortaient s’entraîner avec leur père et ses Gardiens, alors que l’hiver était déjà là. Elle serra d’avantage la main de Shiguré.

- Tu as froid ?, demanda gentiment le maudit, la regardant.

Elle acquiesça, sans savoir quoi ajouter.

- Blottis-toi contre moi, alors.

Sans lui laisser le temps de répondre ou d’agir, Shiguré lui passa une main au-dessus de ses épaules, la serrant d’avantage contre lui. La malédiction était levée, alors elle pouvait enfin être dans ses bras sans craintes. Le maudit lui sourit, et Yuna le regarda, sans comprendre, alors qu’il levait les yeux vers le ciel :

- Sans doutes, nombreuses personnes ont dû te prendre dans leurs bras... ça doit donc te sembler un geste normal... Mais vois-tu... c’est différent pour moi. Tu es la première que je peux prendre dans mes bras sans craindre de me transformer, où d’être repoussé à cause de ma malédiction... sans craindre de trahir le secret des Sôhma auquel Akito tient tant...

Il y eut un instant de silence, chacun des deux était plongé dans ses pensées... l’atmosphère était plutôt détendue.

- Yuna, est-ce que ça t’arrive encore de penser au Gardien qui s’est sacrifié pour toi ?, demanda le maudit, la voix paisible, réfléchie.

L’Invokeur hésita, réfléchissant un instant, puis répondit :

- Il a marqué un passage de ma vie... Il m’a beaucoup donné, et je lui suis redevable. Il a sacrifié sa vie pour moi, et même au-delà de la mort, il continue à me servir, et m’être dévoué. Alucard m’aide seulement parce qu’une partie de Vincent est en lui. Il me manque, oui, énormément... Avant qu’il meure, je lui ai dit que je préférais que la personne qui m’aime, soit vivante à mes côtés, et non... morte. *elle fit une pause* Un premier amour ça s’oublie difficilement... mais mes sentiments envers lui ne sont plus les mêmes que dans le passé.

Shiguré hocha la tête, pensif. Après peu, il lui sourit, alors que son sourire semblait voilé d’une profonde tristesse.

- Je suis désolé si je t’ai brusquée tout à l’heure, au moment où nous nous sommes rendus compte que la malédiction avait été levée... Ce n’était pas mon intention. Je croyais que c’était ce que tu désirais...

- Est-ce que tu l’as fait parce que toi tu le désirais ou... ?

- J’ai peut-être l’air malicieux ou même superficiel, mais je suis toujours sérieux en ce qui concerne mes sentiments. Je ne me moque jamais des personnes que j’aime.

Il y eut un énième instant de silence, alors que le temps empirait : il allait bientôt neiger, ils auraient mieux fait de rentrer. Yuna sourit, heureuse, se mettant devant lui pour le regarder dans les yeux :

- C’est la même chose pour moi !, conclu-t-elle, lui serrant sa main.

Shiguré la regarda surpris, puis compris le sens de ces mots et lui sourit à son tour : pour les deux, ce qui était arrivé était important, et ils avaient été sérieux vis-à-vis de leurs sentiments. Il la serra contre lui alors que la neige commença à tomber autour d’eux, et posa ses lèvres sur celles de Yuna, l’embrassant avec une tendresse infinie. Une couleur rougeâtre sembla apparaître sur les joues de deux amoureux. Ils restèrent ainsi quelques instants, puis l’Invokeur se blottit contre lui, posant sa tête sur son torse alors que Shiguré lui caressait d’une main les longs cheveux, sa joue posée contre son visage. Il se pencha donc, approchant ses lèvres de son oreille, puis lui chuchota :

- Je t’aime...

Yuna, en toute réponse, se serra d’avantage contre lui, alors que des larmes de joie commençaient à couler sur ses joues : c’était la première fois qu’elle aimait quelqu’un qui l’aimait en retour, et que cet être aimé restait à ses côtés et ne devait pas abandonner... et cela la rendait extrêmement heureuse. Vincent symbolisait le passé à ses yeux, Shiguré le présent, et elle avait décidé de ne pas gâcher sa vie enfermée dans ses souvenirs, mais désirait vivre le présent... Oui, elle voulait vivre, avec Shiguré à ses côtés. Il l’embrassa sur le front, puis ajouta :

- Rentrons.

Alors qu’ils s’éloignaient ensemble, l’une dans les bras de l’autre, se tenant par la main, ils ne se rendirent pas compte que Akito, debout face à une des nombreuses fenêtre de la résidence Sôhma, les scrutait pensif.



Akito, observant Shiguré et Yuna dans le jardin de la résidence, était en train de réfléchir. Les sentiments... l’amour en particulier, était quelque chose qui touchait presque tous les êtres vivants, il en était conscient... dans une vie antérieure, ça l’avait touché aussi... mais il ne s’en souvenait pas. Shiguré s’était donc épris du Grand Invokeur ? Quelle honte, tomber aussi bas, au point d’être amoureux de quelqu’un ! Les sentiments, c’était vraiment quelque chose qu’il ne comprenait pas. Et il ne se souvenait pas d’avoir éprouvé de l’amour, à un moment de sa vie, ou même de l’amitié. Vide, le coeur de glace, voilà comment il croyait être : il pensait que rien ne pourrait jamais le toucher, le blesser... que personne n’aurait jamais pu se rapprocher de lui. Il préférait être seul.

- Dès que possible, je veux qu’on me ramène Shiguré ici..., chuchota-t-il, l’air plutôt en colère. Je lui ferai comprendre qui est le chef de la famille Sôhma, comme Hatori avant lui !

Alors qu’il était plongé dans ses pensées et qu’il observait les silhouettes de Shiguré et Yuna disparaître au loin, quelqu’un frappa à sa porte.

- Qui est là ?!, grogna-t-il. Je croyais avoir donné l’ordre de me laisser tranquille !

Quelqu’un ouvrit la porte, silencieusement, puis entra dans la pièce en refermant la porte derrière lui. Akito reconnu la personne qui venait d’entrer, et se rasséréna : sa colère sembla disparaître :

- Kureno, que t’arrive-t-il ?

Il s’avança vers lui puis, alors qu’il lui était arrivé en face, il s’appuya contre lui. Kureno ne sembla pas perturbé par ce geste, comme s’il en avait l’habitude, et répondit :

- Hatori m’a demandé de te prévenir que la Prêtresse Liseuse de Rêves est blessée, et se repose actuellement dans sa chambre privée.

- En quoi cela me concernerait-il ?!, l’agressa Akito, en colère.

- Je ne sais pas. Ne t’en prends pas à moi. Je vais retourner à mes quartiers. Désolé de t’avoir dérangé.

Kureno sorti de la pièce, refermant la porte derrière lui, laissant le chef des Sôhma seul dans la pièce. Sôhma Kureno, un des maudits par les douze signes du zodiaque chinois, le seul au sein de la résidence Sôhma ayant le droit de tutoyer Akito, sans doutes la personne qui lui était la plus proche et la plus dévouée. Akito réfléchit quelques instants : Hatori avait demandé à Kureno de le prévenir que Imari était blessée. Pourquoi ?! En quoi cela le concernait-il ?! Il se moquait bien du sort de cette fille inutile. Comment pouvait-elle se vanter d’être une des filles du Grand Invokeur décédé Braska ?! Il s’assit dans un coin de la pièce, regardant la neige qui continuait de tomber dehors, alors que le vent lui passait entre les cheveux noirs comme les plumes d’un corbeau. Il ferma les yeux, pensif.

- Quel idiot, cet Hatori !

Akito pensa à Braska. Il avait toujours pensé que c’était un Grand Invokeur digne de ce nom... Le seul être au monde qui se soit vraiment inquiété de son sort, désireux de le sauver de cette malédiction qui le hantait depuis tellement longtemps... Comment avait-il osé mourir ?! Quel idiot !! Perdre la vie juste au moment où il avait compris comment lever cette damnée malédiction !!

- Stupide... stupide... stupide !!! STUPIDE !!!!!

Akito se boucha les oreilles, criant le même mot plusieurs fois qui résonnait dans la pièce, comme à vouloir chasser de son esprit certaines pensées inutiles. Braska était mort, Auron et Jecht avec lui, c’était fini, il n’y avait plus rien à ajouter, il pouvait arrêter d’espérer. Avec sa mort, ses espoirs s’envolaient. Il lui avait fait confiance et il l’avait trahi. Il en avait marre de se souvenir de ce maudit jour... mais les cicatrices du passé ne s’effacent pas si facilement, il l’avait appris à ses dépends. Il posa une de ses mains sur sa hanche, puis sur son torse, réfléchissant... avec une main il s’ouvrit le kimono pour voir sa chair, passant l’autre main sur sa peau, toujours au niveau de sa hanche et de son torse... à ces endroits-là, il avait deux profondes cicatrices, qui n’auraient jamais disparu... sans doutes le signe de son désespoir, et de celui de Braska et ses Gardiens. Le jour de leur mort, Akito était là... et il se sentait responsable de ce qui était arrivé. Ils avaient pris trop à coeur la destiné des Sôhma, et désiraient plus que toute autre chose la changer. C’est avec ce désir qui les enveloppait, qu’ils étaient morts. Akito s’en voulait-il ?! Il ne le savait pas lui-même, mais ce dont il était certain c’est qu’il se sentait responsable, et cela le dérangeait au plus haut point !

- Braska... espèce d’baka...

Le Grand Invokeur était puissant, sûr de lui, c’est pourquoi il avait décidé de les aider. Akito se souvenait encore du sourire empli d’assurance qui se dessina sur le visage de Braska juste avant que son étincelle de vie ne finisse par s’éteindre. Il avait confiance... en ses filles ?! Il voulait qu’elles prennent le relais ? Impossible, des filles aussi... dégoûtantes. Braska était mieux que ces deux fillettes minables mises ensemble ! Il respira profondément. Il s’en voulait, en fait... parce que Braska était mort par sa faute... ou du moins c’est ainsi qu’il le percevait. Pour lever la malédiction, il avait accepté de sacrifier ce qu’il avait de plus cher au monde, ses Chimères, ses compagnons fidèles qui l’avaient servi tout au long de son pèlerinage, le protégeant. Mais Akito se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment, et après la mort de la première Chimère invoquée par Braska, Yojimbo, une Purgatrice naquit... cette Purgatrice responsable des profondes cicatrices de Akito. Qui aurait pu penser que, prit par l’inquiétude ou par un sentiment étrange de reconnaissance, Akito serait allé dans cet endroit désert que Braska avait choisi avec Auron et Jecht pour sacrifier ses Chimères ?! Qui aurait pu penser que Yojimbo Purgateur l’aurait choisi comme cible ?! Qui aurait pu penser que cette Purgatrice, munie de son sabre, l’aurait attaqué et blessé ?! Qui aurait cru que Braska, au péril de sa vie, choisisse d’aider un être misérable incapable d’éprouver un quelconque sentiment et qu’il connaissait à peine ?! Et qui aurait cru... que ça lui coûterait la vie... ?! Auron et Jecht, ne faisant pas le poids seuls contre la force dévastatrice de cette Chimère Purgatrice, moururent peu après que leur Maître soit grièvement blessé. Akito se souvenait avoir serré Braska dans ses bras, alors qu’il était grièvement blessé et qu’il se vidait de son sang, risquant de mourir. Akito, lui aussi blessé, perdu conscience sous l’effet de la douleur et du sang qu’il était en train de perdre chaque instant plus. Braska, grâce à ses grands pouvoir, soigna les blessures du chef des Sôhma pour s’assurer qu’il ne serait pas mort juste après lui : « Si vous mourez, Akito-sama, ce que je devais faire perdrait son importance. Pardonnez-moi de ne pas avoir été assez fort. Mais je sais qu’un jour, quelqu’un sera assez fort pour lever cette malédiction qui vous hante, alors... ayez confiance. »... ce furent les derniers mots que Braska lui avait adressé avant de périr, alors qu’un sourire empli de confiance se dessinait sur son visage. La Chimère Purgatrice mourut peu après le Grand Invokeur : sans Invokeur, une Chimère était incapable de survivre, même une Purgatrice. Akito n’était pas au courant de la mort du Grand Invokeur, il l’avait appris le jour du nouvel an par la bouche de ses deux filles... Ce fut à ce moment-là qu’il se rendit compte que la seule personne en qui il avait eu confiance, était morte désirant le protéger une dernière fois avant de mourir. Suite à cela, Akito était devenu de plus en plus enfermé, sa situation avait empiré, il était devenu de plus en plus colérique. La mort de Braska l’avait beaucoup affecté. Il s’en voulait sans doutes... Lui, il avait survécu, ne sachant pas vraiment comment... un Sôhma avait sans doutes dû s’inquiéter pour lui, Kureno peut-être, et était venu le ramener à la résidence.

- Assez !!, s’écria Akito, alors qu’il était seul dans la pièce, toujours en train de se boucher les oreilles avec force et colère.

Les pensées concernant Braska semblèrent le laisser enfin tranquille... Il se leva, alors que ses mains tremblaient encore, sous l’effet de la colère. Il sorti de la pièce, en fermant la porte de la pièce derrière lui. Il avança pendant quelques temps le long des couloirs de la résidence Sôhma : ils étaient vides et sombres, il pouvait entendre le bruit de ses pas raisonner. Après peu, il se retrouva face à la pièce dans laquelle se reposait Imari. Il s’arrêta d’un coup. Il hésita un instant puis, voyant qu’autour de lui il n’y avait personnes, décida d’entrer pour voir dans quel état était la Prêtresse qui l’avait sauvé. Après être entré, il ferma la porte derrière lui, s’approchant ensuite du lit dans lequel elle reposait. Il la dévisagea quelques instants dans son sommeil, elle avait l’air tranquille, on n’aurait pas dit qu’elle était malade. Il approcha son visage à celui de Imari, toujours en l’observant... Une des filles de Braska... peut-être devait-il essayer de lui accorder un peu plus de respect ?! Elle était quand même la fille de la seule personne au monde qui s’était inquiétée pour lui... Il lui passa une main sur le visage, le débarrassant de quelques cheveux, et continua à l’observer. Des traits, dans son visage, lui rappelaient le Grand Invokeur décédé : ces traits efféminés semblaient adoucir le visage de Imari plus que celui de son père.

- J’ai tué ton père..., chuchota-t-il. Je suis... un ange déchu... Comment peux-tu te faire du souci pour moi... ? Ah, oui... Tu ne sais pas que c’est moi qui l’ai tué... c’est sans doutes pour ça que tu ne me hais pas.

Il parlait à Imari, alors qu’elle était profondément endormie : il ne voulait pas qu’elle l’entende.

- Tu es pâle... mais tes lèvres sont pourpres comme le sang... ça me rappelle... mon sang versé à cause de ton père.

Il caressa les lèvres de Imari avec un doigt, puis s’approcha d’elle. Les mains de Akito étaient brûlantes à causes des douloureux souvenirs dont il venait de se rappeler et à cause de cela, Imari se réveilla, ouvrant les yeux alors que le chef des Sôhma s’approchait d’elle.

- A... Akito... ?

Il s’arrêta d’un coup, ne s’attendant pas à ce qu’elle se réveille. Il recula d’un coup, enlevant sa main du visage de la Prêtresse, tout en faisant un pas en arrière.

- Que... t’arrive-t-il... Akito ?!

Imari se releva légèrement, se sentant toujours mal, ayant des difficultés à respirer. Un voile rougeâtre sembla couvrir les joues de la Prêtresse, alors qu’elle se tournait vers le chef des Sôhma : c’était sans doutes à cause de sa fièvre. Elle avait chaud, et transpirait, sa respiration accélérait... Akito n’avait pas bougé. Il la fixait, sans pouvoir détourner le regard d’elle. « Akito... Je t’aime. » Il se souvint des mots prononcés par Imari alors qu’elle essayait de lever sa malédiction. De toutes les façons, il ne comprenait rien à l’amour. Une sensation étrange l’enveloppa. D’un coup, sans réfléchir, se laissant guider par son instinct à ce moment-là, il s’approcha d’elle, lui posant une main sur le dos et en l’empoignant sur le menton avec l’autre main. Imari, surprise, le fixa restant en silence et n’osa pas bouger d’un pouce. Akito s’approcha d’avantage de la Prêtresse, il ferma les yeux et leurs lèvres s’effleurèrent.

- Nn..., chuchota Imari alors que le chef la serrait de plus en plus fort au menton.

Elle n’arrivait plus à se dégager, elle avait mal. Akito l’embrassa violemment, les lèvres d’Imari commencèrent même à saigner légèrement, mais ce n’est pas pour autant qu’il s’arrêta. Puis, tout d’un coup, Akito ouvrit les yeux, comme s’il venait de se réveiller, et s’arrêta brutalement.

- Qu’est-ce que... ?

Il lâcha la Prêtresse, en reculant de quelques pas, alors qu’elle essuyait le sang coulant de ses lèvres, reprenant avec difficulté à respirer normalement. Il y eut un instant de silence, qui sembla éternel... Imari, alors qu’elle commençait à se sentir mieux, leva le regard vers Akito. Ce qu’elle vit, ne lui plu pas du tout : c’était sans doutes la première fois qu’elle le voyait dans cet état. Il s’approcha d’elle, ne retenant pas sa colère, la saisissant avec force par le haut de son kimono :

- Espèce de petite traînée ! Comment as-tu osé !! Que m’as-tu fait ?! Tu vas me le payer !!

Sans se rendre compte de ses actes, il la frappa avec colère au visage, sans retenir ses coups. Imari cria, sous l’effet de la douleur, et après peu, quelqu’un entra dans la pièce :

- Akito, que fais-tu ?!

Kureno, qui n’était pas très loin, arriva précipitamment dans la pièce, saisissant Akito avec force, l’éloignant d’Imari, en larmes. Il tourna le chef des Sôhma vers lui, le tenant par les épaules :

- Akito !! Reprends-toi !! Mais qu’est-ce qui t’arrives !! Tu deviens fou !! Calme-toi !!!

- La ferme !! Comment ose-tu me donner des ordres, à moi !

Kureno esquiva un coup du chef des Sôhma qui lui était adressé, pour ensuite saisir Akito par derrière, pour qu’il ne puisse plus bouger.

- Lâches-moi ! Lâches-moi !!

- Mais que s’est-il passé !!

- Lâches-moi !!!

- Que se passe-t-il ici ?!

Hatori entra dans la pièce, après avoir entendu les cris d’Akito. Voyant la situation, il ne savait pas comment réagir... mais il désirait faire quelque chose. Il s’approcha du chef de la famille, aidant Kureno à le retenir.

- Calmez-vous, Akito !

Le chef des Sôhma s’arrêta d’un coup, se rendant compte que Kureno et Hatori essayaient de le retenir. Il leva le regard vers Imari. Il se calma.

- Lâchez-moi, bande d’imbéciles.

Il se dégagea de la prise des deux maudits et sorti de la pièce sans ajouter un seul mot. Une fois seuls, Hatori regarda Imari :

- Ne vous inquiétez pas, Prêtresse. Je vais prendre soin de vous. Kureno, tu peux y aller, je m’occupe du reste.

- Bien. J’ai compris.

Kureno sorti de la pièce en silence, laissant Imari aux soins de Hatori. Dans la pièce, il y eut un lourd silence pendant quelques instants, puis le maudit demanda :

- Voulez-vous que je fasse appeler votre soeur ?

- Non, ça ira... merci..., ajouta-t-elle en essuyant les larmes et le sang sur son visage.

- Vous êtes sûre ?, insista-t-il.

- Oui... s’il te plaît, ne la dérange pas pour si peu.

- Bien, comme vous le désirez...

Il y eut un autre instant de silence, bien plus difficile à vivre que le précédant... Imari le brisa :

- Qu’est-il arrivé à Akito ?!

Hatori soupira, l’air inquiet :

- Comment pourrais-je le savoir... Il agit toujours de façon tellement... étrange, incompréhensible. Impossible de savoir ce qu’il pense.

- Je comprends...

- C’est difficile à vivre... pour vous, je veux dire. N’est-ce pas ?

Imari s’allongea à nouveau, soupirant à son tour :

- Un peu...

Hatori lui mit un pansement sur le visage, là où elle était blessée, après avoir essuyé le sang et les larmes. Puis, il ajouta :

- Voulez-vous que je vous laisse seule ?

- Oui... s’il te plaît.

Imari avait du mal à retenir ses larmes et le maudit le remarqua très vite, c’est pourquoi il n’ajouta rien et après avoir acquiescé, il sorti de la pièce, fermant la porte derrière lui. Peu de temps après, la Prêtresse s’effondra en larmes, alors que le noir de la pièce l’enveloppait.



Shiguré et Yuna avançaient à pas lent vers la maison du maudit par le signe du chien. En y pensant, entre eux, il y avait une grande différence d’âge... 18 et 27 ans... Ce n’était pas à négliger face aux autres... Mais s’en souciaient-ils ? A cet instant, pas le moins du monde ! Lorsque les murs de la maison de Shiguré apparurent à l’horizon, ils ralentirent plus encore le pas.

- Je n’ai pas envie d’arriver..., souffla Yuna.

- Pourquoi ?, demanda doucement Shiguré, le regard malicieux comme s’il connaissait déjà la réponse et en savait l’erreur.

- Parce qu’il y aura Yuki et Kyô... et je suis certaine qu’ils ne vont pas nous laisser... tranquilles...

Shiguré émit un petit rire joyeux puis se pencha vers elle avant de lui répondre, son visage collé à celui de Yuna, à l’arrêt sur le chemin neigeux de la forêt :

- Ils sont à l’école. Ils ont repris les cours, aujourd’hui.

Puis, il l’embrassa vivement. Yuna comprit ce qu’il se passait en lui et s’en amusa. En deux secondes, elle s’échappa des bras de son amant et commença à courir, riant joyeusement. Elle jeta un regard malicieux au pauvre Shiguré qui la détaillait, surpris et irrésistible.

- Ça, tu vas me le payer !, ria-t-il.

Il commença à lui courir après alors qu’elle s’éloignait vivement, se rapprochant de la maison. Ils rirent ensemble, et comme elle courrait elle pouvait entendre le rire chaud de son amant qui s’approchait. Ce fût lorsqu’ils atteignirent la porte qu’il la rattrapa et la plaqua contre le mur d’entrée. Il l’embrassa avec un désir démesuré, dont elle ignorait la force jusqu’à cet instant !

- Nnh... C’est plutôt rapide... Shiguré !, murmura-t-elle, le souffle coupé alors qu’il lui embrassait le cou.

- Où est... le problème ?

Yuna ne su quoi répondre, en fin de comptes c’est ce qu’elle désirait aussi et ils se retrouvèrent ainsi à se déshabiller, se dirigeant vers la chambre de Shiguré, l’un dans les bras de l’autre.

- Tu es mignonne... quand tu buttes, sourit Shiguré, essoufflé de se contenir.

Yuna avait du mal à enlever la chemise qu’il avait mise. Pourquoi une chemise, d’ailleurs ?! Il lui enleva les premiers boutons de son chemisier, son pull déjà à terre.

- Ce n’est pas la première fois... pour toi... n’est-ce pas... ?!

Il y eut un instant de lourd silence, une certaine gêne en repensant au passé qui était sans doutes la cause de ce malaise. Puis, elle lui répondit, honnête :

- Non... ça ne l’est pas...

- Pour moi, ça l’est...

- Tu n’as pas peur de... regretter... ?

Shiguré la serra contre lui, l’embrassant dans le cou :

- Jamais de la vie. Tu es celle que j’ai choisie... et toi, tu n’as pas peur de regretter... ?

- Non, je suis sûre de moi... !

Elle se blottit d’avantage dans les bras de celui qu’elle aimait, celui qui représentait le présent, le bonheur. Leurs voix étaient essoufflées, rauques. Shiguré, sachant maintenant que Yuna était sûre de ce qu’elle faisait, il la poussa délicatement sur le lit avant de la rejoindre dans un mouvement long et, comme elle le voyait, minutieusement étudié. La fille de Braska approcha tendrement la tête de son amant à la sienne, et l’embrassa. Ils brûlaient de désir, tous les deux ensembles.

- J’ai envie de toi..., chuchota Shiguré à son oreille.

Ils étaient allés trop loin pour que l’un ou l’autre ressente de la gêne à ces simples mots : ils décrivaient exactement l’état dans lequel ils étaient actuellement. Décidé, Shiguré déboutonna le bas de la chemise de Yuna alors qu’il n’en pouvait plus. Avant de passer sa main sur son corps, il la détailla béatement : elle avait un corps sublime, proportionné d’une façon si... !

- Un ange..., murmura Shiguré en s’approchant d’elle pour embrasser son ventre et y passer ses mains.

Il la caressa doucement, l’embrassa fiévreusement et chercha les points sensibles de ce corps, ces endroits où le désir de son aimée était décuplé. Pendant ce temps, Yuna avait finit de défaire la chemise de Shiguré, la lui avait enlevée et s’attaquait à son pantalon. Mais Shiguré était véritablement un meneur. Il attrapa les deux mains de Yuna et les plaqua au dessus de sa tête. Cette seule position la fit paraître plus désirable encore aux yeux de l’ancien maudit par le signe du chien, et il remarqua qu’elle répondait avec bien plus d’abandon à ses caresses. Lorsqu’elle poussa son premier gémissement, il eut l’impression de recevoir une rafale de désir en lui. Enfin, il lâcha ses mains pour s’attaquer à son pantalon : il le défit très vite et pris un malin plaisir à faire glisser sa culotte lentement, tout en passant ses mains sur toutes ses courbes. Il la regarda. Elle était belle : le visage fiévreux, ses cheveux noirs emmêlés, ses étranges yeux qui électrisaient, bleus acier et vert émeraude dans le vague à ce moment, le corps musclée mais mince. Il la laissa lui enlever son pantalon et l’aida même avec son caleçon, traînant les mains de la jeune fille sur son corps, comme il l’avait fait avec elle. Et il sentait le désir de Yuna monter, et monter encore, au fur et à mesure qu’il se dévoilait. Il reprit vite sa position dominante et alla toucher l’endroit le plus intime de son aimée. A ce moment, il fût sûr d’une chose : personne ne l’avait jusqu’alors éveillée à un tel appétit pour ce genre de chose. A savoir, le sexe ! Il entreprit de faire avec Yuna ce qu’il n’avait jamais pensé pouvoir faire avec une autre. Lorsqu’il était en elle, il la fit gémir jusqu’à ce que sa voix ne puisse plus sortir que des chuchotements, et l’aima jusqu’à ce que l’un des deux n’en puisse plus... et il fût surpris en voyant que c’était lui : il était épuisé, elle l’avait vidé ! Ils s’aimèrent ainsi pendant des heures, en ce premier contact physique avec plaisir. Puis, ils passèrent le reste de la journée collés l’une à l’autre : mangeant les yeux dans les yeux, regardant à peine ce qu’ils enfournaient dans leur bouche... ça aurait pu être n’importe quoi, ils auraient tout avalé sans peine !

- Tu es belle... Belle comme un ange !, ne cessa de lui répéter Shiguré pendant cette journée qui resterait à jamais gravé dans leur mémoire. Yuna rougissait et lui répondait :

- Et toi, tu es magnifique aussi...

Mais il ne rougissait pas : il souriait et l’embrassait avec une certaine fougue. Il n’était pas impressionnable, et Yuna chercha toute la journée comment le faire perdre contenance. Elle trouva la réponse à l’arrivée tonitruante de Yuki et Kyô.

- Tu n’es qu’un baka de chat !, criait Yuki.

- C’est bon ! Je suis sûr que t’aurais fait pareil, rat stupide !

- Lui donner un coup de poing en pleine figure ?! Mais oui, bien sûr : j’aurais eu l’air aussi con que toi, mon pauvre, non merci !

- Tu sais ce qu’il te dit le con, espèce de rat à tiques ?!

- Vous avez fini, peut-être ?, demanda nonchalamment Shiguré, surgissant à l’entrée et les surprenants.

Sans réfléchir, Yuna s’approcha et écouta :

- Toi, lâches-nous la grappe !, s’écria Kyô en rage.

- Kyô ! Comme tu es méchant !, répondit son aîné en riant.

Puis deux bras vinrent encercler sa taille, le coupant dans une réplique qu’il aurait aimé faire. Yuna se mit sur la pointe des pieds et lui mordilla sensuellement l’oreille face à Yuki et Kyô, médusés. Le jeune homme rosit légèrement : elle faisait ça devant... sa famille ! Voyant la couleur que prenaient les joues de son Shiguré, Yuna s’arrêta puis chuchota, en rigolant :

- Je t’ai eu...

Et elle partit avec un petit rire qui ramena à la réalité les deux lycéens.

- Non mais je rêve !, s’écria Kyô.

- Si tu rêves, alors moi aussi..., grogna Yuki.

- Euh... Hum... Qu’est-ce que vous avez à me reprocher ?, demanda-t-il enfin en souriant malicieusement, ce qui acheva de tétaniser Yuki et Kyô.

- Elle l’a fait exprès !, se disait Shiguré avec envie.

Ce genre de farce avait le don de le mettre dans un de ces états ! Son pantalon était d’un coup beaucoup trop serré...

- S’ils le voient, je suis fait...

- Eh, regarde !, s’écria Yuki en montrant le bas ventre de Shiguré, où se nichait une généreuse boule coincée.

- Je suis mort..., pensa Shiguré.

- Non mais j’y crois pas !, continua Kyô. Je suis sûr qu’il l’a fait !

- Ouais...

Et la discussion continua alors que Yuna se délectait du spectacle en entendant les voix : Shiguré en proie ! Elle allait en baver après ça ! Qu’est-ce qu’il allait lui faire pour se venger ? Quand elle y pensait, elle frissonnait à l’avance ! Volupté, amour, sensualité !



/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(6ème partie)



La nuit tombait, et les ténèbres de la nuit enveloppaient la résidence Sôhma. Imari n’avait pas bougé : après l’accident de quelques heures plus tôt avec Akito, elle était restée allongée dans le lit de la chambre qu’on lui avait confiée. Elle fixa le plafond quelques instants, pensive... Qu’était arrivé à Akito ?! Elle ne comprenait pas sa réaction... Même Hatori et ce Kureno semblaient surpris de le voir dans cet état...

- Comme c’est étrange..., chuchota-t-elle.

Elle médita sur ce qui lui était arrivé... Elle n’avait pas rêvé : c’était bel et bien Akito qui l’avait embrassée. Alors, pourquoi cette réaction incompréhensible ?! Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, elle sentit la présence de quelqu’un : cette personne entra dans sa chambre, y pénétrant en silence, pour ensuite refermer la porte derrière elle. Imari se pencha légèrement, pour voir qui est-ce qui venait lui rendre visite. Elle se figea sur place en voyant que celui qui était venu la voir était bel et bien... Akito. Elle n’osa pas parler en première, se souvenant de ce qui lui était arrivé quelques heures plus tôt, et elle attendit donc que le Sôhma s’avance vers elle, la dévisageant. Il portait un kimono noir et blanc, le symbole du « Yin » et du « Yang » dessiné à la hauteur de son torse, représentait bien le caractère de Akito : parfois doux et agréable, autrefois cruel et sans coeur ni pitié. Ce Sôhma représentait bien ces deux opposés...

- Est-ce que... tu vas bien... ?, chuchota Akito, alors que Imari était perdue dans ses pensées.

Ces quelques mots la ramenèrent à la réalité : il s’inquiétait pour elle ? C’était pour cette raison qu’il était venu la voir ?!

- Euh... oui, je vais bien... je crois..., répondit-elle, légèrement gênée, ne sachant pas comment se comporter face à une telle réaction.

Elle ne s’attendait pas à recevoir sa visite, surtout après ce qui s’était passé entre eux quelques heures plus tôt.

- Je suis... rassuré.

Il y eut un instant de silence qui parût interminable : visiblement, aucun des deux ne savait quoi dire. Ils se dévisagèrent, puis Akito commença :

- Ce n’était pas... voulu. *il fit une pause, l’air gêné* Lorsque je suis avec toi... je ressens quelque chose d’inconnu, d’inexplicable... et ça me rend... nerveux.

Imari le fixa sans savoir quoi dire : essayait-il de... s’excuser ? S’en voulait-il à cause de la réaction qu’il avait eue quelques heures plus tôt ?! Elle reçu la réponse à ses questions peu après, de la bouche de Akito lui-même :

- Je suis venu... m’excuser. Je m’en veux d’avoir réagi comme je l’ai fait... ce n’était pas... contre toi... mais c’était plutôt... contre moi...

La Prêtresse s’assit sur le bord de son lit, sans arrêter de le fixer, étonnée, surprise : elle ne s’y attendait pas du tout... même si maladroitement, Akito était en train de lui ouvrir son coeur.

- J’ai toujours eu du mal... avec les relations avec les autres... les sentiments ne représentent pas beaucoup à mes yeux mais... si pour toi, ils sont si importants... peut-être alors... devrais-je y accorder... plus d’importance.

- Ah...

La Prêtresse ne savait pas quoi répondre : comment se pouvait-il qu’il ait si vite changé de façon de faire ?! Que s’était-il passé... ? Akito sembla se rendre compte de ces question que Imari se posait, et décida d’y répondre, désireux lui-même de connaître des réponses à certaines questions :

- Pourquoi... as-tu pu sceller... Mudoru... ?!

La fille de Braska se figea, ne sachant pas quoi répondre... Elle réfléchit quelques instants... « Mudoru est scellé par ce que tu ressens pour Akito et par ce qu’il ressent pour toi ! Si vous ne ressentez rien, l’un pour l’autre, la malédiction ne pourra jamais être levée. » Elle repensa, entre autres, aux mots de Alucard... Mudoru, scellé par ce que Imari ressentait pour Akito, et... et ?! Par ce que... Akito ressentait pour elle... ?!

- Ah ?!, exclama-t-elle, en comprenant enfin ce à quoi Akito avait pensé, avant de venir la voir.

- Mudoru... scellé par ce que tu ressens pour moi...

- ... et par ce que tu ressens pour moi...

- Oui...

- Cela signifie que..., ajouta Imari en réfléchissant.

- ... que tu as des sentiments pour moi, à ce qu’il paraît !

- ... et que tu as des sentiments pour moi, toi aussi...

- Oui...

Les deux se regardèrent, alors qu’ils rougirent, chacun à leur tour... Imari d’abord, suivie tout de suite après par Akito. A ce moment-là, ils avaient tous deux l’air plus fragile que jamais... Un lourd silence enveloppa la pièce, aucun des deux ne savait quoi ajouter, quoi dire, pour briser ce silence... Akito s’approcha d’elle, baissant la tête :

- Donc... ?!

- Donc ?!, demanda Imari sans comprendre.

- Je pense que mon problème... c’est que je refoule mes sentiments... peut-être est-ce plus facile que de les exprimer... mais... que suis-je sensé faire, maintenant...

Imari se pencha de son lit en souriant tendrement, s’approchant de celui qu’elle aimait. Elle le prit dans ses bras, le rapprochant d’elle, la tête de Akito posée sur sa poitrine.

- J’aime... l’odeur de ta peau... tu es tellement... douce...

La Prêtresse rougit alors, sans savoir comment réagir. Voir Akito dans cet état l’inquiétait au plus haut point... que faire ?! On n’aurait même plus dit la même personne... Alors qu’elle était plongée dans ses pensées, les mains de Akito s’étaient posées sur son dos, la gardant contre lui... après peu, il releva la tête, approchant ses lèvres de celles de la Prêtresse, pour ensuite l’embrasser inexpérimenté, timidement, tendrement... C’était un baiser craintif et maladroit, son premier sans aucun doute. Imari lui rendit ce baiser avec affection, l’encourageant comme elle le pouvait, même si elle ne savait pas non plus comment réagir face à un Akito aussi désemparé. Ils se rapprochèrent d’avantage, l’un de l’autre, Imari assise au bord de son lit et Akito debout juste devant elle, lui passant une main entre les longs cheveux, noirs comme la pelure d’un corbeau, tout en lui caressant la joue avec l’autre main, puis les lèvres, descendant ensuite sur le cou...

- Tu es... très belle... Imari...

- Tu es beau... toi aussi... comme une divinité...

Ils se regardèrent timidement : une fois de plus, leurs yeux se rencontrèrent et ils ne purent s’empêcher de rougir d’avantage. Mais cette fois, la gêne qu’ils ressentaient sembla les amuser, et les deux commencèrent à rire allégrement. Après peu, Akito lui demanda :

- Est-ce que tu as déjà été... avec quelqu’un d’autre... avant... ?!

Il sembla gêné, et Imari lui répondit avec honnêteté :

- Non... personnes. Tu es... le premier...

- Je suis... rassuré... au moins, je n’aurai pas l’air trop... inexpérimenté... à tes yeux...

Imari le fixa : s’il y avait bien quelqu’un qui avait peur de ne pas être à la hauteur, c’était elle... Alors que son coeur battait à la chamade, elle passa une main en dessous du kimono de Akito, lui caressant le torse avec maladresse : sa peau était douce, ça lui donnait envie de l’embrasser. Le chef des Sôhma la laissa faire, se laissant aller aux caresses, à la tendresse qu’il recevait pour la première fois... Ils s’embrassèrent, amoureusement, alors que Akito commençait à prendre quelques initiatives : il passa la main en dessous du haut de Imari, lui caressant le dos, puis le ventre, pour ensuite défaire quelques ennuyeux boutons et embrasser le cou de son aimée. Alors que leur respiration accélérait, pendant qu’ils se découvraient l’une l’autre, Akito s’arrêta et, s’approchant à son oreille, il lui chuchota :

- Sortons d’ici...

Il la prit dans ses bras, la soulevant, alors que Imari s’agrippait au cou de son amant... Ils sortirent de la pièce, s’avançant vers la chambre d’Akito. Alors que le chef des Sôhma ouvrit la porte, il cru percevoir quelqu’un, une ombre au fond du couloir, mais n’y prêta pas particulière attention : il pénétra dans sa chambre, fermant la porte derrière lui. Il allongea Imari sur son lit, puis lui murmura :

- Nous serons plus tranquilles, ici...

Imari, se mettant accroupie sur le lit, le haut de son kimono déboutonné qui laissait entrevoir une partie de son corps, le regarda, alors qu’il la fixait avec son regard énigmatique, mystérieux, ténébreux, qui lui était propre : elle n’avait jamais vu des yeux comme les siens, noirs et inexpressifs, capables de jeter un des plus cruels regards au monde. Akito s’approcha du lit, s’allongeant furtivement à ses côtés, tout en s’ouvrant le kimono :

- Tu as un corps sublime...

Il lui vola un long baiser, alors que la timidité et la crainte de quelques minutes plus tôt semblèrent avoir disparu. Akito s’imposa à elle, faisant glisser la jupe de son aimée le long de ses jambes, tout en la caressant sensuellement. Il lui détacha ses longs cheveux noirs, tout en la fixant dans les yeux bleuâtres, merveilleux et profonds, qui rappelaient la mer dans toute sa splendeur. Un baiser sur le ventre de Imari, ensuite sur son cou, puis sur sa joue, effleurant ensuite ses lèvres... un baiser sur les blessures que lui-même lui avait provoqué lors de sa colère, un baiser sur ses mains qui avaient voulu le soutenir de toutes leurs forces. Elle fit glisser le kimono de Akito le long de son corps, le laissant en caleçons, tout en le caressant. Alors qu’elle faisait glisser ses mains sur le corps de son aimé, elle arriva au niveau de son torse, de sa hanche... elle pu sentir qu’il avait de profondes cicatrices rien qu’en les effleurant, et se penchant donc un peu, elle embrassa les marques du désespoir de Akito. Alors que leurs habits gisaient désormais au bord du lit, les caresses se firent de plus en plus intimes, chacun cherchait les points sensibles de l’autre, avec calme, désir, rien ne les pressait... Imari gémit, alors que Akito venait de découvrir son point de plus sensible, le léchant avec envie, envie que chacun des deux se sente bien, envie de prendre une position dominante. La Prêtresse lui rendit les mêmes caresses, toujours si tendres, découvrant à son tour quels endroits lui procuraient le plus de plaisir. Le désir montait, montait encore, alors qu’ils se découvraient et s’aimaient, toujours plus proches, dans la chambre de Akito, alors que la nuit les enveloppait. Leur respiration accélérait de plus en plus, leurs corps humides sous l’effet du plaisir et de l’envie.

- Est-ce que tu veux aussi... aller plus loin... ?, demanda un Akito essoufflé à la fille de Braska qu’il tenait dans ses bras.

Imari le dévisagea, d’un regard qui avait plus de signification que n’importe quel mot, désireuse de lui faire comprendre que s’arrêter maintenant était impossible, impensable. Étant tous deux sûrs de ce qu’ils faisaient, Akito fit l’amour à son aimée, longtemps, très longtemps, se serrant de plus en plus l’un contre l’autre. Imari eu légèrement mal, mais cette douleur mêlée de plaisir rendait cet instant encore plus merveilleux, plus inoubliable. Ce bien-être prit fin alors que Akito, épuisé, s’allongea aux côtés de la Prêtresse, tout en la serrant dans ses bras. Ils se fixèrent quelques instants, tout en souriant, jusqu’au moment où, sous le poids de cette exténuante satisfaction, ils s’endormirent, l’un dans les bras de l’autre. Le silence et la nuit les enveloppèrent, alors que leurs visages étaient éclairés par la lumière de la pleine lune, qui s’élevait dehors, haut dans le ciel...



- Hum... Ha... Hatori-chan... A... Arrête...

- Hum ?! Que se passe-t-il... ?, chuchota-t-il.

- Si Akito nous voit... qu’allons-nous... ?

- Ne t’inquiète pas... Il ne viendra pas...

- Tu es... ?

- Oui, j’en suis certain...

Puis, un tendre baiser... une pluie de caresses, de la douceur, du désir... et plus encore. Blottis l’un dans les bras de l’autre, alors que les ténèbres de la nuit les enveloppaient, pour empêcher à Akito d’être témoin de leur amour...



/! La suite bientôt !! /!
Yuna Sôma
(7ème partie)



A ce moment de l’année, l’hiver approchait à grands pas... Avec lui, les vents gelés et la première neige arrivèrent. L’immense prairie, les forêts qui entouraient la maison où vivait Muramasa... chaque chose était recouverte d’un blanc pur et immaculé. Non loin de la demeure de leur Maître, Yukimura, Kyô et Kenshin s’entraînaient, leur sabre à la main. Après avoir parlé à Muramasa, ils décidèrent que, avant de rentrer, ils devaient devenir plus forts, pour pouvoir venir en aide aux filles de Braska en cas de besoin... et selon eux, la meilleure manière pour devenir meilleurs dans l’art du maniement du sabre, était s’entraîner aux côtés de Muramasa, le plus grand sabreur de tous les temps. Depuis leur arrivée, quelques jours avant, jusqu’à ce jour, les trois Gardiens sortaient dans ces immenses plaines enneigées, après avoir enfilé leurs kimonos gris et bleus, pour s’entraîner à ce seul art auquel ils avaient été éveillés. De temps à autres, Muramasa venait corriger leurs mouvements, leurs techniques... disant souvent qu’ils n’avaient plus besoin de ses enseignements, étant devenus eux-mêmes à leur tour des braves sabreurs. Kenshin, le plus inexpérimenté, demandait souvent à être soutenu et corrigé pour pouvoir s’améliorer, et c’est un avec un sourire que Muramasa répondait :

- Tu connais les bases des techniques. Maintenant, seulement l’entraînement pourra t’aider à progresser. Et si vraiment tu nécessites de l’aide, n’oublie pas que tu as à tes côtés deux experts dans le maniement du sabre !, concluait-il en faisant référence à Yukimura et Kyô, qui remerciaient, gênés.

Les jours passaient, et ils n’avaient pas l’impression d’avoir progressé depuis le premier jour, même s’ils avaient l’impression d’être de moins en moins essoufflés lorsqu’ils s’entraînaient dehors, dans le froid.

- Raah, j’en ai marre de cet entraînement inutile ! C’est juste une perte de temps !, grogna Kyô, s’allongeant par terre.

- Tu ne sais faire rien d’autre que râler, comme d’habitudes !, rigola Yukimura, s’asseyant à ses côtés.

- Vous avez l’impression de ne pas avoir progressé, depuis votre arrivée ici ?, demanda Kenshin, surpris.

- Exactement !, répondit Kyô, ayant l’air en colère.

- Moi, je n’ai pas la même impression..., ajouta Kenshin, pensif.

- C’est sans doutes parce que le niveau entre nous est différent... mais si tu progresses, c’est tant mieux ainsi !, sourit Yukimura, s’adressant aimablement à son cadet.

Il y eut un instant de silence, les Gardiens se contentaient de respirer profondément, leurs sabres à la main allongés le long de leur corps, admirant le ciel nuageux d’hiver. Alors qu’ils se reposaient, ainsi, Kenshin prit la parole, l’air pensif :

- Qu’allons-nous faire avec le Grand Invokeur et la Prêtresse ?

- Que devrions-nous faire ?!, demanda Kyô, moqueur.

- Si nous avons décidé de rester auprès de Maître Muramasa quelques temps... ça signifie que nous avons prit notre décision, n’est-ce pas ?, expliqua Yukimura.

Un énième silence les enveloppa, mais cette fois-ci ce fut Kyô à le briser :

- Raah, ces filles nous causent vraiment beaucoup d’ennuis et de soucis !

Il rigola, jetant un regard à ses deux camarades qui, après s’être dévisagés, rirent joyeusement avec lui.

- A ce que je vois on s’entraîne dur, ici !

L’arrivée de quelqu’un attira leur attention.

- Ah, Maître !, l’accueillit Yukimura.

- On faisait juste une pause, ajouta Kyô, un sourire aux lèvres.

- Encore une ?!, sourit Muramasa.

- Raah, ne vous moquez pas, Maître !, ajouta Kyô, se relevant, toujours en souriant aimable.

L’atmosphère était toujours détendue lorsque Muramasa était avec eux. Ils entretenaient une bonne relation, tous les quatre, sans doutes grâce aux nombreux moments vécus ensemble depuis que les trois Gardiens étaient devenus les disciples de Muramasa.

- Maître, vous ne voudriez pas nous imposer un entraînement, comme au bon vieux temps ?!, demanda Yukimura, désireux de pouvoir se sentir à nouveau l’élève du plus grand sabreur au monde.

- Un exercice, dis-tu..., répondit-il, pensif.

Il y eut un instant de silence, puis Muramasa sourit aimable, prenant le sabre qui se trouvait entre les mains de Yukimura. Il s’approcha d’un arbre qui n’était pas loin alors que ses élèves le suivaient et il s’y arrêta en face. Ensuite, il s’appuya à son tronc, le secouant : de la neige et des feuilles tombèrent. Il dégaina son sabre d’un geste majestueux, puis coupa en deux les quelques feuilles qui se trouvaient dans les airs à moitié... puis, avec un mouvement rapide, il changea la direction de son sabre en coupant ainsi les moitiés de feuilles qui flottaient encore. Il s’arrêta donc, ses disciples le regardant étonnés.

- Essayez de faire pareil !, conclu Muramasa, l’air toujours aussi calme, rendant, d’un geste élégant, son sabre à Yukimura.

Les trois se dévisagèrent, surpris, ne sachant pas quoi répondre. Le vent souffla, passant entre les longs cheveux dorés de leur Maître, qui sourit une fois encore. Ses disciples le regardèrent : ils le connaissaient depuis longtemps, mais en toutes ces années passées il n’avait jamais changé... il était toujours resté aussi pur, aussi divin, posé, serein, dégageant cette aura de sagesse qui lui était propre...

- Et moi, puis-je essayer aussi, père ?

Tokito apparut derrière eux, en souriant joyeux à son père et ses disciples. Muramasa le prit dans ses bras, le soulevant de terre :

- Ce n’est pas à moi de te dire ce que tu peux ou ne peux pas faire ! Il faudra que tu demandes à Sanzô-sama !, sourit Muramasa, le serrant contre lui.

- Sanzô-sama ?, demanda Kyô surpris, alors que derrière lui, Yukimura se livrait à l’entraînement imposé par leur Maître, essayant lui aussi de découper les feuilles plusieurs fois.

- Le Maître de Tokito. Un moine bouddhiste comme on en voit peu, rit-il. Il lui enseigne les bases, ce que l’on doit savoir lorsqu’on veut devenir Maître de l’art du sabre.

- Non, pas ainsi !

Muramasa, Tokito et Kyô se tournèrent d’un coup vers la personne qui venait de parler, l’air amusé. C’était Yukimura qui, près de l’arbre, se mettant juste derrière Kenshin et l’aidant avec ses deux mains à brandir son sabre, essayait de lui faire comprendre comment faire pour réussir l’exercice que leur Maître venait de leur montrer. Yukimura essaya une énième fois de lui montrer, l’aidant à bouger correctement, sous les yeux de son Maître :

- Raah, mais non ! Eh ! Arrête, tu vas finir par me couper les cheveux !

- Ahahahaa !

- Eh ! Ce n’est pas marrant !, rigola Yukimura.

- Je n’ai pas fait exprès...

- Quoi donc ?

- Tes cheveux...

- Hum... ?!

Les deux regardèrent à terre, où gisait une mèche brune de Yukimura.

- Je n’y crois pas !!

Yukimura se passa une main entre les longs cheveux. Ils rigolèrent tous les deux, une ambiance paisible, sereine s’étant installée entre eux.

- Si le but de l’entraînement avait été de me coiffer, tu aurais sans doutes réussi avec les meilleurs points !

Ils rirent encore une fois.

- Pff..., soupira Kyô, dans son coin.

Une main chaleureuse se posa sur son épaule :

- Vous formez vraiment une bonne équipe : j’en suis vraiment heureux !, ajouta Muramasa, en souriant.

- Hum... sans doutes..., répondit Kyô, pensif.

- Quelque chose ne va pas ?

- Non... ce n’est pas ça... *il fit une pause* Je me dis juste que... on passe peut-être du bon temps ensemble, mais ce n’est pas cela qui nous aidera à vaincre les Chimères et leurs Purgatrices.

- La bonne entente ne fera certainement pas tout, mais elle pourra vous aider à mieux combattre, les uns à côté des autres., expliqua Muramasa.

Yukimura et Kenshin se rapprochèrent de leur Maître et de Kyô.

- Avec notre niveau actuel, je pense qu’on aura un peu de mal... face aux Chimères, je veux dire., commença Yukimura.

- Mais en s’entraînant, on s’améliorera., ajouta Kenshin.

- Je peux vous y aider, si vous le souhaitez !, sourit Muramasa.

- Ah ?! Vous êtes sérieux, Maître ?!, s’exclama Kyô.

- Bien sûr ! Je ne peux pas refuser cela à mes disciples préférés, tout de même !,rit-il.

- Merci, Maître !!, ajoutèrent les trois Gardien à l’unisson.

Il y eut un instant de silence, pendant lequel chacun était plongé dans ses pensées... La neige commença silencieusement à tomber.

- Père ?, appela Tokito.

- Qu’y a-t-il ?

- Et si nous demandions de l’aide à Maître Sanzô, pour leur entraînement ? Je suis sûr qu’il ne refusera pas, puisque c’est pour une bonne cause !

Les Gardiens dévisagèrent leur Maître.

- Hum... c’est peut-être une bonne idée, en effet ! Si nous coopérons, nous arriverons sans doutes à quelque chose., conclu Muramasa, l’air pensif.

- Que voulez-vous dire ?, demanda Yukimura.

- Hum... Je vais essayer de vous expliquer *il fit une pause, l’air pensif* Vous trois, vous maîtrisez tous les deux techniques de sabre qui font partie de la catégorie Seiryu, c’est-à-dire le Shin et le Mizuchi. Mais la catégorie Seiryu est, en effet, celle de base... il y a ensuite trois autres catégories : le Suzaku, le Genbu et le Byakko. Je me disais que ce serait bien que chacun d’entre vous maîtrise les techniques d’une catégorie. Donc, ce sera le Suzaku pour Kenshin, le Genbu pour Kyô et le Byakko pour Yukimura. Et avec l’aide de Sanzô-sama, je vais essayer de perfectionner votre Seiryu, qui manque parfois de puissance. Si vous perfectionnez le Seiryu et que chacun d’entre vous maîtrise une catégorie des techniques de sabre, vous devrez vous en sortir face aux Purgatrices. Je m’occuperai donc de votre entraînement physique, en améliorant votre Seiryu et en vous apprenant à chacun une catégorie des techniques de sabre, alors que Sanzô-sama s’occupera de votre entraînement spirituel. Qu’en dites-vous ?

- A moi le Genbu !!, s’écria Kyô, l’air heureux.

- Si chacun d’entre nous maîtrise une technique et qu’on travaille ensemble, on devrait pouvoir s’en sortir face aux Chimères et à leurs Purgatrices !, ajouta Yukimura.

- Oui, je suis d’accord !, s’exclama Kenshin.

Muramasa les regarda, satisfait de les voir tous si enflammés et pleins de vie. Ils avaient retrouvé l’espoir, et cela les aurait sans doutes aidés à gagner.

- Alors c’est décidé ! On va tous devenir les plus forts !!!, conclu Kyô, enthousiaste.

- J’étais sûr que vous diriez ça..., sourit Muramasa, les regardant.

- Alors, à quand le début de l’entraînement ?, demanda Yukimura, désireux de commencer, autant que les autres.

- Je crois que nous allons pouvoir commencer dès maintenant !

Muramasa se tourna, regardant au loin, à l’horizon : un homme s’avançait lentement vers eux. Vêtu d’un habit blanc, immaculé, orné de décorations noires, les cheveux courts et dorés. En peu de temps, il arriva près d’eux, le bas de son kimono mouillé sous l’effet de la neige.

- Pff, fais - tuuut - !, s’énerva-t-il.

Alors qu’il se trouvait à quelques pas d’eux, Tokito s’approcha de lui en souriant, et il lui fit une révérence :

- Bonjour, Maître Sanzô !

- Ah ! T’es là, le mioche !, répondit-il.

Muramasa s’approcha aussi de lui, pour le saluer :

- Bonjour, Sanzô ! Comment allez-vous ?

- Ah ! Muramasa ! Oui, la vie est belle, et de votre côté ?

- Mes disciples sont venus me rendre visite, alors oui, je vais bien, merci.

- Vos disciples ?

Sanzô se tourna vers les Gardiens et les dévisagea quelques instants en silence. Puis ajouta :

- Ah, oui ! Bonjour à vous.

Les trois firent une révérence : c’était la façon de saluer avec respect quelqu’un qui était d’un niveau beaucoup plus élevé que le leur. Ils pensèrent que, malgré la façon de se comporter du Maître de Tokito, si Muramasa le respectait, cela signifiait qu’il était fort, très fort. De plus, il n’aurait pas confié son fils à une personne en qui il n’avait pas confiance ! Il y eut un instant de silence, puis Muramasa s’approcha de Sanzô :

- J’aurais besoin de votre aide, Sanzô... est-ce possible ?!

- Hum... si c’est vous qui me le demandez, comment refuser ?

- Je vous remercie !, sourit-il.

- Il vaut mieux pas..., ajouta Sanzô sceptique.

Mais Muramasa ne sembla pas prêter attention à cette énième remarque déplacée : il avait sans doutes appris à le connaître.

- En quoi pourrais-je vous aider ?, demanda Sanzô.

- Mes disciples vont bientôt devoir se livrer à une bataille contre les Chimères du Grand Invokeur qu’ils protègent, et aussi contre leurs Purgatrices. Pour les aider dans ce combat, j’aimerais leur apprendre les techniques de sabre des catégories Suzaku, Genbu et Byakko. Une catégorie chacun... et je pensais aussi perfectionner leur Seiryu, qu’ils maîtrisent tous. Pouvez-vous m’aider dans cela ?

- Je ne suis pas un Maître de l’art qu’est le maniement du sabre mais... Je veux bien m’occuper de leur entraînement spirituel. S’ils survivent, ils devraient s’en sortir contre les Chimères., conclu-t-il.

- Qu’est-ce que ça signifie « s’ils survivent » ?, demanda Kyô, perplexe.

- Je n’aime pas ta coupe de cheveux, alors arrête de me faire - tuuut - ou je vais te buter, compris ?, l’agressa Sanzô, d’un ton rude.

Le Gardien, surpris, ne su quoi répondre et décida qu’il valait mieux ne rien ajouter. Muramasa sourit, comme s’il avait compris le sens de cette remarque qui pouvait sembler déplacée, puis ajouta :

- Bien, alors ! Nous pourrons donc bientôt débuter l’entraînement !

- Oui, mais j’aimerais pouvoir commencer... est-ce possible ?

- Bien sûr, vous êtes libre de les entraîner quand vous le souhaitez, Sanzô., ajouta Maître Muramasa.

- Avons-nous une date limite pour finir l’entraînement ?

- Non, aucune., répondit Muramasa, en souriant.

- Parfait ! Alors... vous trois ! Enlevez le haut de votre kimono, plus vite que ça !, ordonna Sanzô, pour commencer.

- Mais..., commença Kyô, sans comprendre.

- Arrête de parler sans être interpellé ou je vais vraiment finir par te buter !

Yukimura, Kyô et Kenshin se dévisagèrent perplexes, puis obéirent aux ordres de leur Maître suppléant. En enlevant leur haut, ils sentirent le froid vent d’hiver les caresser :

- Brr... !, chuchotèrent à l’unisson.

- Arrêter de vous plaindre, les tapettes. Asseyez-vous en dessous de cet arbre, là, derrière vous !

Ils obéirent sans rien ajouter.

- Bien ! Maintenant, vous allez rester assis ainsi durant... hum, je vais être aimable : cinq jours ! Bien sûr, vous n’avez ni le droit de bouger, ni de parler entre vous, et vous serez à jeun pendant ces cinq jours. La seule chose que vous devrez faire est de réfléchir au sens profond de la vie... s’il y en a un... Je me fiche du sens que vous lui trouverez. Réfléchissez : si vous y arriverez, vous aurez déjà fait des progrès...

Sanzô s’approcha de Yukimura, lui enlevant la bouteille de saké qu’il portait toujours avec lui et il en bu une gorgée. Puis, continua :

- Vous avez le choix : ou vous ne survivez pas à l’entraînement et vous crevez ici, sous l’effet du froid ou de la faim... ou vous voulez me prendre pour un baka et vous essayez de ne pas suivre mes consignes, et alors c’est moi qui vais tous vous buter... ou alors, vous êtes bien sages et vous restez en vie en attendant la fin des cinq jours. Vous avez le choix !

Il y eut un instant de lourd silence, durant lequel Muramasa s’approcha de Tokito, le soulevant pour le serrer ainsi dans ses bras, un sourire aux lèvres. Puis, Sanzô soupira :

- Bon, je crois avoir été assez clair... Allons-y, Muramasa : je crève de faim., ajouta-t-il, en s’approchant du Maître des trois Gardiens. Vous, soyez bien sages., conclu-t-il en s’adressant à Yukimura, Kyô et Kenshin.

Ils commencèrent à s’éloigner, alors que les trois Gardiens étaient assis sous l’arbre, torse nu. Kyô râla :

- Tss... non, mais... quel psychopathe, ce type... ça m’étonne que Tokito soit encore en vie...

Sanzô, pas très loin, s’arrêta d’un coup et se tourna vers lui, s’écriant :

- Je m’en fou si t’as un problème ! Garde-le pour toi, et arrête de me faire - tuuut -, la tapette ! Si vous ne survivez pas à cet entraînement, ça veut dire que le mioche vaut plus que vous trois mis ensemble. Maintenant, ferme-la et arrête de gaspiller de l’énergie !

Muramasa, Tokito et Sanzô entrèrent dans la maison du Maître des trois Gardiens, et fermèrent la porte derrière eux. L’entraînement de Sanzô et de Muramasa ne venait que de commencer... mais nombreuses épreuves les attendaient encore. L’espoir et l’envie de pouvoir aider celles qu’ils avaient promis de protéger, les aidaient à aller de l’avant. Grâce à cela, ils deviendront peut-être les plus forts, comme ils le souhaitaient... et pourront ainsi aider Imari et Yuna.



/! La suite bientôt !! /! ohmy.gif
Yuna Sôma
Y a vraiment personne qui est intéressé par ma fics? :hane69:
onigiri
Ne desespere pas Yuna !!! Je suis la je vais la lire ta belle fic !! J'ai commencé a lire les 3 premiere ligne (lol) sa avait l'air pas mal ^^ !!

Mais je sais pas si je pourrai tt lire d'une traite, (j'ai des epreuve groupé wub.gif c'est c***) !!



biggrin.gif Kissous !!
Anonymous
j'ai lu ta fic elle est trop génial j'adore vivement la suite

tongue.gif(j'ai déjà regardé plusieurs fois, mais y avait pas la suite snif snif) blush.gif
Anzu
Yunaaaa *____________________________*

Tu m'as bousillé mon forfait avec ta fic XD j'adore, nan, plus qu'adorer... je suis fan *_____________*

C'est trop kawaï ! Trop bien ! Kikito power XD

Dès que tu l'as finie je l'imprime *-*

J'adore ton idée de mélanger divers univers... en plus tu écrit vraiment bien, tu mélanges plusieurs genres... Kawaï, je l'ai dit ! Ca fait longtemps que j'ai pas adoré une fic à ce point là... Bravo !

P-S : Tu ne te serait pas trompée, à la fin de la 6e partie ? Il me semble que tu as confondu Hatori et Akito oO
Yuna Sôma
Iaaaa, merciiiiiiiiiiiiii !!!! sleep.gif

Je n'avais pas vu vos commentaires car dernièrement je suis très occupée à cause de l'école... tss... Je vous remercie, ça me fait vraiment très plaisir de savoir que quelqu'un apprécie mon travail... ._. Enfin, lol ! Merci, Anzu (oui, j'ai eu ton MP) ! Je promet écrire la suite bientôt, à mon avis ce sera pour vendredi soir ou samedi matin au plus tard ! Est-ce que ça te va? ^^ J'espère en tout cas ! ^__^ Merci beaucoup pour vos commentaires (ça a été courageux de votre part de tout lire), ça me redonne courage pour la suite ! A bientôt, alors ! ^.~



P.S. à Anzu : Tu n'es pas la première à avoir fait la remarque mais, contrairement à ce que tu as pu penser, je ne me suis pas trompée... ^^ Attends la suite pour comprendre ! ^.~ Biyoux !!
Anzu
Ca me va ^^ XD

J'ai hâte de savoir la suite *-*
Yuna Sôma
(à cause d'un imprévu, je n'ai pas pu poster la suite hier matin : je m'excuse et la poste donc aujourd'hui... Je n'ai pas beaucoup écrit, mais je promet que le reste viendra bientôt ! Bonne lecture)











La nuit terminée, le soleil se leva alors : un nouveau jour débutait pour les filles de Braska et la famille Sôhma. Ce fut une nuit mouvementée, emplie de plaisir, de satisfaction... mais pas pour tous. Alors que la lumière pénétrait désormais dans les différentes pièces de la résidence Sôhma, Akito se réveilla alors qu’Imari était toujours allongée à ses côtés, nue et endormie, merveilleuse comme jamais, alors que les rayons du soleil semblaient la rendre plus magnifique encore. Le chef des Sôhma ne voulait pas la réveiller, il resta donc la regarder dans son sommeil, encore et encore... Il effleurait ses courbes, lorsqu’elle se réveilla :

- Bonjour, Imari !

- Hum...

Le soleil sembla l’aveugler, elle se couvrit donc d’un coup, cachant le sourire qui venait se dessiner sur ses lèvres. Elle se souvenait de la nuit précédente, et ce doux souvenir la rendait profondément heureuse. Elle resta cachée quelques instants encore puis se décida a sortir, saluant son amant de la nuit précédente :

- Ohayo, Akito...

- Comment te sens-tu ?, lui demanda-t-il, tout en caressant d’une main ses longs cheveux soyeux.

- Hum... Je me sens très bien... merci...

- Tu as passé une bonne nuit ?!, ajouta-t-il.

Imari se laissa échapper un rire joyeux, en comprenant à quoi Akito faisait allusion. Elle se blottis dans ses bras, et ce fut à ce moment-là qu’elle vu réellement la cicatrice qu’elle avait sentie la nuit précédente, grâce à ses caresses. Elle le fixa, le regard interrogatif. Il sembla comprendre ce que la fille de Braska était en train de se demander et répondit simplement :

- Je n’ai pas... vraiment... envie d’en parler.

Vu le ton de sa voix alors qu’il prononçait ces quelques mots, Imari comprit qu’il valait mieux ne pas insister sur ce point, et c’est ce qu’elle fit. Elle regarda quelques instants par la fenêtre de la pièce dans laquelle ils se trouvaient, et contempla le jardin de la résidence Sôhma.

- Je me demande ce qui va se passer, aujourd’hui..., pensa Imari, connaissant désormais les changements d’humeur imprévisibles du chef de la famille.

Elle eût l’air de s’inquiéter, tout d’un coup. Puis, pensive elle fixa Akito, toujours allongé à ses côtés. Il se leva, d’un coup, et d’un ton plutôt froid :

- Je vais aller voir Hatori, je ne me sens pas bien.

Il s’approcha d’un pas hésitant jusque la porte, pour ensuite l’ouvrir, sortir de la pièce et la fermer derrière lui, laissant Imari seule, l’air pensif. Une fois sorti de la chambre, Akito vit Hatori s’approcher de lui, Ayamé marchant à ses côtés, et la présence du jeune homme aux cheveux longs et argentés, l’ancien maudit par le signe du serpent, sembla l’irriter. Il s’approcha d’eux, lentement :

- Que se passe-t-il, ici ?

- Ce ne serait pas plutôt à nous de vous demander cela ?, demanda Hatori, d’un ton plutôt froid, qui ne lui ressemblait pas.

Akito sembla énervé par cette remarque déplacée, et attendait des explications, se tenant toujours face aux deux maudits. Il les dévisagea :

- Que faites-vous encore ensemble ?, grogna le chef des Sôhma, en appuyant sur le mot « encore » qu’il venait de prononcer.

Hatori soupira :

- Je ne vois pas pour quelle raison vous interdisez quelque chose que vous-même, vous faites.

- De quoi parles-tu ?!, demanda Akito, irrité.

- Imari.

Hatori, l’ancien maudit par le signe du dragon prononça ce nom sèchement, lui-même légèrement en colère de son côté, ce qui ne lui ressemblait absolument pas. Le chef de la famille sembla de plus en plus en colère, et dévisagea les deux anciens maudits, une légère haine dans les yeux.

- Vous allez me le payer..., murmura Akito.

Ensuite, il commença à marcher dans les couloirs sombres où la lumière du jour ne pénétrait jamais, et avança à la recherche de quelqu’un.

- Shiguré !! Mais où est-il passé, encore !!!! Shiguré !!!!!





/! La suite bientôt !! /! mad.gif
Anzu
C'est trop court !!!! XD

/me prépare la tente de camping

Je reste là jusqu'à ce que tu ai écrit la suite v_v XD
Yuna Sôma
Au même moment, dans la maison de Shiguré, Yuna et son amant se réveillèrent, lentement, se retrouvant l’une dans les bras de l’autre. L’Invokeur était heureuse de pouvoir se réveiller aux côtés de la personne qu’elle aimait, à côté de cet homme qui représentait le présent, le bonheur. C’était la première fois qu’elle ressentait un tel bien-être, depuis la mort de Vincent qui, ne s’inquiétant que de son rôle de Gardien qu’il devait remplir auprès d’un Grand Invokeur, avait oublié la place qu’il occupait dans le coeur de Yuna en tant qu’être humain. Pour Shiguré et Yuna, se retrouver ainsi, l’un près de l’autre, ne leur paraissait plus étrange à présent malgré l’hésitation au début, car les instants passés ensemble les avaient habitués à ce rapprochement. Ils se fixèrent un instant, se rapprochant d’avantage l’un l’autre, alors qu’aucun des deux n’avait vraiment envie de sortir d’en dessous les couvertures pour commencer une nouvelle journée. Yuna passa une main entre les cheveux noirs de Shiguré et sourit, le visage illuminé par la joie, mais juste à cet instant, quelqu’un frappa à la porte de la maison.

- Qui ça peut bien être à cette heure-ci..., bailla Shiguré, ennuyé.

- Yuki et Kyô sont sortis... Qu’en dis-tu d’aller voir ?, demanda l’Invokeur.

- Nnh..., râla silencieusement l’ancien maudit par le signe du chien, pour montrer son désaccord.

Après quelques instants, grâce à un effort qui lui parût démesuré, Shiguré réussi à se lever et, après avoir enfilé un kimono brun, alla ouvrir la porte à cette personne qui, vue le moment de bien-être qu’elle interrompait, n’était sans doutes pas la bienvenue :

- Oui... ?!, hasarda-t-il, encore ensommeillé.

Puis, se rendant enfin compte de qui était la personne qui venait lui rendre visite dans sa maison de manière si inattendue, il ouvrit la porte la saluant avec courtoisie, faisant ainsi un pas en arrière et en invitant l’hôte à entrer.

- Merci, répondit Kureno, l’air tracassé.

- Que se passe-t-il ?, ajouta Shiguré en fermant la porte derrière lui.

- Akito est furieux... Depuis ce matin, il n’arrête pas de te chercher. L’attente devenait longue et c’est pourquoi je venais te demander de te rendre au manoir au plus vite..., soupira-t-il.

- Qu’est-ce qui l’ennuie cette fois-ci ?, souffla Shiguré, s’asseyant sur une chaise dans la pièce où ils se trouvaient, en se servant une tasse de thé chinois.

- Je pense que tu ferais mieux d’aller voir par toi-même, répondit Kureno, la voix calme, toujours debout, le regard sérieux.

Il y eut un instant de silence pendant lequel Yuna apparut dans la pièce, endossant elle aussi un kimono de Shiguré, enfilé au plus vite vue sa curiosité, son envie de savoir qui était le mystérieux invité. Lorsque l’ancien maudit par le signe du chien la vit, il l’invita à s’asseoir sur ses jambes avec un sourire charmant qui n’était qu’à lui. Il lui passa sa tasse de thé et, avec voix calme commença :

- Je te présente Sôhma Kureno qui est, pour ainsi dire, le bras droit de Akito.

- Quelque chose est arrivé à la résidence ?, demanda Yuna, l’air inquiet, sans doutes se demandant si cela avait quelque chose à voir avec sa soeur.

- Rien de spécial, répondit Shiguré. Encore Akito en pleine crise existentielle...

L’Invokeur ne su quoi répondre mais Kureno, l’ancien maudit par le signe du coq, sembla ennuyé par cette remarque déplacée. Sans hésiter, il s’approcha rapidement de la porte, décidé à sortir. Après l’avoir ouverte, il ajouta juste :

- Rends-toi au manoir le plus vite possible. Akito t’attend.

Ensuite, il sorti de la maison et ferma la porte derrière lui. Grâce à son départ, l’atmosphère semblait plus détendue dans la pièce.

- Je me demande ce qui est arrivé, chuchota Yuna, en buvant une gorgée de thé chinois.

- Quoi qu’il en soit, je crois que je ferais mieux d’aller vérifier..., ajouta Shiguré pensif, pas très heureux de devoir quitter la maison alors que la personne qu’il aimait pouvait enfin rester un peu à ses côtés.

Il se leva et ajouta :

- Je vais sans doute vite rentrer, alors tu pourrais m’attendre ici. Qu’en dis-tu ?

- Oui, je vais retourner me coucher, je pense..., bailla l’Invokeur en s’approchant de son amant et le serrant dans ses bras.

Après s’être salués, Shiguré sorti de la maison, laissant Yuna seule alors qu’elle avait déjà commencé à monter les escaliers pour rejoindre la chambre, l’air fatigué. Une fois dehors, le Sôhma marcha dans la neige pendant un moment, avant de percevoir au loin la résidence de sa famille, là où Akito l’attendait furieux. Il arriva face à la porte, hésitant, puis décida d’entrer curieux de savoir ce qui était arrivé. Dès qu’il se trouva dans une des pièces de la résidence, il regretta sa venue : il entendit retentir dans le manoir les cris colériques du chef de la famille, ce qui ne le préparait pas à une bonne nouvelle :

- Shiguré !! Où est-il !!, grogna Akito.

- Il arrivera sans doutes bientôt, Akito. Calme-toi., répondait Kureno, toujours l’air calme et serein, comme s’il regardait, jour après jour, les membres de la famille Sôhma s’agiter sous son nez sans vraiment se sentir concerné par cela.

- Je suis là, Akito-sama.

Shiguré enleva son écharpe d’un geste élégant, s’approchant doucement d’Akito et Kureno, se passant une main entre les cheveux comme à vouloir montrer son ennui. Le chef des Sôhma s’approcha de lui, en colère et, arrivé face à lui, il s’accrocha avec force à son kimono :

- J’ai à te parler. Suis-moi.

Le son de sa voix laissait comprendre qu’il n’admettrait pas qu’on le contredise et c’est pourquoi l’ancien maudit par le signe du chien décida de le suivre sans rien ajouter. Pendant quelques instants, ils avancèrent l’un à côté de l’autre dans les ténébreux couloirs de la résidence et arrivèrent face à une pièce qu’Akito avait choisie pour leur conversation : après être entrés, Akito ordonna d’un ton sévère à Shiguré de fermer la porte derrière lui. Ils s’assiérent l’un en face de l’autre, puis Akito commença :

- Je déteste ce qui, dans cette famille, se passe sans mon accord, sans que je l’aie souhaité, sans que j’aie donné la permission. Tu es au courant, n’est-ce pas ?

- Oui, bien sûr !, répondit Shiguré, essayant de l’amadouer comme lui seul savait le faire.

- Quelque chose est pourtant arrivé sans ma permission, ici. Je n’accepte pas cela., ajouta-t-il d’un ton sévère.

- De quoi parlez-vous donc, Akito-sama ?, demanda l’ancien maudit sans comprendre.

- Ta relation avec cette fille dégoûtante.

Il y eut un instant de silence, qui parût sans fin : Shiguré, ne sachant pas quoi ajouter, décida qu’il valait mieux se taire et attendre la suite du discours. La colère d’Akito semblait s’être calmée après ces quelques mots, alors que Shiguré craignait la suite de la conversation, et ne savait pas quoi dire pour essayer de défendre celle qu’il aimait et qu’il ne voulait pas perdre. Mais Akito n’hésita pas longtemps et ajouta :

- Ces deux filles doivent partir au plus vite.

- Comment ? Pourquoi cela ?!, demanda Shiguré, en augmentant le son de sa voix, sans s’en rendre compte.

- Elles n’ont rien à faire ici.

- Mais...

- La malédiction est levée. Elles doivent partir maintenant.

- Mais que...

- Je suis le chef ici. J’ai décidé que je ne veux plus d’elles auprès des personnes qui me sont soumises par nature, alors elles partiront, avant que la nuit tombe., conclu-t-il d’un ton qui n’admettait pas qu’on ajoute quelque chose ou qu’on le contredise.

- Je..., chercha d’ajouter Shiguré.

- ELLES PARTIRONT AVANT LA NUIT !, hurla Akito.

Il se leva ensuite, irrité, sortant de la pièce et laissant Shiguré seul, assis à terre, qui n’avait plus la force de rien ajouter. Il resta ainsi, sans bouger, quelques instants avant de vraiment se rendre compte de la situation : Yuna allait partir, il allait se retrouver seul, comme avant. Mais pourquoi Akito avait-il décidé une telle chose ? Et si rapidement en plus ! Que s’était-il passé ? Imari y était pour quelque chose ? L’image du visage, du sourire de l’Invokeur étaient gravés dans sa tête et semblaient devenir de plus en plus flous à cause de la mauvaise nouvelle qu’il venait d’entendre de la bouche d’Akito. Il n’arrivait plus à penser à autres choses. Il regarda dehors : la neige recouvrait tout, comme à vouloir dissimuler ce monde dirigé par les êtres humains, mais que, selon Shiguré, d’humain n’avaient plus rien. Plusieurs sentiments luttaient pour se faire entendre dans le coeur de Shiguré : de la tristesse, de la colère, du chagrin, du désespoir... On voulait lui ôter ce qu’il avait de plus précieux au monde : une personne qui l’aimait pour ce qu’il était, sans rien vouloir en échange, en se contendant de l’amour, de la chaleur qu’il lui apportait.

- J’ai l’impression d’avoir oublié comment me battre pour garder quelque chose qui m’est précieux... ou alors peut-être que je ne l’ai jamais su., chuchota Shiguré, alors que la lumière pénétrait dans la pièce comme à vouloir le débarrasser des mauvais sentiments.

Alors qu’il pensait à tout cela, un malaise s’empara de lui. Le visage de Shiguré se crispa, sous l’effet de la douleur, et se sentit comme suffoquer. Il se pencha à terre, essayant de se sentir mieux. Après peu, le malaise sembla se dissiper : il se sentait mieux.

- Ouf..., souffla-t-il.

Il se leva, l’air hésitant, nerveux, inquiet, puis s’approcha de la fenêtre, regardant la neige qui avait commencé à tomber :

- Je vais perdre la personne que j’aime parce que quelqu’un l’a décidé... C’est vraiment ridicule, j’ai honte de ma lâcheté, de mon impuissance face à Akito... Je ne peux vraiment rien faire... ?, murmura-t-il, plongé dans ses pensées.

Il décida de sortir de la pièce, de sortir de la résidence. Il avait envie d’être seul, d’ailleurs il ne savait pas s’il allait rentrer voir Yuna même s’il lui avait dit de l’attendre. Il n’avait plus envie de revoir ces endroits qui lui ramenaient à l’esprit autant de souvenirs heureux. Il voulait juste marcher dans la neige, longtemps, très longtemps, peut-être dans l’espoir que le froid le fasse sentir plus vivant que ce qu’il se sentait en ce moment, honteux et inutile qu’il croyait l’être. Une fois arrivé dans le couloir, une voix l’appela :

- Shiguré-san ?

Il se tourna lentement vers la personne qui venait de l’interpeller. C’était la Prêtresse Imari qui, vêtue d’une longue chemise blanche, avançait à petits pas vers lui. Une fois arrivée face à lui, elle le fixa, l’air timide et gêné :

- N’aurais-tu pas vu Akito, par hasard ?, demanda-t-elle.

- J’ai malheureusement fait plus que le voir., murmura-t-il.

- Que veux-tu dire ?, ajouta Imari sans comprendre le sens de ces mots.

- Akito est de mauvaise humeur ce matin, et il n’hésite pas à faire payer les personnes qui l’entourent, sans se soucier de leurs sentiments.

- De mauvaise humeur ? Ce n’est pas possible, je... Je viens de le voir... Il avait l’air... heureux..., hésita Imari, craintive.

Shiguré soupira :

- Je crois que tu ne connais pas le vrai visage du chef de la famille Sôhma. *il fit une pause* Désolé, mais je dois vraiment y aller maintenant.

Il s’avança dans le couloir, mais avant qu’il puisse sortir de la résidence, Imari le rattrapa, et sans réfléchir, elle s’approcha de lui par derrière et, s’appuyant contre son dos, ajouta :

- Prends soin de ma soeur... Rends-la heureuse, comme je n’ai pas pu le...

Mais avant qu’elle puisse finir cette phrase... *POUF* Quelque chose d’étonnant se produisit : à ses pieds, se trouvait un chien, le chien qu’elle et sa soeur avaient vu le jour de leur arrivée à la résidence. A côté de lui, le kimono de Shiguré gisait à terre.

- Qu’est-ce que..., marmotta-t-elle sans comprendre.

Il y eut un instant de lourd silence : Imari et le chien semblaient cloués à terre, aucun d’eux ne fit un seul pas, ils étaient trop surpris et tendus pour le faire. Après peu, le chien ramassa rapidement le kimono de Shiguré à l’aide de ses crocs et sorti rapidement de la résidence. Imari cru voir les yeux du chien briller, juste avant qu’il s’en aille, mais elle n’en était pas certaine...





/! La suite bientôt !! /! wink.gif
shanan
j'adore ecris nous vite la suite
Yuna Sôma
Merci pour tes encouragements !! sleep.gif

La suite est pour bientôt... wink.gif
Anzu
La malédiction est revenue ? o_O

Akito n'éprouve plus de sentiments pour Imari alors la malédiction reviens ? Ca va pas du tout ! XD Quesqu'y nous fiche, Kikito ? Et Shigure, y va quand même pas laisser Yuna partir !!

Je veux la suite, c'est toujours aussi bien !! Tu nous torture, à couper à ces endroits >.<
Yuna Sôma
Merci, Anzu !! sleep.gif

Tes encouragements me font toujours très plaisir ! ^__^
Anzu
Mais de rien ^^

Vite, le prochain chapitre *-*
mogyoda
ça fait pas mal de lecture d'un coup

je sens que je vais mélanger tous les noms mais c'est pas grave

continue comme ça

Shiguré va-t-il avoir le courage de se révolter contre Akito?

allez la suite
Yuna Sôma
Merci à toi aussi, Mogyoda !! sleep.gif

Vos encouragements me font vraiment plaisir !!

rolleyes.gif



La suite bientot !!
lilypuce
[color=#CC0099][/color]aaaaaa ve savoir la suite!! vite vite!!
shanan
j'ai vraiment hate de la lire
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